Nicolas Florian, l'élection surprise à la mairie de Bordeaux en 2019
Le 7 mars 2019 marque un tournant dans la vie politique bordelaise. Ce jour-là, Nicolas Florian, dauphin de l'ancien Premier ministre Alain Juppé, est élu maire de Bordeaux, prenant la suite de son mentor parti au Conseil constitutionnel. Modéré comme lui et proche de Valérie Pécresse, ce Républicain n'entendait pas se contenter d'un simple intérim. Retour sur un événement qui a secoué la scène locale.
Une succession rapide et inattendue
« La politique c'est un feuilleton à rebondissements. Rien n'est jamais écrit. Voilà, il se trouve que je suis au bon endroit, au bon moment », déclarait Nicolas Florian au lendemain de sa désignation par la majorité bordelaise. Le départ soudain d'Alain Juppé pour le Conseil constitutionnel a précipité les choses. Jeudi, il sera officiellement élu par le Conseil municipal de Bordeaux, un calendrier non prévu par le futur sage de la rue Montpensier. Mais comme « les trains ne repassent pas deux fois », la succession s'est jouée en un éclair, avec seulement quelques heures pour solder vingt-quatre ans de règne et régler les questions épineuses du mandat.
Alain Juppé avait initialement placé ses espoirs en Virginie Calmels, mais la primaire de la droite et du centre pour l'élection présidentielle a changé la donne. La personnalité de l'ancienne patronne d'Endemol a effarouché la ville et ses représentants. Nicolas Florian, lui, s'est tenu à distance des intrigues du palais Rohan, se contentant de donner son avis en privé à Alain Juppé des mois auparavant.
Un baptême du feu politique
« Un maire, par ricochet, par défaut », ironisait l'opposant socialiste Matthieu Rouveyre. Pour Nicolas Florian, c'est un concours de circonstances idéal : « Il n'y a pas eu d'attente, de rancœurs… Qu'il y ait des interrogations sur ma capacité à remplir le rôle. C'est normal. On ne passe pas après Chaban et Juppé en claquant des doigts. À charge pour moi de démontrer ce que je sais faire. » Les heures suivant sa désignation ont servi de baptême du feu, avec des négociations tendues sur les équilibres politiques et les menaces de démission. Finalement, tout le monde est rentré dans le rang, et Alain Juppé a même loué son autorité, un compliment précieux dans la « Juppéie ».
Nicolas Florian insiste : « Je ne remplace pas Alain Juppé, je deviens maire de Bordeaux. Son costume sera bien évidemment trop grand pour moi. Je vais le tailler à ma mesure. » Un message clair adressé à La République en marche, qui soutenait Thomas Cazenave. L'enjeu pour Florian est de sortir de l'ombre de son mentor et de s'imposer rapidement, malgré son rôle discret d'adjoint aux finances.
Un parcours politique ancré localement
À 49 ans, Nicolas Florian n'est pas un inconnu. Étudiant en droit à Bordeaux, il rejoint les gaullistes et prend les rênes du mouvement de jeunes. Élu en 1995 à Villenave-d'Ornon, il renonce à une carrière d'avocat pour se consacrer à la politique. Repéré par Alain Juppé, il devient son secrétaire général de l'UMP puis des Républicains en Gironde de 2002 à 2018, apprenant à galvaniser les troupes.
Il a aussi connu des échecs, comme en 2012 face à la socialiste Michèle Delaunay, une mission qualifiée de « kamikaze ». Intégré à la liste municipale en 2014, il se forge une réputation d'homme de convictions, capable de dire ce qui ne va pas à Alain Juppé, comme le note Ludovic Martinez, directeur de cabinet. Malgré des apparences de jeune premier, il travaille avec acharnement.
Désormais, Nicolas Florian façonne son costume de maire, promettant de rester « à portée d'engueulade » des citoyens et de partager les décisions avec ses adjoints. Mais il prévient : « Je comprends qu'on puisse me demander la lune mais ce n'est pas pour autant que j'irai la décrocher. » Une prise de fonction qui promet d'être scrutée de près.



