Le Rassemblement national renforce son ancrage en Gironde avec des résultats mitigés
Dans la région de Gironde, le Rassemblement national enregistre une progression significative de son implantation électorale, bien que celle-ci reste limitée en termes de conquêtes municipales. Le parti d'extrême droite a obtenu sept fois plus de voix qu'en 2020 lors des dernières élections, mais ne parvient à décrocher que deux communes : Laruscade (2 800 habitants) et Saint-Savin (3 600 habitants), toutes deux situées en Haute-Gironde.
Une stratégie d'ancrage qui porte ses premiers fruits
Ces deux victoires municipales représentent le laboratoire politique d'Edwige Diaz, députée et vice-présidente du Rassemblement national. « Une percée notable, cela concrétise une stratégie d'ancrage. Et cela prépare un vivier de candidats pour l'après-présidentielle », s'est félicitée l'élue. Cette avancée s'inscrit dans une dynamique plus large observée d'un scrutin à l'autre.
Les formations d'extrême droite, comprenant le RN, ses alliés de l'UDR (Union des droites pour la République) d'Éric Ciotti et les tenants de Reconquête d'Éric Zemmour, ont vu leur présence électorale s'étendre considérablement :
- Présentes dans 25 villes en 2020 au premier tour, elles atteignent désormais 44 communes en 2026
- Leur nombre de voix est multiplié par six, passant de 13 125 voix il y a six ans à 77 023 voix aujourd'hui
- Qualifiées dans sept villes au second tour en 2020, elles atteignent 24 communes dans ce dernier scrutin
Une multiplication par sept des élus municipaux
La conséquence la plus tangible de cette progression est l'augmentation spectaculaire du nombre de conseillers municipaux issus de l'extrême droite. De 22 élus en 2020, on passe à 156 conseillers municipaux aujourd'hui, soit une multiplication par sept. « Les premiers dividendes d'une stratégie à long terme déployée par le RN depuis quelques années », selon Edwige Diaz, qui est également chargée de la formation des cadres et militants du parti.
Cette progression s'inscrit dans ce que le parti qualifie de « campagne permanente », avec des échéances électorales rapprochées : sénatoriales en septembre, présidentielle, législatives en 2027, puis élections départementales et régionales en 2028.
Des performances contrastées selon les territoires
Au niveau national, le parti lepéniste revendique désormais la direction de 70 villes, principalement dans le Sud-Est et le Nord-Est de la France, avec près de 2 500 conseillers municipaux. En Gironde, le RN performe particulièrement dans les villes petites ou moyennes et parvient à s'implanter dans la plupart des départements de la région.
Le parti s'installera sur les bancs de l'opposition dans plusieurs villes importantes :
- Cognac, Val-de-Virvée, Bergerac, Mont-de-Marsan, Agen, Pau
- Sur le littoral : Arcachon et Gujan-Mestras
- Dans la périphérie bordelaise : Biganos, Le Bouscat, Cestas, Saint-Médard-en-Jalles
Des zones blanches et paradoxes persistants
Malgré cette progression générale, le Rassemblement national doit faire face à d'importantes disparités géographiques et à plusieurs paradoxes territoriaux :
- En Dordogne, où trois députés sur quatre sont encartés au RN, le parti n'a pas pu déposer de liste à Périgueux
- En Lot-et-Garonne, le RN a raté ses objectifs à Marmande mais fera entrer six opposants au Conseil municipal
- Sur la Côte basque, hormis un élu à Bayonne, le parti reste quasiment inexistant
En Gironde, où l'on dénombre le plus grand nombre d'élus RN, le parti n'a pas réussi à rallier la droite « classique » à l'entre-deux-tours, manquant ainsi des victoires potentielles à Pauillac ou Saint-André-de-Cubzac malgré de très hauts scores.
Bordeaux résiste encore à la poussée frontiste
La capitale régionale, Bordeaux, continue de résister à l'avancée du Rassemblement national. Malgré la candidature de la députée européenne Julie Rechagneux, le parti n'est pas parvenu à passer la barre du premier tour. Cette résistance illustre les limites de l'implantation frontiste dans les grands centres urbains.
Le débat sur la stratégie électorale a animé le mouvement lepéniste durant la campagne, certains parlementaires et cadres locaux reprochant au siège national sa frilosité à multiplier les candidatures. Julien Sanchez, député européen et responsable de la campagne, a justifié cette prudence par la volonté de « ne pas prendre de risques à un an de la présidentielle ».
Ces risques incluent notamment la récurrence de candidats rattrapés par leur passé numérique pour des propos racistes, antisémites ou litigieux - une « tradition » que le RN ne parvient pas à faire disparaître, comme l'ont montré plusieurs cas dans la région lors de cette élection.



