Une session départementale enflammée à La Rochelle
Lors d'une session du Département de la Charente-Maritime, lundi 30 mars, la conseillère départementale de Saintes Véronique Abelin-Drapron a lancé une charge virulente contre les élus saintongeais. Elle leur a reproché de ne pas avoir dénoncé publiquement l'expression « front républicain saintais », utilisée par Jean-Philippe Machon pour appeler à voter contre le maire sortant Horizons Bruno Drapron lors des dernières élections municipales.
Une formule « hasardeuse et contestable »
La polémique couvait depuis plusieurs jours. Dès le vendredi 27 mars, le maire réinstallé Bruno Drapron avait prévenu que « certaines phrases entendues au cours de cette campagne ne sont pas oubliées ». C'est finalement son épouse, Véronique Abelin-Drapron, également adjointe au maire et pilier de la majorité saintaise depuis 2020, qui a soufflé sur les braises lors de cette session filmée du Département.
L'occasion s'est présentée lorsque Jean-Luc Marchais, conseiller départemental PS du canton de Chaniers, a évoqué la commune de Bords, où le Rassemblement national a failli l'emporter. Il a salué le travail de Christine Vernon et son équipe pour avoir évité l'élection d'un maire porté par « un projet de repli, de division et de remise en cause des valeurs républicaines ».
« L'opportunisme politique a ses limites »
Véronique Abelin-Drapron, visiblement émue, a alors pris la parole. « Jean-Luc, tes propos sur le RN me froissent en fait, dans mes valeurs intimes », a-t-elle déclaré. Elle a reconnu la nécessité de faire barrage au Rassemblement national, mais a vivement critiqué le silence des élus de gauche face à l'appel de Jean-Philippe Machon.
« Quand un candidat appelle à faire le front républicain contre un maire sortant qui a toujours appelé au front républicain, qui n'a jamais laissé aucune ambiguïté sur ce point-là, je trouve que ça aurait été légitime, responsable, qu'un certain nombre d'élus locaux prennent la parole pour dire que ça, ce n'était pas entendable », a-t-elle insisté.
Elle a reproché aux élus de Saintonge, très actifs dans la campagne du socialiste Ludovic Norigeon, de ne pas s'être insurgés contre cet usage détourné d'une expression habituellement réservée au barrage contre l'extrême droite. « L'opportunisme politique a ses limites. On ne peut pas revendiquer le front républicain que quand ça vous arrange », a-t-elle martelé.
Des réactions en cascade
Le sénateur socialiste Mickaël Vallet est ensuite intervenu pour tempérer le débat, estimant que les « mauvais termes employés par Jean-Philippe Machon » ne faisaient pas basculer la politique départementale. Il a toutefois reconnu que la manière dont les élus se comportent sur ce sujet « commence à poser question ».
Cet échange a provoqué une réaction immédiate de Fabrice Barusseau, le député PS de la 3e circonscription. Dans un communiqué cosigné avec Jean-Luc Marchais, il a pour la première fois rejeté l'expression utilisée par Jean-Philippe Machon. « Nous le disons clairement : ces propos étaient inappropriés et injustifiés », ont-ils affirmé, tout en pointant du doigt le silence des « partenaires politiques du candidat Drapron ».
Un climat tendu à l'Agglo de Saintes
Cette polémique intervient en pleine construction de l'exécutif de l'Agglomération de Saintes. Le repas des maires organisé le mardi 31 mars au Vegas n'a probablement pas apaisé les tensions. À ce rythme, les élus de sensibilité de gauche risquent d'être marginalisés dans les instances locales.
Véronique Abelin-Drapron a mis en garde contre les conséquences de cet usage détourné du « front républicain ». « Si on laisse les mots être utilisés à contresens de manière dévoyée, ce n'est pas possible. Ce n'est pas la question de Saintes, c'est dangereux pour tout le monde. Après, on ne peut pas s'offusquer du score du Rassemblement national quand on laisse dire des choses pareilles », a-t-elle conclu, soulignant l'enjeu national derrière cette querelle locale.



