Municipales 2026 : Le 4e arrondissement de Lyon est-il vraiment le plus sûr ?
Municipales 2026 : Le 4e arrondissement de Lyon, le plus sûr ?

Municipales 2026 : La sécurité au cœur des débats à Lyon

Les 15 et 22 mars prochains, les citoyens français sont appelés aux urnes pour élire leurs maires, un scrutin majeur de la vie politique locale. Dans ce contexte, la rédaction de 20 Minutes intensifie son travail de vérification des informations pour lutter contre les fake news et éclairer les électeurs avant leur passage dans l'isoloir.

Le 4e arrondissement : Un îlot de sécurité dans Lyon ?

Lors d'un débat réunissant tous les candidats à la mairie de Lyon sur BFM, la question de la sécurité a occupé une place centrale. Le maire sortant écologiste Grégory Doucet a affirmé que le 4e arrondissement présentait « le niveau de délinquance le plus faible » de toute la ville. Une déclaration que 20 Minutes a confrontée aux données du service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI), qui vient de publier son bilan national 2025.

Les chiffres confirment les propos du candidat : avec seulement 27 vols violents enregistrés en 2024, le 4e arrondissement se distingue nettement des autres secteurs lyonnais. À titre de comparaison, le 7e arrondissement en comptait 413, le 3e 384 et le 1er 239. Les 9e et 5e arrondissements suivent avec respectivement 81 et 77 faits.

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Dans cette partie de la ville qui inclut le quartier de la Croix-Rousse, 107 cas de coups et blessures ont été recensés la même année, soit trois fois moins que dans le 2e arrondissement. Le taux de destructions et dégradations y est également le plus bas avec 6 pour 1 000 habitants. Seule catégorie où le 4e n'arrive pas en tête : les vols de véhicules, avec 130 faits contre 127 dans le 5e et 198 dans le 1er.

L'absence de caméras : Un choix assumé

Particularité notable du 4e arrondissement : il ne dispose d'aucun dispositif fixe de vidéosurveillance. Un paradoxe dans une ville qui se présente comme la deuxième mieux équipée de France après Nice, avec 12,7 caméras par kilomètre carré.

Lors du débat, le candidat Jean-Michel Aulas a interpellé directement Grégory Doucet sur ce point : « Quand il y a des caméras, le taux d'insécurité et de criminalité diminue, ce qui n'est pas le cas à Lyon. Vous savez combien il y a de caméras dans le 4e arrondissement ? » À quoi le maire sortant a répondu sans détour : « Oui, il n'y en a pas. »

Le maire d'arrondissement Rémi Zinck avait déjà justifié cette absence en 2021, estimant que « le bénéfice du dispositif n'est pas du tout prouvé ». Selon la Chambre générale des comptes qu'il citait, seulement 2 % des délits sont résolus grâce à la vidéosurveillance. Pour la municipalité, la sécurité du 4e repose avant tout sur « la présence humaine de policiers municipaux et nationaux dans les rues », un « travail de fourmi » soutenu par un tissu associatif dense et une vie de quartier active.

La bataille des caméras s'annonce

Dans la perspective des élections, les propositions divergent radicalement. Jean-Michel Aulas envisage de porter le nombre de caméras à 1 200 sur l'ensemble de la commune (contre 600 actuellement). Une ambition modeste comparée à celle du candidat du Rassemblement national, Alexandre Dupalais, qui estime « normal » d'en ajouter 5 000 supplémentaires.

Lyon dans son ensemble : Des chiffres à nuancer

BFM avait souligné lors du débat une spectaculaire hausse des vols avec violence sur l'ensemble de la commune, passant de 1 768 à 3 146 faits en un an, ainsi qu'une augmentation de 36 % des vols dans les véhicules. La municipalité invite cependant à contextualiser ces données.

Premier élément d'explication : la plainte en ligne, développée depuis le dernier trimestre 2024, facilite l'accès au droit pour les victimes mais gonfle mécaniquement les statistiques. La collectivité note que c'est précisément à partir de cette période que certains indicateurs s'envolent.

Deuxième élément : ces hausses ne sont pas propres à Lyon. Le rapport du SSMSI publié en janvier 2026 confirme que les vols violents sans arme ont augmenté de 2 % en France en 2025, les escroqueries de 8 %, le trafic de stupéfiants de 8 %. Des tendances structurelles qui touchent toutes les grandes métropoles françaises.

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Le 4e arrondissement n'est pas épargné par toutes les hausses

Même dans le secteur le plus préservé, le bilan présente des nuances. Sur quatorze indicateurs suivis par le SSMSI, cinq sont en légère hausse par rapport à 2019 :

  • Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement (de 238 à 278 faits)
  • Trafic de stupéfiants (de 5 à 12 faits)
  • Usages de stupéfiants (de 71 à 81 faits)
  • Vols d'accessoires de véhicules (de 49 à 58 faits)
  • Violences sexuelles (de 0,69 à 1,22 faits pour 1 000 habitants)

Le choix de l'année 2019 comme référence s'explique par la pandémie de Covid-19 qui a faussé les données des années 2020 et 2021, marquées par des confinements et couvre-feux. Mohammed Chihi, adjoint à la sécurité de la ville, rappelle que 2019 représente « la dernière année pleine avant la crise sanitaire » et « la dernière année complète avant le changement d'exécutif intervenu en 2020 ».

Ces augmentations s'inscrivent dans des tendances nationales. Durant le mandat, les effectifs de la police municipale ont été renforcés de 24 agents et 94 caméras supplémentaires ont été déployées sur la ville. Mais l'exemple du 4e arrondissement montre que la sécurité ne se résume ni à un bilan de mandat, ni à un nombre de caméras.