Le Sénat adopte une proposition de loi historique sur l'accès des mineurs aux réseaux sociaux
Le Sénat a voté, mardi 31 mars, une proposition de loi visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de quinze ans, marquant une étape cruciale dans le débat sur la protection des jeunes en ligne. Cette décision place la France parmi les premiers pays à envisager l'instauration d'une « majorité numérique », une mesure phare portée par le président Emmanuel Macron comme promesse de fin de quinquennat.
Des divergences juridiques persistent entre le Sénat et le gouvernement
Malgré l'adoption large de la proposition de loi macroniste, qui fait suite au vote de l'Assemblée nationale fin janvier, le processus parlementaire est loin d'être achevé. En effet, des divergences substantielles subsistent entre le gouvernement, qui prône une interdiction large et stricte, et le Sénat, qui a opté pour une rédaction plus nuancée.
La chambre haute, soucieuse de préserver les libertés fondamentales, a choisi un système à deux vitesses pour éviter une atteinte disproportionnée aux droits des jeunes. Ce système distingue deux catégories de plateformes :
- Les plateformes jugées nuisibles à « l'épanouissement physique, mental ou moral » des enfants, qui seront listées par arrêté ministériel et interdites aux moins de 15 ans, avec une vérification rigoureuse de l'âge.
- Les autres plateformes, pour lesquelles l'accès nécessitera l'accord préalable d'au moins un parent avant que l'enfant puisse les utiliser.
Le gouvernement saisit la Commission européenne pour clarifier la compatibilité avec le droit européen
Le gouvernement, estimant que la version sénatoriale est incompatible avec le droit européen, a annoncé qu'il saisira la Commission européenne d'ici la fin de la semaine. La ministre du Numérique, Anne Le Hénanff, a précisé que cette instance rendra ses recommandations dans un délai d'environ « trois mois ».
Une fois cette analyse reçue, députés et sénateurs se réuniront en commission mixte paritaire (CMP) pour négocier un texte commun. Ce texte devra ensuite être soumis au vote des deux chambres, un processus qui pourrait être accéléré pour respecter le calendrier ambitieux de l'exécutif.
L'objectif : une entrée en vigueur avant la rentrée de septembre
L'exécutif vise une entrée en vigueur de cette mesure avant la rentrée scolaire de septembre, une échéance relayée avec force par Emmanuel Macron. Le président en a fait un cheval de bataille avant la fin de son deuxième quinquennat, soulignant l'urgence de protéger les jeunes des risques associés aux réseaux sociaux.
Cette réforme, si elle aboutit, pourrait redéfinir l'accès des mineurs au numérique en France, en instaurant des garde-fous inédits pour préserver leur bien-être. Les débats à venir lors de la CMP seront déterminants pour concilier les impératifs de protection et le respect des libertés individuelles.



