Municipales 2026 : Le troisième tour décisif des métropoles et intercommunalités
La ville de Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, sera-t-elle conquise par le Rassemblement national ou restera-t-elle à gauche ? Si ce second tour des municipales est crucial, il ne marque pas la fin de la bataille. Un troisième tour, souvent méconnu, va en réalité déterminer l'avenir de la deuxième ville de France : l'élection à la métropole Aix-Marseille-Provence.
Le pouvoir réel des métropoles
Avec ses 92 communes et 238 conseillers communautaires, cette collectivité dispose d'un budget colossal avoisinant les 5 milliards d'euros. Elle concentre des compétences majeures comme le logement et les transports. Marseille, qui enverra à elle seule 108 élus, détient la clé du pouvoir métropolitain. Cependant, la victoire municipale ne garantit pas automatiquement la présidence de la métropole.
En 2020, Martine Vassal, alors LR, avait perdu la mairie mais réussi à conserver la tête de la métropole grâce à sa promesse d'une « métropole des maires », séduisant ainsi des élus de gauche et la maire d'Aix-en-Provence, Sophie Joissains. Cette dernière a toutefois rompu l'alliance l'année suivante.
Les stratégies électorales en jeu
Pour les municipales 2026, les cartes pourraient être rebattues. Franck Allisio, candidat RN à Marseille, n'a pas affiché d'ambitions métropolitaines, mais ses élus pourraient peser en cas de majorité relative. Benoît Payan, le maire sortant PS, a assuré qu'il ne visait pas la présidence de la métropole, mais son bilan municipal a souffert des conflits avec Martine Vassal. Il aura tout intérêt à trouver un compromis constructif.
La réforme de la loi PLM, qui accorde une prime de 25 % des sièges au vainqueur, permettra au prochain maire d'influer sur la désignation de l'exécutif métropolitain. Pour gouverner, il devra toutefois forger des alliances au-delà de son camp, notamment avec les élus aixois et provençaux. En coulisses, les tractations sont déjà en cours, échappant souvent aux citoyens.
Le cas emblématique de Toulouse
À Toulouse, en Haute-Garonne, la fusion entre La France insoumise et la liste socialo-écologiste prévoit un partage du pouvoir : en cas de victoire, François Piquemal deviendrait maire et François Briançon prendrait la tête de la métropole. Cette entité compte 133 conseillers, avec un équilibre complexe entre la ville centre et les 36 communes périphériques.
Toulouse dispose de 65 sièges, tandis que les autres communes se partagent les 68 restants. Une victoire de la gauche aux municipales ne garantirait donc pas la majorité absolue à la métropole, fixée à 67 sièges. Pour l'atteindre, la coalition devrait impérativement remporter des duels dans les communes de la première couronne.
La droite en position de force
Du côté de la droite, la situation est plus lisible : si Jean-Luc Moudenc est réélu maire de Toulouse, il devrait être reconduit à la tête de la métropole. Le rapport de force issu du premier tour montre une résistance solide du bloc droite et centre dans la périphérie. Des communes comme Balma ou Saint-Orens ont déjà maintenu ou élu des listes pro-Moudenc ou macronistes.
Si la droite et le centre parviennent à conserver plus de 40 sièges en banlieue, ils pourraient constituer un bloc minoritaire bloquant, voire conserver la présidence métropolitaine même en cas de défaite à Toulouse.
Bordeaux : l'effet domino
À Bordeaux, en Gironde, le retrait de l'indépendant Philippe Dessertine après le premier tour a activé un effet domino. Si ses 20 % d'électeurs de centre droit se reportent sur le candidat macroniste Thomas Cazenave, le duel avec l'écologiste Pierre Hurmic pourrait modifier l'équilibre politique au sein de la métropole.
Actuellement, cette assemblée, qui regroupe 28 communes, est présidée par la socialiste Christine Bost et s'appuie sur une majorité de gauche. Une victoire de Thomas Cazenave entraînerait le basculement de l'intégralité des sièges de Bordeaux vers le bloc de la droite et du centre.
