Villenave-d'Ornon : Michel Poignonec face aux gauches pour valider son mandat
Villenave-d'Ornon : Poignonec affronte Anfray et Latrille

Villenave-d'Ornon : une succession municipale sous haute tension

Michel Poignonec, installé dans le fauteuil de maire depuis 2023 après la passation de pouvoir de Patrick Pujol, doit désormais valider son mandat dans les urnes. Trente-et-un ans après l'arrivée de la droite à la mairie de Villenave-d'Ornon, en 1995, lui ravir la place reste un défi de taille. Pourtant, le jeu électoral n'a peut-être jamais été aussi ouvert depuis cette époque lointaine où la France fredonnait du Ophélie Winter et où les mobiles dépliaient leurs antennes pour la première fois.

Le sortant face à une gauche divisée mais déterminée

L'horizon est dégagé sur sa droite, le Rassemblement national ayant renoncé à présenter une liste. En revanche, à sa gauche, deux candidats espèrent profiter des tourments de la succession : Stéphanie Anfray, candidate du Parti socialiste, et Guillaume Latrille, soutenu par La France insoumise. Le maire sortant se présente pour la première fois sous son propre nom, héritant du bastion construit par Patrick Pujol.

La « méthode » Poignonec pour contrer ses opposants repose sur trois piliers fondamentaux : « Proximité, et pas seulement lors des élections ; autonomie vis-à-vis des partis politiques ; indépendance, car je n'ai pas un chapelet de soutiens extérieurs sur mes tracts », avait-il résumé le 6 février dernier devant une salle comble de fidèles. « Ne pas s'afficher avec une guirlande de partis ne signifie pas que notre liste manque d'identité », précise-t-il avec conviction.

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Soixante propositions et un héritage budgétaire strict

Sa campagne se construit autour de soixante propositions concrètes, avec un accent particulier mis sur la rénovation des écoles. Michel Poignonec promet la reconstruction intégrale de deux établissements scolaires et un million d'euros de travaux de rénovation par an dans les autres. Tout cela sans déroger au sérieux budgétaire hérité des années Pujol.

« À une époque où les collectivités locales deviennent vulnérables, Villenave a les moyens de piloter sa gestion sans augmenter les impôts et en maintenant un ratio de désendettement à trois ans. Je n'y dérogerai pas », assure-t-il fermement. Il maintient également la ligne droite sur la question de la métropolisation des compétences communales, un refus historique de Villenave-d'Ornon.

« Les soutiens de Mme Anfray à la Métropole nous allument sur ce thème, mais nous y perdrions proximité et souplesse, assume Michel Poignonec. Je préfère conserver nos propres services, efficaces, implantés dans une commune qu'ils connaissent par cœur, mobilisables dans l'instant. Villenave a son identité. Il n'est pas envisageable de s'en dessaisir. »

Stéphanie Anfray : l'ADN local et la démocratie participative

Stéphanie Anfray mise elle aussi sur l'ADN local pour convaincre les électeurs. « La Ville penche à gauche aux élections nationales. Pour la première fois depuis longtemps, nous avons obtenu un second tour en 2020 », rappelle-t-elle. La socialiste a ratissé large, du Parti communiste aux radicaux de gauche, pour tenter de franchir un pas supplémentaire cette fois-ci.

« La commune est le bouclier social qui doit protéger et prendre soin des habitants, estime-t-elle avec conviction. Elle peut se saisir de la santé, doit adapter ses services publics et être attentive à ceux qui prennent soin. » Stéphanie Anfray siège également au Conseil régional où elle assume une délégation à la promotion sociale dans l'éducation.

Une fois élue, elle veut poursuivre l'élan de démocratie participative initié durant sa campagne. « Je crois profondément en l'expertise d'usage, explique la candidate. Un cycliste sait l'état des pistes, leurs discontinuités, leur dangerosité. Une personne en situation de handicap connaît mieux que personne les points noirs en matière d'accessibilité. »

Son programme repose sur des conseils de quartier revitalisés dotés de leur propre budget, des ateliers de « coconstruction », des référendums locaux, un droit d'interpellation citoyen et un conseil des aînés. En 2020, la gauche s'était unie derrière elle au second tour, échouant à seulement 276 voix de Patrick Pujol. Six ans plus tard, après plusieurs semaines de tractations infructueuses, elle repart divisée au premier tour.

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Guillaume Latrille : le challenger insoumis

Guillaume Latrille fait cavalier seul avec le soutien de La France insoumise. Cet autodidacte de 30 ans ne veut pas se contenter d'un rôle de figuration et affiche des ambitions claires. « Quand nous serons les premiers à gauche à l'issue du premier tour, l'ensemble des composantes de la liste de Mme Anfray seront les bienvenues », lance-t-il avec assurance.

Il s'est forgé une stature par son opiniâtreté en conseil municipal, n'hésitant pas à critiquer vertement ses concurrents. « Huit conseillers d'opposition sur neuf n'ont rien fait durant six ans, en dehors d'interventions plates. Beaucoup d'hommes et de femmes de gauche ne sont pas à la hauteur à Villenave », assène-t-il. Pour diffuser son message, son équipe a toqué aux portes de tous les immeubles de la ville et tracté aux sorties des écoles, cumulant plus de 10 000 contacts directs.

Son programme est fondé sur le renforcement des services publics avec la création de nouvelles structures : un centre de santé, des pompes funèbres municipales, un service d'aide à domicile, et une navette gratuite pour conduire les aînés à leurs rendez-vous médicaux. « Il y a un an, quand j'évoquais la nécessité d'un nouveau gymnase, on se moquait de moi en conseil municipal. Aujourd'hui, c'est dans tous les programmes », note-t-il non sans une certaine satisfaction.

Rendez-vous est donc pris pour le 15 mars, date du premier tour des élections municipales, qui déterminera si Guillaume Latrille a vu juste dans ses prédictions électorales. Les électeurs de Villenave-d'Ornon devront choisir entre la continuité incarnée par Michel Poignonec, l'expérience régionale et la démocratie participative de Stéphanie Anfray, ou le renouveau radical proposé par Guillaume Latrille. Une bataille à trois qui s'annonce particulièrement indécise dans cette commune où la droite règne sans partage depuis plus de trois décennies.