Municipales à Paris : Grégoire en position de force, la gauche se réjouit
Paris : Grégoire en position de force au premier tour

Une soirée de triomphe pour la gauche parisienne

Il est un peu plus de 21 h 15, ce dimanche soir, lorsque Lucie Castets traverse la foule compacte rassemblée dans la Rotonde, une salle circulaire située près du bassin de la Villette. Sur l'estrade, au micro, Emmanuel Grégoire célèbre sa victoire au premier tour des élections municipales à Paris, avec approximativement 38 % des suffrages exprimés. « Vous avez voté pour la gauche qui peut gagner », déclare avec sobriété le candidat socialiste à ses électeurs. Alors, Lucie Castet, fendant la foule, rectifie doucement : « La gauche qui va gagner. »

Un matelas confortable pour les socialistes

Les socialistes et leurs partenaires affichent une satisfaction non dissimulée. Dès l'annonce des premières estimations, Saïd Benmouffok, tête de file de Place Publique, le parti de Raphaël Glucksmann, a du mal à contenir sa joie, se frottant littéralement les mains. « Je ne vais pas bouder mon plaisir », confie-t-il. À ses côtés, Maxime Sauvage, l'un des trois responsables de la fédération socialiste de Paris, effectue des calculs : avec 37 à 38 % dès le premier tour, Emmanuel Grégoire et sa liste disposent, assure-t-il, d'un matelas suffisant pour obtenir la majorité au conseil de Paris, et donc pour décrocher le fauteuil de maire.

Selon les règles en vigueur, une formation doit en effet remporter au moins 33 % des voix au deuxième tour pour obtenir la majorité des 163 sièges du conseil de Paris. Dans l'entourage d'Emmanuel Grégoire, on considère que l'élection est déjà pratiquement gagnée. Ce matelas confortable les dispense d'une difficulté majeure : aucune négociation n'est nécessaire avec Sophia Chikirou, la candidate de La France Insoumise (LFI), qui a recueilli environ 12 % des suffrages et a déclaré « attendre l'appel » de son adversaire socialiste pour « faire un front antifasciste ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'exclusion des Insoumis et la question de la droite

Cette hypothèse était de toute façon écartée depuis le début de la campagne par Emmanuel Grégoire. Quelques minutes avant la publication des résultats, son entourage et ses alliés, y compris communistes, répétaient le même mantra : pas question de discuter avec les Insoumis, avec lesquels les ponts sont rompus depuis des semaines. Dans son discours, Emmanuel Grégoire a beau jeu de tendre la main à toute la gauche, sans jamais nommer les soutiens de LFI : « J'appelle tous les électeurs du camp républicain, […] quel qu'ait été leur choix ce dimanche, à soutenir la liste que nous portons ».

À la Rotonde, dimanche soir, on s'intéresse peu au sort de Sarah Knafo, candidate de Reconquête. Ses résultats étaient encore incertains : allait-elle se qualifier pour le second tour, privant ainsi Rachida Dati de toute chance de victoire, ou allait-elle échouer dès le premier tour, ce qui pourrait rediriger ses voix vers l'ancienne ministre de la Culture ? Peu importe, là encore : les socialistes estiment que leur avance est suffisante pour l'emporter, quelle que soit la configuration à droite.

L'ambiance morose chez les soutiens de Dati

La qualification éventuelle de Sarah Knafo préoccupe également les quelques partisans de Rachida Dati réunis dans une petite salle du 11e arrondissement, près de la place d'Aligre. Si la candidate de Reconquête accède au second tour, c'est fini pour Dati, pensent fortement les militants. Lorsqu'elle arrive en début de soirée, accompagnée d'applaudissements discrets, la candidate esquisse quelques sourires, comme pour sauver les apparences. Son résultat, proche de 25 %, la place très loin de son adversaire socialiste.

Elle s'enferme avec sa conseillère de toujours, Emmanuelle Dauvergne, et laisse Emmanuel Grégoire parler en premier. Quand elle prend finalement la parole, elle salue les belles campagnes de Pierre-Yves Bournazel (11 %), le candidat soutenu par les macronistes, et de Sarah Knafo. Mais sans tendre la main explicitement à ses deux rivaux. Pourtant, elle aura évidemment besoin d'eux. Dans la nuit, elle a finalement déclaré sur X avoir « parlé ce soir à Pierre-Yves Bournazel pour lui proposer une liste d'union et l'emporter ensemble au second tour ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les soutiens de Rachida Dati devaient se retrouver au Bota, un restaurant du 12e arrondissement, pour célébrer. Ils ne sont qu'une poignée, n'osant pas toucher aux centaines de verres siglés « Rachida Paris », ni aux plateaux de fromage et de charcuterie. L'ambiance est morose. On ne verra pas non plus les deux sœurs de la candidate, qui étaient arrivées en début de soirée au QG de campagne toutes pimpantes, vêtues d'un T-shirt « Rachida c'est Paris ».