Lille : le statu quo en question
Plus au nord, la métropole européenne de Lille, dominée par des élus divers droite depuis 2014, pourrait-elle basculer à gauche ? Les résultats du premier tour augurent plutôt d'un statu quo. LFI, forte de ses scores à Roubaix et Lille, peut espérer une entrée en nombre de conseillers au sein de la MEL.
Cependant, à Villeneuve-d'Ascq, le député Ugo Bernalicis est arrivé en troisième position, et à Faches-Thumesnil, le maire sortant Patrick Proisy est menacé par un candidat LR. Le poids de LFI au sein de la MEL dépendra surtout du résultat à Lille, où le candidat écologiste Stéphane Baly a choisi de fusionner avec le maire socialiste sortant plutôt qu'avec la candidate LFI.
Lyon : un match discret derrière le choc médiatique
À Lyon, derrière le choc ultra-médiatisé entre le maire sortant écologiste Grégory Doucet et Jean-Michel Aulas, se joue un match beaucoup plus discret pour le contrôle de la métropole. Véronique Sarselli, maire de Sainte-Foy-lès-Lyon réélue dès le premier tour, a scellé l'union de la droite et des macronistes sous la bannière « Grand Cœur Lyonnais ».
Elle a déjà remporté 4 circonscriptions sur 14, soit 37 sièges sur les 150 que compte la métropole. Si sa dynamique se confirme, Les Écologistes pourraient perdre la majorité absolue au conseil métropolitain.
Le destin de la métropole de Lyon
Le destin de la métropole de Lyon dépend d'un mode de scrutin direct unique en France, découpé en 14 circonscriptions indépendantes. Dans ce système, la liste arrivée en tête dans chaque secteur rafle une prime majoritaire de 50 % des sièges. Une victoire de la coalition menée par Véronique Sarselli dans quelques circonscriptions pivots permettrait de remporter automatiquement plus de la moitié des sièges de ces secteurs.
Face à cette poussée, Bruno Bernard, président sortant de la métropole, joue sa survie politique. S'il a réussi à rallier le PS et le Parti communiste, son maintien dépend désormais du report des voix de LFI.
Le problème démocratique des intercommunalités
Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à Paris-Panthéon-Assas, souligne : « Celui ou celle pour qui les Français votent aux municipales ne dispose pas de la réalité du pouvoir. Une fois élus, ces édiles vont devoir discuter, négocier à l'échelle communautaire avec leurs pairs. Une gestion collective qui impose des compromis, et marginalise la démocratie locale. »
Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine, constate : « Demandez autour de vous ce que font précisément les intercommunalités ? Personne ne sait vraiment. La loi impose un bouquet de compétences obligatoires : l'urbanisme, les ordures ménagères, l'assainissement, l'aménagement. Mais, ensuite, bien des intercommunalités se donnent des compétences supplémentaires. »
Le millefeuille administratif
En Île-de-France, c'est non seulement un troisième mais même un quatrième tour qui se joue. Car aux communes se superposent deux strates de pouvoirs intercommunaux supplémentaires : la métropole du Grand Paris et 11 établissements publics territoriaux. « On est dans une construction kafkaïenne, totalement illisible », déplore Jean-Christophe Fromantin.
Benjamin Morel ajoute : « Le droit des collectivités devient un vrai labyrinthe, avec sa juxtaposition de règles, d'exceptions, de dérogations qui le rendent illisible pour le commun des mortels. »
Vers une simplification territoriale ?
Jean-Christophe Fromantin plaide régulièrement pour simplifier l'organisation territoriale. Dans son prochain livre, il défend « le retour des provinces », ces constructions territoriales historiques qui pourraient remplacer les intercommunalités et les départements. Son idée : organiser ces nouvelles collectivités autour des 350 villes moyennes de France, bassins de vie de la population.
Alors que les municipales focalisent l'attention sur les maires, le véritable pouvoir se joue dans les métropoles et intercommunalités. Ce troisième tour, souvent opaque, déterminera la gouvernance locale pour les années à venir, avec des enjeux colossaux en matière de logement, de transports et d'aménagement du territoire.



