Millau 2026 : un duel municipal acharné sur la gestion de la dette
À quelques semaines des élections municipales de 2026, la ville de Millau dans l'Aveyron devient le théâtre d'un affrontement politique intense entre deux figures locales. D'un côté, Emmanuelle Gazel, maire sortante et candidate à sa réélection, défend avec fermeté son bilan financier. De l'autre, Christophe Saint-Pierre, ancien maire et rival, dénonce une gestion qu'il juge approximative et dangereuse pour l'avenir de la commune.
Des accusations et contre-accusations chiffrées
"Impossible de laisser dire n'importe quoi", déclare avec véhémence Emmanuelle Gazel en réponse aux critiques de son prédécesseur. Le débat s'est cristallisé autour des chiffres de l'endettement municipal. Christophe Saint-Pierre affirme que le taux de désendettement est passé de 14,47 ans en 2013 à 8,04 ans à la fin de son mandat, pour remonter à des projections inquiétantes aujourd'hui.
La maire sortante contre-attaque immédiatement : "Saint-Pierre oublie de dire que nous avons hérité d'un budget 2020 non voté et d'un compte administratif 2019 truqué". Elle révèle que la dette réelle héritée s'élevait à 32 millions d'euros et non 28 millions, un emprunt n'ayant pas été correctement comptabilisé.
Un courrier de la DGFiP qui fait polémique
Pour étayer ses propos, Emmanuelle Gazel brandit un courrier daté du 19 juillet 2021 émanant de la direction départementale des finances publiques de l'Aveyron. Ce document officiel décrit une situation financière "préoccupante" avec :
- Un coefficient d'autofinancement courant au "seuil critique"
- Un niveau d'endettement "très élevé"
- Une capacité d'autofinancement nette "très faible"
"En clair", résume la candidate, "la DGFiP nous a dit : 'Vos marges de manœuvre sont quasi inexistantes. Cherchez des subventions, vendez ou exploitez mieux vos biens et mutualisez.'"
La méthode Gazel face aux accusations
La maire sortante défend sa gestion en mettant en avant plusieurs réalisations concrètes :
- 1,2 million d'euros économisés grâce à la mutualisation des services
- Maintien des services publics et des aides aux associations
- Respect de l'engagement de ne pas augmenter les impôts locaux
- Augmentation de 35% des subventions obtenues sur le mandat
- Réduction de 20% des dépenses énergétiques
Elle rappelle également que Christophe Saint-Pierre avait promis en 2014 de ne pas augmenter les impôts avant de finalement les relever de 11,8%.
La piétonnisation : un serpent de mer politique
Le débat s'étend également à d'autres dossiers sensibles, notamment la piétonnisation du centre-ville. Michel Durand, premier adjoint, affirme catégoriquement : "Il n'y aura pas d'acte 2 de la piétonnisation". Il précise que la voiture est revenue en centre-ville et que cette situation ne changera pas, répondant ainsi aux critiques de l'opposition.
Deux visions pour l'avenir de Millau
Au-delà des passes d'armes et des chiffres brandis comme des étendards, ce duel municipal pose une question fondamentale : quelle trajectoire pour Millau dans les six prochaines années ? La ville doit faire face à plusieurs défis majeurs :
- L'attractivité économique et touristique
- La transition énergétique
- Le dynamisme démographique
- La modernisation des infrastructures
Emmanuelle Gazel défend une approche qu'elle qualifie de "transparente et pragmatique", basée sur le financement des projets avant leur lancement et une recherche active de subventions. Christophe Saint-Pierre, quant à lui, dénonce un manque de vision à long terme et des finances fragiles.
Le scrutin de mars 2026 s'annonce donc particulièrement serré et technique, avec des enjeux financiers qui dépassent le simple cadre des rivalités politiques. Les Millavois devront trancher entre deux conceptions différentes de la gestion municipale, dans un contexte économique national tendu qui rend chaque décision budgétaire encore plus cruciale pour l'avenir de leur ville.



