Municipales 2026 à Bellegarde : le RN présente un candidat controversé issu de l'extrême droite identitaire
La candidature de Philippe Gibelin, adhérent du Rassemblement national, pour les élections municipales de 2026 à Bellegarde, commune gardoise de 8 000 habitants, suscite un vif émoi. Ce choix du parti d'extrême droite intervient alors que celui-ci tente de poursuivre sa stratégie de dédiabolisation et de normalisation, particulièrement à l'occasion de ces scrutins locaux.
Un candidat au passé militant sulfureux
Philippe Gibelin, âgé de 75 ans, ancien conseiller municipal, acteur du monde associatif et ex-cadre de la Poste, a été officiellement présenté comme candidat RN le 6 février dernier. Il entend mener campagne autour des thèmes du localisme, de la sécurité, des traditions taurines et provençales, ainsi que de la proximité.
Pourtant, derrière ce portrait de candidat local se cache un militant de longue date de la mouvance identitaire, branche nationale de l'extrême droite européenne apparue dans les années 1990. Philippe Gibelin a notamment été trésorier du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (Grece) dans les années 1980, selon des informations révélées par Le Monde le 13 février.
Un engagement identitaire profond
Le mouvement identitaire, dont fait partie le Grece, se revendique racialiste ou ethno-différencialiste et défend les Européens natifs ainsi que leurs identités régionales sous un angle culturel et ethnique. Philippe Gibelin a également été administrateur de la Domus Europa, propriété du Grece près d'Aix-en-Provence, et fondateur de l'association La France rebelle-Nationalité citoyenneté identité dans les années 2010.
Son engagement s'est concrétisé par des actions symboliques fortes, comme sa participation en 2015 à la construction d'un mur en Hongrie, à Ásotthalom, village frontalier avec la Serbie. Il s'agissait d'une clôture métallique de 3 mètres de haut avec des rouleaux de fils de fer barbelés, destinée selon lui à "arrêter, freiner, canaliser ce flux de clandestins illégaux".
À cette occasion, Philippe Gibelin avait fait le voyage depuis Nîmes pour offrir une camionnette blanche, fruit d'une collecte de 4 000 euros en ligne, qu'il présentait comme un outil indispensable à la "lutte contre l'invasion".
Un candidat qui se défend
Interrogé sur son passé militant, Philippe Gibelin rejette toute étiquette d'extrême droite : "Le vocabulaire que vous employez est connoté. Je ne suis pas d'extrême droite. Je revendique une identité provençale, française et européenne, tout simplement. Quant au Grece, c'est une association culturelle et intellectuelle", affirme-t-il.
L'embarras des cadres du RN
Ce passé sulfureux pose problème au Rassemblement national, dont les cadres départementaux évitent soigneusement de commenter le choix de ce candidat. Pourtant, Philippe Gibelin avait été officiellement adoubé le 6 février par le député de la circonscription, Yoann Gillet, entouré de plusieurs élus locaux du parti.
Sollicité à plusieurs reprises, l'eurodéputé Julien Sanchez, ex-maire de Beaucaire et directeur de campagne national du RN, n'a jamais répondu aux demandes d'explication. Quant au député Yoann Gillet, qui avait pourtant soutenu publiquement le candidat, il s'est contenté de répondre par SMS : "Aucun commentaire".
Un enjeu électoral local sensible
Le RN espère avec cette candidature ravir la mairie de Bellegarde au maire sortant Juan Martinez, candidat à sa propre succession, et tenter de gagner la communauté de communes Beaucaire-Terre d'Argence. Mais le choix de Philippe Gibelin, avec son passé identitaire bien documenté, risque de compliquer la stratégie de normalisation du parti à l'approche de ces échéances électorales cruciales.
Les électeurs bellegardois devront donc trancher en 2026 entre un maire sortant et un candidat dont le parcours militant continue de faire polémique, malgré ses tentatives de présenter une image apaisée et locale.



