Plainte pour viol : Jean-Michel Aulas vacille à Lyon
Plainte pour viol : Aulas vacille à Lyon

Le scandale gonflait depuis mercredi : Jean-Michel Aulas a annoncé vendredi 12 juin se mettre en retrait de son poste d’opposant en chef à la mairie de Lyon après une plainte pour viol concernant un de ses anciens conseillers. La présidente LR de la Métropole Véronique Sarselli a annoncé dans la foulée lui retirer ses délégations.

Candidat de la droite et du centre à la mairie de Lyon, Jean-Michel Aulas avait été battu par le maire sortant écologiste Grégory Doucet, et siégeait depuis à la tête de l’opposition. Mais il était aussi devenu premier vice-président de la Métropole de Lyon, dirigée par son alliée Véronique Sarselli. Une alliance qui a volé en éclats en quelques jours. On fait le point.

Une plainte pour viol contre son ex-directeur de la communication

La crise a éclaté mercredi après des révélations de médias locaux dont BFM Lyon, « le Progrès » et Rue89 Lyon, selon lesquels une ancienne membre de l’équipe de campagne de Jean-Michel Aulas avait déposé plainte pour viol contre son ex-directeur de la communication. Dans cette plainte déposée le 13 mai, la jeune militante affirme avoir été agressée par soumission chimique au cours d’une soirée début janvier à Lyon.

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La plaignante affirme avoir signalé les faits en février auprès de Jean-Michel Aulas et de son proche entourage, ce que l’ancien président de l’Olympique lyonnais a confirmé à l’AFP. La jeune femme « ne voulait plus le croiser » mais « n’a pas voulu porter plainte », a-t-il dit. Il assure avoir convoqué son directeur de communication qui lui aurait indiqué, selon lui, avoir eu une relation « consentie » avec la jeune femme. Il dit l’avoir alors écarté des locaux de campagne, sans pour autant mettre fin à ses fonctions.

L’ex-responsable de la communication, de son côté, « conteste fermement et avec sérénité toute accusation et se tient à la disposition de la justice pour répondre à ses questions », a fait savoir son avocate à l’AFP.

La présidente de la Métropole demande la mise en retrait d’Aulas

Le jour suivant, la présidente de la Métropole Véronique Sarselli a annoncé dans un communiqué que, « compte tenu de la gravité des accusations », elle avait demandé à rencontrer « trois élus de la Métropole cités nominativement dans les médias ». Ces élus sont Jean-Michel Aulas ainsi que Laure Cédat et Emmanuel Imberton, deux de ses colistiers auxquels la militante s’était également confiée. « Je leur ai demandé de se mettre en retrait de leurs fonctions représentatives de la Métropole de Lyon, en respect de la victime présumée et de l’institution qu’ils représentent », a-t-elle ajouté.

D’après son entourage, cette mise en retrait implique de ne plus participer aux activités de la Métropole, en public comme en interne. Véronique Sarselli a immédiatement reçu le soutien « plein et entier » des responsables des partis politiques formant sa majorité (LR, Horizons, UDI, Renaissance, Les centristes) qui ont « appelé à la prise de responsabilité de chacun ».

Jean-Michel Aulas lui oppose une fin de non-recevoir

Jean-Michel Aulas et Laure Cédat ont indiqué respecter « profondément » la Métropole et « la douleur » des victimes de violences sexuelles, mais leur ont tout de même opposé une fin de non-recevoir. « Nous ne pouvons […] accepter cette demande de retrait », car « nous ne sommes ni mis en cause, ni impliqués dans la procédure judiciaire », ont-ils écrit dans un communiqué transmis à l’AFP.

« Dès que nous avons été informés des faits par la plaignante […] nous lui avons notamment clairement signifié qu’elle pouvait déposer plainte ce qu’elle n’a pas voulu faire dans un premier temps », ont-ils ajouté. « Nous récusons donc toute interprétation tendant à transformer une connaissance partielle des faits en complicité ou en manquement à nos responsabilités », ont encore écrit Jean-Michel Aulas et Laure Cédat, en refusant de « valider une logique de présomption de culpabilité par association ».

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Aulas lâché par la majorité de la Métropole, la gauche enfonce le clou

La pression s’est accentuée jeudi soir, lors d’une réunion des conseillers métropolitains de la majorité, tous élus sous la bannière Grand cœur lyonnais derrière Véronique Sarselli et Jean-Michel Aulas. A son issue, le groupe a publié un communiqué pour exprimer son soutien à la présidente de la Métropole et demander à son tour la mise en retrait de Jean-Michel Aulas. Dans un message à l’AFP, l’intéressé a expliqué maintenir sa position.

Sans s’exprimer sur ce bras de fer, le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet a jugé dans un entretien au « Progrès » que Jean-Michel Aulas et ses proches ne semblaient pas « avoir pris la mesure de la situation » lorsque la jeune militante était venue les voir. « Au lieu de protéger les femmes, il a fait le choix de protéger un agresseur », a également critiqué sur X la députée LFI Anaïs Belouassa Cherifi, qui fut elle aussi candidate à la mairie, évoquant une « faute politique et morale incompatible avec ses responsabilités ».

Aulas se met en retrait au conseil municipal de Lyon

Finalement, à l’issue d’une réunion des conseillers municipaux du groupe Cœur Lyonnais, qui regroupe des partis de droite et du centre ainsi que des membres de la société civile élus derrière l’ancien patron de l’OL, « Jean-Michel Aulas, Président du groupe, et Laure Cédat, Vice-présidente, ont formulé la proposition de se mettre en retrait de la gouvernance du groupe pour préserver l’unité du collectif », selon un communiqué signé Coeur Lyonnais.

Mais le mécontentement demeure et deux conseillers ont quitté le groupe. « On ne peut plus siéger avec eux », a expliqué à l’AFP le maire LR du 2e arrondissement, Pierre Oliver, évoquant une réunion « très dure ».

Véronique Sarselli retire temporairement leurs délégations à Jean-Michel Aulas et deux autres élus

Véronique Sarselli a finalement annoncé vendredi soir au « Progrès » sa décision, « en parfait accord avec Jean-Michel Aulas », de lui retirer temporairement ses délégations ainsi qu’à Laure Cédat et Emmanuel Imberton. La présidente de la Métropole estime qu’elle se doit « de garantir l’exemplarité et le fonctionnement de l’institution métropolitaine qui est plongée en plein malaise. » Elle n’a pas donné de date de fin pour cette sanction, et justifie sa décision en invoquant « une rupture de confiance » et « deux éléments factuels que personne ne conteste » : « Ils auraient pu signaler à la justice ce que la jeune femme venait de leur raconter mais cela n’a pas été leur choix. Et puis, ils ont maintenu Roman Abreu. […] Cela me semble être une faute morale. »

L’avocat des trois élus, Me Alain Jakubowicz, a réfuté auprès du quotidien l’« accord » évoqué par Véronique Sarselli. « C’est totalement faux ! », a-t-il répondu, ajoutant que l’accord signé ne « prévoit pas le retrait des délégations ». Emmanuel Imberton a lui affirmé vendredi soir n’avoir « signé aucun accord » et que « personne ne parle en son nom ». La tension ne semble pas près de redescendre.