Mennecy : un duel familial explosif pour les municipales
En ce début mars ensoleillé, Mennecy, commune de l'Essonne habituellement engorgée par la proximité de l'A6, profite d'une tranquillité inhabituelle due aux vacances scolaires. Pourtant, sous cette apparente quiétude, une bataille politique sans précédent se prépare pour les élections municipales des 15 et 22 mars.
Un affrontement père-fils inédit
Le maire sortant Jean-Philippe Dugoin-Clément (UDI), candidat à un quatrième mandat, se retrouve face à un adversaire surprenant : son propre père, Xavier Dugoin, ancien maire de la ville qui lui avait cédé son siège en 2011. Leur opposition dépasse largement le cadre politique pour s'enraciner dans une histoire familiale tumultueuse.
« C'est une campagne d'une agressivité folle, une campagne de caniveau », dénonce Jean-Philippe Dugoin-Clément dans son bureau où trône une paire de gants de boxe. « Encore hier, deux de mes colistiers ont reçu des courriers anonymes », précise-t-il, évoquant des méthodes qu'il attribue à son père.
Une rupture politique et familiale
La rupture officielle entre les deux hommes remonte à juin 2024, après l'annonce de la dissolution. « Ça faisait déjà quatre ans que c'était tendu », explique le maire sortant, qui a retiré à son père ses délégations au conseil municipal. Il lui reproche notamment d'avoir tenté de fomenter une alliance avec la députée RN locale Nathalie Carvalho.
La dimension familiale ajoute une couche de complexité à ce conflit. « Je ne l'ai jamais appelé 'Papa', il ne m'a jamais dit 'je t'aime' », confie Jean-Philippe Dugoin-Clément, évoquant un divorce parental précoce et des relations distantes depuis plus de 35 ans.
Styles politiques contrastés et accusations
Xavier Dugoin, figure politique locale ayant cumulé de nombreux mandats (député, président du conseil général, sénateur), incarne selon son fils « l'école RPR, du Chirac des années 1970-1980 ». Il a connu des démêlés judiciaires, dont une condamnation pour vol de vin en 2001.
Le maire sortant accuse son père de vouloir récupérer la présidence du Siarce, le puissant syndicat local d'assainissement des eaux. « Il veut simplement garder sa présidence du Siarce », affirme-t-il, dénonçant ce qu'il perçoit comme une manœuvre d'intérêt personnel.
Proximité avec le Rassemblement national
La campagne de Xavier Dugoin est marquée par ses liens avec le Rassemblement national. La députée RN Nathalie Carvalho partage régulièrement ses contenus sur les réseaux sociaux, et le suppléant de la députée figure en 25e position sur sa liste. Le ministère de l'Intérieur classe d'ailleurs cette liste à l'extrême droite.
« Il sert de poisson pilote pour le Rassemblement national », dénonce Jean-Philippe Dugoin-Clément, voyant dans la candidature de son père une stratégie d'implantation locale du parti d'extrême droite.
Une troisième liste difficile à faire entendre
Dans cette bataille familiale, la liste Divers gauche menée par Patrick Polverelli peine à se faire une place. « C'est une campagne inégalitaire », regrette le candidat écologiste. « Quand vous discutez avec les Menneçois, ils oublient presque qu'il y a une troisième liste ».
Pour Polverelli, les deux principaux adversaires se ressemblent : « Le père a tout appris au fils et aujourd'hui, il suit les recommandations du père ». Il espère cependant attirer les électeurs déçus par ce duel familial.
Les réactions des habitants
Dans les rues de Mennecy, les habitants expriment leur lassitude. « Le père et le fils qui se tirent la bourre, c'est d'un ridicule... On se croirait dans Dallas ! », lance un client de la boulangerie place de la mairie.
Maud, nouvelle habitante, envisageait de ne pas voter : « On retrouve les mêmes guerres d'ego qu'au niveau national. C'est risible, pathétique, pitoyable ». Seules les accointances du père avec le RN la pousseront finalement à se déplacer, « par devoir démocratique ».
D'autres, comme Lionel, préfèrent mettre en avant des enjeux plus concrets : « Nous manquons cruellement de médecins à Mennecy », déplore-t-il, soulignant que trois ou quatre praticiens sont partis à la retraite sans être remplacés.
Alors que de nombreux partis tentent de nationaliser les municipales, les électeurs de Mennecy semblent préférer les questions locales. Reste à savoir si ce scrutin tournera au simple règlement de comptes familial ou permettra d'aborder les véritables défis de la commune.



