Municipales à Nîmes : l'avenir des halles au cœur des débats
Quel sort sera réservé aux étaliers pendant et après les travaux de rénovation prévus aux halles de Nîmes en 2030 ? Cette question cruciale a rassemblé 70 commerçants inquiets ce mardi après-midi à la Chambre de Commerce et d'Industrie, où quatre candidats aux élections municipales ont tenté de répondre à leurs interrogations légitimes.
Une rencontre politique aux enjeux économiques majeurs
L'avenir des halles et leur indispensable rénovation dépassent largement le simple cadre économique pour devenir un véritable enjeu politique. Les étaliers, préoccupés par leur avenir professionnel, les travaux à venir et le renouvellement de leurs baux, ont parfaitement compris cette dimension en organisant cette rencontre avec les prétendants à la mairie.
Dans les locaux de la CCI, Vincent Bouget (gauche unie), Yoann Gillet représentant Julien Sanchez (Rassemblement National), Franck Proust (Les Républicains) et Julien Plantier (divers droite) ont ainsi exposé leurs visions devant la quasi-totalité des commerçants présents. Seul Pascal Dupretz (La France Insoumise) a décliné l'invitation à la dernière minute, dénonçant par avance "une avalanche attendue de propositions court-termistes et clientélistes".
Préserver l'âme des halles : un consensus fragile
"Nous ne sommes pas opposés aux changements ni aux travaux", lance en préambule Chloé, qui tient les Halles Auberge. "Mais nous voulons que soit préservée l'âme des halles qui est le patrimoine vivant de tous les Nîmois". Sur ce point fondamental, un consensus semble émerger : l'authenticité et le charme des lieux ne font pas débat parmi les candidats.
Cependant, les divergences apparaissent rapidement concernant le futur statut juridique à mettre en place. La grande inquiétude des étaliers reste entière : tous retrouveront-ils leur étal après les travaux et un nouveau bail après le 31 décembre 2029 sans devoir affronter une mise en concurrence périlleuse ?
Des propositions juridiques contrastées
Yoann Gillet propose une solution radicale : "le déclassement du Domaine public pour signer des baux commerciaux avec la mairie et se créer un fonds de commerce". Franck Proust, quant à lui, juge cette option "impossible juridiquement" et préfère promouvoir une autre forme juridique : l'Appel à manifestation d'intérêt (AMI) "à mettre en place dès 2026". Selon lui, cette approche représenterait "la meilleure solution pour être indemnisé pendant les travaux, valoriser les fonds de commerce et permettre aux 70 étaliers de revenir après les travaux".
Vincent Bouget avance une troisième piste : une Société coopérative d'intérêt collectif (SCIC), "d'ailleurs proposée par les étaliers eux-mêmes". Il estime que ce modèle constituerait "un levier de confiance pour bien travailler ensemble". Malgré ces divergences, tous les candidats s'accordent sur la nécessité de (re)mettre en place une concertation plus fluide et régulière avec les commerçants concernés.
L'épineuse question des travaux de 2030
L'autre interrogation majeure concerne l'organisation pratique des travaux de rénovation des halles, avec l'objectif partagé de ne pas aseptiser ce lieu emblématique. Vincent Bouget exprime des réserves sur le budget prévisionnel : "Une enveloppe de 13 millions d'euros prévue, cela me semble aventureux". Il propose plutôt de réaliser d'abord un état des lieux technique des rénovations indispensables, puis d'établir un phasage précis des interventions.
Franck Proust, qui a repris le dossier en mars 2025, apporte des précisions chiffrées : "Si on ne fait que les mises aux normes techniques sans refaire la façade, c'est un budget de 6,9 millions d'euros et dix mois de travaux, mais trente mois si on le fait en deux phases".
Julien Plantier présente quant à lui une proposition originale avec un chantier organisé en deux tranches distinctes. Il reconnaît que cette approche serait "15% plus chère et nécessiterait six mois de travaux supplémentaires", mais présente l'avantage que "les halles ne seront jamais fermées". Les étaliers provisoirement délogés pourraient alors s'installer temporairement dans les rues piétonnes environnantes.
Des inquiétudes qui persistent malgré les réponses
Malgré ces différentes propositions, les réponses des candidats semblent n'avoir que partiellement convaincu les commerçants présents. Amélie Chalot des Halles Auberge résume le sentiment général : "On ne peut pas signer pour quatre ou six ans sans mettre en danger nos entreprises et l'AMI ne nous garantit en aucune façon de retrouver nos étals".
Jessica Cloux, charcutière aux halles, adresse un message poignant aux candidats : "Vous, vous jouez votre carrière. Mais nous, c'est notre avenir, notre vie, celle de nos familles !". Cette intervention souligne l'écart parfois considérable entre les enjeux politiques et les réalités économiques et humaines vécues par les acteurs de terrain.
Les travaux des halles de Nîmes, prévus pour 2030, continuent donc de cristalliser les tensions et les interrogations à moins de quatre ans de leur lancement. Les étaliers attendent désormais des engagements concrets et des garanties solides pour pouvoir envisager sereinement l'avenir de leurs commerces et de leurs familles.



