L'affaire Quentin Deranque à Lyon : la Jeune Garde et LFI au cœur de la polémique
Qui est responsable de la mort violente de Quentin Deranque, survenue le 12 février à Lyon ? Sans attendre les conclusions définitives de l'enquête judiciaire, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a publiquement cité l'organisation de gauche radicale la Jeune Garde, en soulignant son lien « très fort » avec La France insoumise. Cette déclaration intervient alors qu'une vidéo amateur authentifiée par TF1 montre six individus masqués frappant sauvagement une silhouette prostrée au sol, rue Victor-Lagrange, dans la métropole lyonnaise.
Un contexte de tensions politiques exacerbées
Déterminer précisément qui a porté les coups fatals dans ce qui ressemble à un meurtre collectif nécessitera du temps, mais le ministre n'a pas parlé à la légère. Il est déjà établi que des militants de la Jeune Garde, organisation dissoute en juin 2025, se trouvaient dans le périmètre du drame. Ils étaient venus en découdre avec des identitaires, en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Quentin Deranque était présent lors d'une mobilisation de Némésis, un collectif féministe nationaliste venu protester contre la présence de Rima Hassan, perçue comme une illustration de l'islamo-gauchisme à l'université.
L'affrontement était prévisible, même si son issue fatale ne pouvait être anticipée. Lyon est le berceau de la Jeune Garde et la ville natale de son porte-parole historique, Raphaël Arnault, âgé de 31 ans. Devenu député Insoumis de la première circonscription du Vaucluse en 2024, ce dernier n'a jamais pris ses distances avec cette association de fait, explicitement orientée vers le combat physique contre l'extrême droite. Les militantes de Némésis affirment avoir repéré l'un de ses collaborateurs parlementaires, Jacques-Elie Favrot, parmi les membres de la Jeune Garde présents devant Sciences Po Lyon.
Une organisation dissoute mais toujours active
Au printemps 2025, le ministère de l'Intérieur a décidé de dissoudre la Jeune Garde. Le décret de dissolution, daté du 12 juin, énumère une longue liste d'agressions « revendiquées et assumées » par l'organisation sur les réseaux sociaux. Pourtant, le soutien de La France insoumise est resté indéfectible. Un communiqué de LFI daté du 11 février 2026 appelait à suspendre la dissolution, déclarant : « Nous le disons fièrement : la Jeune Garde est essentielle », car elle lutte « contre des groupes fascistes ». Quentin Deranque a été lynché le lendemain.
L'enquête judiciaire porte désormais sur un « homicide volontaire et violences aggravées ». Raphaël Arnault, dont le vrai nom est Archenault, n'était pas sur place lors des faits, mais son nom revient constamment dans les discussions. Le jeune homme a été coopté par les Insoumis en raison, et non en dépit, de son goût affiché pour les bagarres de rue. Ils en ont fait un député fiché S en connaissance de cause, l'envoyant en 2024 dans la seule circonscription du Vaucluse où la gauche pouvait l'emporter.
Le parcours militant de Raphaël Arnault
Diplômé de l'université Lyon 2, Raphaël Arnault a créé la Jeune Garde en 2018. À l'époque, il vivotait financièrement, déclarant seulement 7 974 euros de revenus annuels en 2019 selon sa déclaration de patrimoine. Il militait alors au Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), en dessous des radars médiatiques. Sa notoriété a commencé à croître vers 2021, lorsqu'il s'est lié d'amitié avec le chroniqueur Usul et a été invité sur le plateau de Touche pas à mon poste de Cyril Hanouna.
Il est déjà connu de la justice depuis le 18 février 2022, date à laquelle la 13e chambre correctionnelle du tribunal de Lyon l'a condamné à quatre mois de prison avec sursis pour une agression en groupe sur un individu qualifié de « fasciste ». Du point de vue des Insoumis, cette condamnation est perçue comme une simple preuve d'engagement militant. Ils ont remarqué ses qualités d'organisateur et son pragmatisme.
Une rhétorique guerrière et ses conséquences
La Jeune Garde a élargi la notion de fascisme jusqu'à la vider de son sens selon certains observateurs. « Ils disent utiliser la violence seulement en cas d'autodéfense contre le fascisme, mais le fascisme commence aux centristes et passer devant eux dans la rue est déjà une agression », accuse Andréa Kotarac, président du groupe RN de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Némésis a mis en ligne un enregistrement daté du 16 octobre 2023 où Raphaël Arnault promet à Alice Cordier, porte-parole du collectif, « une balle dans la tête ».
Dans cet enregistrement, Arnault explique que Némésis n'a pas sa place lors d'un hommage à l'enseignant Dominique Bernard, assassiné à Arras, affirmant que la Jeune Garde incarne la vraie lutte contre l'islamisme. « On a des camarades partis en Syrie combattre Daech, lance-t-il, on a perdu des camarades, il y a une dette de sang envers nous ».
Les réactions politiques après le drame
Personne ne peut prétendre que La France insoumise avait anticipé la mort de Quentin Deranque. Cependant, les déclarations publiques de ses leaders interrogent. « Demain à Lyon, j'appelle tous les camarades Insoumis à aller se grouper derrière la bannière de la Jeune Garde », lançait Jean-Luc Mélenchon en meeting à Auxerre le 30 avril 2025, saluant « ces jeunes gens qui se mettent en rang pour protéger nos cortèges ».
Après le décès de Quentin Deranque, Rima Hassan et Manuel Bompard ont affirmé à l'unisson que la Jeune Garde n'avait aucun rapport avec le service d'ordre de LFI. « Ils sont déjà en train de mettre en place une nouvelle version des faits pour dénoncer l'extrême droite qui aurait provoqué la Jeune Garde, prévient Fabrice Balanche, maître de conférences spécialiste du Proche-Orient. La contre-offensive est lancée, avec des éléments complotistes. » L'enquête judiciaire déterminera les responsabilités exactes dans cette affaire qui secoue le paysage politique français.



