Mort de Quentin Daranque à Lyon : un drame instrumentalisé dans la campagne municipale
Mort de Quentin Daranque : impact limité sur les municipales à Lyon

Un drame lyonnais instrumentalisé à un mois des municipales

Moins d'une semaine après la mort tragique de Quentin Daranque à Lyon, cette affaire a rapidement pris une dimension politique nationale, survenant à seulement un mois du premier tour des élections municipales. Ce mercredi, Laurent Wauquiez a explicitement appelé à « faire barrage » à La France insoumise, mise en cause par ses opposants pour des liens supposés avec le groupe antifa La Jeune Garde - dissous l'an dernier - auquel seraient affiliés certains suspects de l'agression mortelle. Le député Les Républicains n'est toutefois pas le seul à procéder à une récupération politique de cet événement dramatique.

Un impact électoral local jugé marginal par les experts

Mais cette affaire a-t-elle véritablement des conséquences sur la campagne municipale lyonnaise ? Pour les politologues lyonnais Romain Meltz et Paul Bacot, interrogés par 20 Minutes, la réponse est négative. « L'effet sur les élections municipales à Lyon devrait rester marginal », estime le premier. Le second renchérit : « Il y a un tel retentissement national que ça n'apparaît pas comme une affaire locale. »

Une dynamique des votes déjà bien établie

Pourtant, certains candidats ont utilisé cet événement pour proposer des mesures concrètes. Jean-Michel Aulas, soutenu par l'ancien président de région, a évoqué lundi sur France Inter « un certain nombre de défauts en termes de sécurité » et a plaidé pour davantage « de caméras de surveillance » et « d'agents sur le terrain » pour « éviter qu'un nouveau drame se produise ».

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Pour Romain Meltz, « les paroles d'Aulas et de Wauquiez ne déterminent pas le positionnement des électeurs de gauche » car « la dynamique locale est déjà structurée par des mouvements de vote bien identifiés ». Il développe : « Même si les images de la rixe sont terribles, les Lyonnais savent qu'ils ont peu de chance de se retrouver au milieu d'affrontements. Donc, cette affaire ne change pas la vision qu'ils ont de leur ville et ne joue pas sur leur choix politique. »

Le politologue souligne également que, sur la question des caméras de surveillance, Grégory Doucet a déjà réalisé son audit et son « aggiornamento » et qu'il cherche continuellement à « recruter des policiers municipaux », ce qui reste « encore dans son programme ». Interrogé sur la mort de Quentin, le maire sortant et candidat a, quant à lui, appelé au respect du temps judiciaire et à l'apaisement.

Un léger renforcement possible du vote utile

Depuis l'annonce du décès de l'étudiant nationaliste de 23 ans, plusieurs candidats, principalement de La France insoumise, se disent violemment pris à partie sur le terrain et les réseaux sociaux. La tête de liste à Lyon, Anaïs Belouassa-Cherifi, créditée de 8% d'intention de vote dans les sondages, a affirmé sur X être victime « de menaces de mort et de viol constantes, d'insultes racistes et sexistes ». Elle a accusé « des partisans d'extrême droite jusqu'au Premier ministre » d'alimenter un « climat dangereux ».

D'après les observateurs de la politique locale, la mort de Quentin ne « fera pas forcément perdre des voix » à la candidate. Car, au-delà des accusations, LFI est « peu visible » à Lyon. « Personne ne peut vraiment identifier LFI ici, estime Romain Meltz. Le parti n'existe localement que parce que, sur la scène nationale, il est extrêmement présent. »

Selon lui, les électeurs de gauche peuvent facilement passer d'une tête de liste à une autre. « Anaïs Belouassa-Cherifi est partie dans les sondages à 14-15%, elle est maintenant à 8, analyse le politologue. Ce qui signifie qu'il y a déjà eu un phénomène de vote utile. Il n'est pas impossible que, avec ce qu'il se passe, ça renforce légèrement ce mouvement. » Une analyse partagée par Paul Bacot qui rappelle qu'on n'est pas « dans une configuration où il y a une large union dès le premier tour ». « De ce point de vue là, ça limite les conséquences », affirme-t-il.

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Une situation à long terme plus problématique pour LFI

Pour les politologues lyonnais, le décès de Quentin pourrait en revanche gêner « l'opération LFI » qui visait à s'ancrer davantage dans d'autres municipalités. « Le problème n'est donc pas forcément à Lyon. Il est là où le parti aurait pu faire un score au premier tour », rappelle Paul Bacot.

Romain Meltz complète : « Sur le long terme, LFI se met tout de même dans une situation difficile dans le regard des gens. » Le chercheur en science politique note un déplacement symbolique dans le débat public, causé par cette situation. « À l'origine, l'extrême gauche est connue pour s'attaquer aux symboles du capitalisme, pas aux hommes, et l'extrême droite, c'est le contraire. Et là, cette erreur fatale renverse la charge de l'accusation. C'est l'extrême droite qui paraît être la victime alors qu'elle a toujours échoué à faire autre chose que de se présenter comme agresseur », pointe-t-il.

Ce retournement est doublé par la stratégie du Rassemblement national, depuis 2011, de se dédiaboliser. « Ce qui est incroyable, c'est la capacité du parti à faire oublier le stigmate d'être antisémite, en devenant celui qui est le plus proche d'Israël, insiste-t-il. Et il fait porter ce stigmate sur LFI, qui soutient le peuple palestinien. Avec la mort de Quentin, la stratégie se confirme en démontrant que "la violence est du côté de la LFI" », analyse Romain Meltz.

Un événement tragique qui transcende le cadre local

Le chercheur rappelle que les affrontements entre mouvements d'extrême droite et d'extrême gauche ne sont pourtant pas nouveaux à Lyon, tout comme la radicalité dans la jeunesse. « Chaque génération se voit capable de réinventer le monde, c'est très connu et documenté, depuis des millénaires. Même à Athènes, 500 ans avant J.C, Platon disait déjà que la jeunesse faisait n'importe quoi. C'est donc très banal. Mais que cette banalité conduise à la mort d'un étudiant, c'est quelque chose d'inhabituel qui est terrifiant. Et l'émotion naît de ça », observe-t-il.

Pour lui, la mort de Quentin est « tellement un événement tragique », que c'est ce qui explique que « ça échappe à toutes formes d'ancrage lyonnais », conclut-il. Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 à Lyon se dérouleront donc dans un contexte national marqué par ce drame, mais dont les répercussions électorales locales semblent, selon les experts, relativement contenues.