Une élection municipale chamboulée par une voix surnuméraire
Le dimanche 15 mars, dans la petite commune de Soulaire-et-Bourg, située au nord d'Angers, l'ambiance était particulière lors du dépouillement des votes municipaux. Alors que les tables étaient rangées et que le traditionnel verre de l'amitié se préparait, une ombre planait sur les résultats. « Le breuvage n'avait aucune saveur puisqu'on n'avait ni gagnant ni perdant », confie Stéphane, l'un des scrutateurs. En effet, une anomalie majeure venait de jeter le doute sur l'issue du scrutin.
Une victoire étroite remise en question
Initialement, Séverine Menet, tête de la liste Vivre Ensemble, était déclarée vainqueure avec 50,06% des suffrages, soit 394 bulletins en sa faveur contre 393 pour son adversaire Dominique Viannay. Cette victoire extrêmement serrée semblait scellée, mais une découverte inattendue allait tout remettre en cause. « À ce moment, je suis interpellé par une agente administrative qui me signale une erreur de décompte sur le bureau 1 », raconte M. Viannay. L'observation fut consignée dans le procès-verbal : 413 bulletins étaient sortis de l'urne, alors que seules 412 signatures figuraient sur le registre.
L'énigme de la voix fantôme
Les scrutateurs, dont Stéphane, ont recompté à plusieurs reprises, mais l'énigme persistait. D'où provenait ce suffrage surnuméraire ? Le maire sortant, Jean-François Raimbault, présent sur la liste gagnante, écarte toute malveillance : « Pour moi, c'est en même temps une erreur humaine et administrative ». Séverine Menet évoque quant à elle une possible erreur liée à une procuration. Cependant, il est impossible d'identifier le destinataire de cette voix mystère, d'autant que huit votes (un blanc et sept nuls) avaient été enregistrés par ailleurs.
Branle-bas de combat à la mairie
Dès le lendemain, la municipalité s'est mobilisée pour informer les habitants via les réseaux sociaux et les panneaux d'affichage. « On a tout de suite communiqué », indique Jean-François Raimbault, précisant qu'aucun nouveau vote n'était prévu dans l'immédiat. L'équipe de Dominique Viannay a déposé un recours devant le tribunal administratif de Nantes, qui dispose de trois mois pour se prononcer. En cas d'invalidation, le préfet devra organiser une nouvelle élection, probablement après l'été.
Un conseil municipal installé dans l'incertitude
Conformément à la loi, le nouveau conseil municipal a été installé le vendredi 20 mars. Séverine Menet a endossé l'écharpe tricolore, consciente de son caractère provisoire. « Dans l'idée, j'ai gagné, mais comme il y aura toujours un doute, il est préférable de relancer une élection pour le lever », déclare-t-elle. En attendant, elle gérera les affaires courantes, en se concentrant sur les projets communs aux deux listes.
Les conséquences d'un scrutin à revivre
Si le scrutin est annulé, les électeurs devront retourner aux urnes. Cette situation pourrait redistribuer les cartes, avec l'émergence éventuelle de nouvelles listes et la mobilisation des abstentionnistes. Lors du premier tour, la participation s'élevait à 66,47% dans cette commune, laissant une marge de manœuvre pour convaincre. « Ça peut redistribuer les cartes », anticipe Jean-François Raimbault. Cette affaire rappelle, s'il en était besoin, le poids décisif d'une seule voix dans le processus démocratique.



