Un héritier illégitime écarté du trône
Dans l'histoire des monarchies, les successions sont souvent complexes. Le 2 octobre 1841, le prince Honoré V de Monaco mourut à soixante-trois ans après vingt-deux ans de règne. Qui allait lui succéder ? Son fils Oscar ? Non. Ce fut son frère Florestan, un comédien plus habitué aux planches qu'aux affaires d'État, qui monta sur le trône. Pourquoi Oscar fut-il écarté ? Parce qu'il était né hors mariage.
Une reconnaissance insuffisante
Honoré V, resté célibataire, avait pourtant reconnu Oscar, lui avait donné le nom des Grimaldi et avait veillé à son éducation. Mais ces bienfaits ne suffisaient pas. Les lois des maisons souveraines d'Europe étaient intransigeantes sur la légitimité des héritiers. Au XXe siècle, les règles changeraient : l'adoption de Charlotte, fille naturelle du prince Louis II, et les modifications des lois successorales en 1911 et 1918 permirent à la dynastie de s'adapter. Charlotte finit par transmettre ses droits à son fils Rainier III.
Qui était Oscar Grimaldi ?
Les registres de l'état civil de Paris, à la date du 8 juin 1814, mentionnent sa naissance : « Le huit juin mil huit cent quatorze, est né un enfant de sexe masculin, auquel on a donné les prénoms de Louis Gabriel Oscar, né de père et mère inconnus. » L'acte de baptême reprend la même mention. Le parrain, le docteur Désormeaux, était un proche des Grimaldi. Cinq mois plus tard, Oscar fut officiellement reconnu par son père, Honoré V, comme l'atteste un acte notarié du 28 novembre 1814. Oscar était bien le fils naturel d'Honoré V.
Une mère aristocrate et mariée
La mère, Félicité Rouault de Gamaches, était la fille du marquis de Gamaches et de Marie-Catherine de Choiseul-Beaupré. Elle avait épousé le comte Jacques d'Héricy, dont elle avait deux filles. Honoré V, le célibataire, eut donc un enfant avec une femme mariée. Dans les cours européennes du XIXe siècle, l'illégitimité suffisait à écarter du trône, mais l'adultère aggravait la situation. On pense qu'Honoré V entretint une liaison avec Félicité vers 1813-1814 à Paris, au 15 rue Bonaparte, adresse où naquit Oscar.
La vie désordonnée d'Honoré V
Né peu avant la Révolution, Honoré V avait vu son monde s'effondrer. Prince sans principauté, il avait perdu titres et fortune. En 1804, il dut vendre l'hôtel Matignon, actuelle résidence du Premier ministre français. Il servit dans l'armée française, puis comme premier écuyer de l'impératrice Joséphine. On lui connaît une autre maîtresse, Ambroisine, également mariée à un comte d'Héricy, cousine par alliance de Félicité. Certains historiens pensent qu'Oscar pourrait être le fils d'Ambroisine, ou qu'Honoré aurait eu avec elle un enfant mort en bas âge.
Une carrière dans l'administration française
Oscar Grimaldi, devenu adulte, poursuivit sa carrière hors de Monaco. Il étudia le droit, devint avocat à la Cour d'appel de Paris, puis entra dans l'administration française. Sa carrière le mena du ministère de l'Intérieur en Algérie, puis aux sous-préfectures de Lille, Castres et Chalon-sur-Saône. Il vécut ainsi loin du trône. La France le fit officier de la Légion d'honneur. La Principauté ne l'oublia pas : son cousin germain, le prince Charles III, lui attribua en 1860 le titre de marquis des Baux, titre porté par les souverains de Monaco.
Un contexte historique crucial
L'année 1814, celle de la naissance d'Oscar, vit aussi la signature du Traité de Paris le 30 mai, rétablissant les frontières européennes après la chute de Napoléon Ier. Honoré V joua un rôle important pour que la Principauté de Monaco soit restaurée, après avoir été dissoute sous la Révolution. Ce fut une grande victoire pour lui et pour les Monégasques.



