Marc Bloch au Panthéon : l'accueil glacial du doyen Augustin Fliche à Montpellier
Marc Bloch au Panthéon : l'accueil glacial du doyen Fliche

L'historien et résistant Marc Bloch fait son entrée au Panthéon ce mardi 23 juin. Entre 1941 et 1942, il avait trouvé refuge à Montpellier après avoir été exclu de la fonction publique par le régime de Vichy en raison de ses origines juives. Mais son arrivée à la faculté des Lettres fut marquée par un accueil glacial, notamment de la part du doyen Augustin Fliche.

Un contexte difficile pour Marc Bloch

Exclu de l'enseignement par le gouvernement de Vichy, Marc Bloch bénéficia d'un "relèvement de déchéance pour services scientifiques exceptionnels rendus à l'État français", une décision rare signée par Pétain lui-même. Il fut alors muté en zone libre, d'abord à Clermont-Ferrand, puis à Montpellier. Sa petite-fille, Suzette Bloch, confie : "Le passage à Clermont a été très difficile pour toute la famille, mais je crois profondément que Marc Bloch et ses proches ont été heureux à Montpellier. Malgré les difficultés…"

Augustin Fliche, un doyen maréchaliste

Augustin Fliche, doyen de la faculté des Lettres et ancien condisciple de Bloch à l'École normale supérieure, incarna l'opposition à l'historien. Selon Alain Alquier, docteur en Histoire Contemporaine à l'université Paul-Valéry, "Fliche est maréchaliste, il accueillera Pétain et partisan de la révolution nationale, l'idéologie officielle du régime de Vichy. Il va tenter de s'opposer à cette nomination, prétextant que ses cours pourraient provoquer des démonstrations hostiles." Bloch obtint néanmoins sa nomination, mais sans pouvoir donner de cours publics.

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Étienne, l'un des fils de Marc Bloch, écrira plus tard : "Le doyen, ancien condisciple de l'École normale supérieure, a réservé à mon père un accueil épouvantable qui l'a profondément blessé."

Une opposition scientifique et idéologique

Au-delà de l'idéologie, les deux hommes s'opposaient scientifiquement. Spécialistes du Moyen-Âge, ils avaient "une conception différente quant à la façon dont l'histoire doit être écrite", précise Alain Alquier. Bloch, cofondateur de l'École des Annales, prônait une approche transdisciplinaire, tandis que Fliche restait attaché à l'École méthodique, plus conservatrice.

Des nuances dans le portrait d'Augustin Fliche

Cependant, plusieurs historiens nuancent le portrait de Fliche. Le professeur Christian Amalvi rappelle, dans son Histoire de Montpellier (Privat, 2016), que le doyen avait prévenu des étudiants juifs de sa faculté de l'imminence d'une descente de la police allemande en 1943. Si Fliche accueillit Pétain lors de sa rencontre avec Franco en février 1941 à Montpellier, il fut épargné par l'Épuration mais déchu de son titre de doyen en 1946 pour "vichysme".

La résistance s'organise à Montpellier

Malgré l'hostilité, Marc Bloch trouva des alliés. À la faculté de Droit, le mouvement Combat naquit sous l'impulsion de Pierre-Henri Teitgen et René Courtin, rapidement rejoints par Bloch et l'ethnologue Claude Lévi-Strauss. Une frange de jeunes vichystes antisémites tentait de saborder les cours, mais la résistance s'organisait en parallèle.

Aujourd'hui, un parvis devant l'université Paul-Valéry porte le nom de Marc Bloch depuis novembre 2024, tandis qu'Augustin Fliche conserve une rue à son nom dans le quartier Triolet.

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