Une ascension politique imprévue mais assumée
À 38 ans, Émeline Rey, ostéopathe installée à Laroque-Timbaut, viticultrice à Dondas et jeune mère de famille, s'apprête à vivre un bouleversement majeur. Elle va officiellement succéder à Guillaume Lepers comme députée de la troisième circonscription le 27 avril prochain, en application de la loi sur le non-cumul des mandats.
Un engagement sans faille
« Quand je prends un engagement, je le tiens », affirme avec conviction cette Roquentine d'adoption. Sa réaction à l'annonce des résultats du second tour des élections municipales de Villeneuve-sur-Lot fut sans ambiguïté : une joie sans retenue pour la victoire de la liste menée par Guillaume Lepers, même si cette victoire allait profondément transformer son existence.
Le parlementaire, en redevenant maire de la bastide, doit en effet céder son siège à sa suppléante. « Il ne m'a jamais considérée comme une suppléante, mais comme un vrai binôme », confie Émeline Rey. « Je le représentais quand il était à Paris, je connais les dossiers. Cette hypothèse trottait dans mon esprit depuis des mois. »
Un parcours politique fulgurant
L'ascension politique d'Émeline Rey est aussi rapide qu'imprévue. En janvier 2024, lorsque Béatrice Giraud, maire de Frespech, a renoncé à tous ses mandats, la jeune femme s'est retrouvée du jour au lendemain bombardée conseillère générale du canton Pays de Serres, en binôme avec Arnaud Devilliers, le maire de Penne-d'Agenais.
« C'était sans transition et en étant au jus de rien », se souvient-elle. Deux ans seulement après s'être présentée aux départementales « pour commencer à s'impliquer », elle va désormais siéger à l'Assemblée nationale.
Des racines profondes dans le terroir
Native de Saint-Laurent-Médoc en Gironde, Émeline Rey a grandi au milieu des vignes. Celles des rives de l'estuaire et celles de Dondas, terres de sa famille paternelle où elle passait ses vacances d'été. C'est là qu'elle exerce encore son « métier de cœur » puisqu'elle a repris le Domaine de la tulipe rouge, qui a quitté il y a peu l'IGP Agenais.
« J'ai une envie émotionnelle de faire perdurer ça », explique-t-elle. « J'ai vu mon père s'y épuiser. Mais aujourd'hui, je suis incapable de dire si j'y arriverais. » Prix des intrants qui explose, casse-tête de la transmission des affaires familiales… La nouvelle députée a les pieds solidement ancrés dans la réalité du monde agricole.
Une défenseuse des territoires ruraux
Au sein du groupe de la Droite républicaine, elle compte comme son prédécesseur continuer à défendre les territoires ruraux. « C'est capital, car on voit bien que les décisions prises à Paris sont en inadéquation avec la vie d'ici », affirme-t-elle avec conviction.
« On le voit pour l'agriculture ou aujourd'hui pour le prix du carburant. Ici, ce n'est pas un confort. C'est un besoin, pour travailler, aller faire ses courses, emmener les enfants à l'école. »
Un parcours de vie marqué par la persévérance
Le parcours professionnel d'Émeline Rey témoigne d'une détermination sans faille. « J'ai appris qu'il fallait se battre pour obtenir des choses et atteindre mes objectifs », confie-t-elle. « J'ai voulu faire des études longues que personne ne pouvait me financer et que j'ai continué à rembourser après avoir commencé à travailler. »
Les petits boulots ont laissé place à des années dans la grande distribution. Un CDI étudiant modulable chez Auchan l'a amené du rayon poissonnerie à la boucherie, à profiter des inventaires de nuit mieux payés, à devenir hôte de caisse avant de terminer au coffre.
« À 8 000 euros l'année, hors de question de redoubler », se souvient la jeune femme, dont le parcours a débuté à Bordeaux-Lac, est passé par Saint-Herblain (44), avant de s'achever près d'Annecy (74), berceau de la famille maternelle.
Un équilibre à trouver
Habituée à jongler avec deux métiers, Émeline Rey va devoir s'adapter à cette nouvelle responsabilité. « Si je dois réagencer toute ma vie professionnelle et personnelle, ce n'est pas juste pour faire acte de présence », prévient-elle. « La politique, on se le répète avec Guillaume, est un siège éjectable. Je vais donc faire le maximum possible. »
Le plus compliqué pour elle sera sans doute de trouver le bon équilibre pour s'impliquer autant qu'elle le désire « sans mettre en péril mon garçon de 3 ans et mon mari, qui est formidable ». Comble de l'histoire, elle n'a pas de suppléant, ni au Département, ni à l'Assemblée.
« Je ne suis pas venue à la politique parce que j'aime ses enjeux ou la stratégie », conclut-elle, « mais parce que je veux pouvoir me servir de mon expérience pour coller au plus près des problèmes des gens. Après, j'ai suivi un homme qui a des valeurs et me ressemble. »



