Municipales 2026 à Paris : un tableau de followers largement erroné dans « Quotidien »
Les élections municipales de 2026 ont été marquées par une utilisation intensive des réseaux sociaux, particulièrement par les candidats à la mairie de Paris, cherchant à séduire les électeurs et à capter leur soutien. Cependant, une diffusion de données inexactes lors d'une émission télévisée a jeté le trouble sur cette stratégie numérique.
Une analyse politique entachée d'erreurs
Lundi 16 mars 2026, l'émission « Quotidien » présentée par Yann Barthès recevait Jérôme Fourquet, directeur de l'Institut français d'Opinion publique et analyste politique, pour décrypter les résultats du premier tour des municipales. Le sondeur, connu pour instiller une idéologie imprégnée de pessimisme et de nostalgie selon une enquête du « Nouvel Obs » publiée en 2023, a abordé la façon dont les candidats investissent les réseaux sociaux.
Il a affirmé que le nouveau terrain de campagne et d'affrontement se situe désormais aussi sur les plateformes numériques, remplaçant progressivement le tractage sur les marchés et la mobilisation lors des meetings. Pour illustrer son propos, un tableau présentant le nombre d'abonnés des candidats parisiens sur TikTok, X, Instagram et Facebook a été diffusé à l'écran.
Des chiffres gonflés ou sous-estimés révélés
Problème majeur : la quasi-totalité des chiffres évoqués dans ce tableau se sont avérés erronés après vérification manuelle des comptes des candidats. Sur la vingtaine de nombres présentés, seuls ceux concernant les abonnés Instagram de Sarah Knafo et de Pierre-Yves Bournazel étaient exacts.
Les écarts sont parfois massifs et concernent l'ensemble des candidats :
- Sarah Knafo, candidate zemmouriste, compte bien 514 000 abonnés sur Instagram, mais sur TikTok, le chiffre exposé de 479 000 doit être divisé par deux pour atteindre la réalité de 248 000. Sur X, elle a 224 000 abonnés, contre 246 000 annoncés.
- Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI, ne dispose pas de 3 000 abonnés sur X, mais bien de 66 000, soit vingt-deux fois le nombre avancé.
- Sophia Chikirou, candidate insoumise, a en réalité 32 000 abonnés sur X, et non 4 000 comme indiqué.
- Rachida Dati, candidate LR, présente des variations du simple au double : sur Facebook, elle a 122 000 abonnés contre 240 100 avancés, et sur X, elle en compte 240 000 contre 114 000 diffusés.
Absence de réactions et corrélation limitée avec les résultats
Aucun journaliste présent sur le plateau de « Quotidien » n'a relevé ces estimations plus qu'erronées lors de la diffusion. La séquence a été supprimée du post Instagram de l'émission mais reste visible dans le replay. Contactés par « le Nouvel Obs », Jérôme Fourquet et l'équipe de « Quotidien » n'ont pas répondu aux sollicitations.
Cette affaire illustre surtout que la popularité en ligne ne se traduit pas nécessairement par une mobilisation dans les urnes. Sarah Knafo, de loin la candidate la plus suivie sur les réseaux sociaux, s'est qualifiée difficilement au second tour avec seulement 10,4 % des voix avant de renoncer. À l'inverse, Emmanuel Grégoire est arrivé largement en tête du premier tour avec 37,98 % des voix malgré une notoriété modeste sur les différentes plateformes.
Les élections municipales parisiennes de 2026 démontrent ainsi les limites d'une campagne axée uniquement sur le numérique, tout en soulignant l'importance de la vérification des données diffusées dans les médias.



