Le gouvernement monte au créneau contre les premières décisions du maire insoumis de Saint-Denis
L'arrivée de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ne passe pas inaperçue. Le successeur de Mathieu Hanotin (PS), élu dès le premier tour sous l'étiquette La France insoumise (LFI), s'attire déjà les foudres du gouvernement sur deux fronts principaux : la liberté d'opinion des agents territoriaux et le projet controversé de désarmement de la police municipale.
Un rappel à l'ordre ministériel sur le statut des fonctionnaires
Le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a adressé un courrier officiel au nouvel édile pour lui rappeler fermement les limites de son pouvoir concernant les agents communaux. Cette mise au point intervient après des déclarations de Bally Bagayoko sur CNews, où il affirmait que « les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent en fait à une commande politique ».
Dans sa missive, le ministre souligne avec insistance qu'aucune autorité municipale ne peut légalement laisser entendre que la situation d'agents communaux pourrait dépendre de leur adhésion aux orientations politiques de l'exécutif municipal. David Amiel précise que toute décision d'écarter un agent pour des motifs politiques serait « entachée d'illégalité » et pourrait être suspendue ou annulée par le juge administratif.
Le ministre va même plus loin en avertissant que de telles mobilités pourraient « relever du harcèlement moral » et constituer de possibles infractions pénales, marquant ainsi une ligne rouge claire pour le nouveau maire.
Les déclarations ambiguës du maire sur les agents territoriaux
Depuis le parvis de l'hôtel de ville, Bally Bagayoko avait pourtant tenté de clarifier sa position : « Celles et ceux qui, pour des tas de raisons qui peuvent les regarder d'ailleurs, ne sont pas en phase avec le projet politique, forcément, ils partiront ». Avant d'ajouter, dans un effort d'apaisement : « Ce n'est pas le fait qu'on les mettra dehors, c'est parce qu'ils feront une mobilité qui est complètement naturelle et qui n'est pas quelque chose de nouveau ».
Le maire insoumis a répété à plusieurs reprises : « Bally Bagayoko, il ne fait ni la chasse à l'homme, ni la chasse à la femme », reprenant des propos déjà tenus lors de son installation au conseil municipal le 21 mars. Mais ces assurances n'ont visiblement pas convaincu le gouvernement, qui reste vigilant sur le respect du statut des fonctionnaires territoriaux.
Une passation de pouvoir mouvementée et des attaques racistes
La victoire de Bally Bagayoko dès le premier tour a propulsé ce dirigeant politique, né dans les Hauts-de-Seine de parents maliens, sur le devant de la scène nationale. Premier maire de La France insoumise à prendre la tête d'une commune de plus de 100 000 habitants, il a immédiatement été la cible de nombreuses attaques racistes sur les réseaux sociaux.
La passation de pouvoir elle-même ne s'est pas déroulée sans heurts : sifflets, invectives et huées ont marqué toutes les prises de parole de l'ancienne majorité, témoignant des tensions politiques persistantes dans cette ville frontalière du nord de Paris qui compte 150 000 habitants.
La polémique sur le désarmement de la police municipale
Le deuxième axe de confrontation avec le gouvernement concerne les projets du nouveau maire pour la police municipale. Sur France 2, Bally Bagayoko a annoncé que la ville allait « rentrer dans un processus de désarmement » de sa police municipale, une mesure qui ne serait pas immédiate et concernerait uniquement les lanceurs de balles de défense (LBD).
Le maire a simultanément affirmé vouloir conserver « une police municipale forte de proximité, en maintenant les effectifs ». Mais cette annonce a provoqué des remous au sein des forces policières. Une source au sein de l'ancienne administration a révélé qu'il y aurait eu 90 demandes de mutation au sein de la police municipale, avec également « beaucoup de départs dans le reste de l'administration ».
La ville de Saint-Denis dispose actuellement d'une police municipale de 160 agents et pas moins de 850 caméras de vidéosurveillance réparties sur le territoire communal, ce qui souligne l'importance des enjeux sécuritaires locaux.
Les réactions politiques et sécuritaires
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, est intervenu dans le débat en rappelant que « c'est au maire de choisir ou non d'armer sa police municipale ». Il a toutefois ajouté qu'« armer, par des armes intermédiaires et/ou létales, sa police municipale participe au renforcement du continuum de sécurité ».
Le ministre a insisté sur le fait que « les policiers municipaux sont aussi pris pour cible et, être armé, c'est un élément de protection et de dissuasion », marquant ainsi son désaccord avec la politique envisagée par le maire de Saint-Denis.
La polémique a même dépassé les frontières du débat gouvernemental. En réaction aux annonces du maire dyonisien, le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, a déclaré sur X que les communes RN seraient « des terres d'asile pour tout policier municipal qui souhaite œuvrer à la sécurité en étant soutenu et respecté ! », ajoutant une dimension partisane supplémentaire à ce dossier déjà sensible.
Ces premières semaines de mandat s'annoncent donc particulièrement mouvementées pour Bally Bagayoko, qui devra naviguer entre ses promesses de campagne, les réalités administratives et les pressions politiques multiples, tout en faisant face à des attaques personnelles d'une rare violence sur les réseaux sociaux.



