Une rencontre dédiée à la sécurité du quotidien en Gironde
Ce jeudi 2 avril, pendant deux heures, le Premier ministre Sébastien Lecornu a écouté attentivement les préoccupations de quinze maires de Gironde, réunis dans le salon d'honneur de la mairie de Bordeaux. L'objectif de cette rencontre était clair : recueillir les témoignages des élus locaux sur les enjeux de sécurité qui affectent le quotidien de leurs administrés. « La petite délinquance qui pourrit la vie », a résumé le chef du gouvernement, soulignant l'importance de cette consultation.
Deux projets de loi au cœur des discussions
Assis aux côtés du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui prenait des notes assidûment, Sébastien Lecornu a rappelé que les échanges devaient « enrichir les textes » en préparation. Le gouvernement porte actuellement deux projets législatifs majeurs en matière de sécurité.
Le premier texte vise à élargir significativement les compétences des polices municipales. Il leur permettrait de s'attaquer à des délits simples à constater, tels que l'usage de stupéfiants ou la conduite sans permis. Ce projet autoriserait également les fonctionnaires municipaux à relever les identités et à délivrer des amendes forfaitaires délictuelles. Déjà examiné par le Sénat, il est désormais attendu à l'Assemblée nationale.
Le second projet, baptisé « Ripost », a été présenté par Laurent Nuñez le 25 mars. Il constitue une réponse ciblée aux infractions générant le plus de troubles publics. Le ministre a cité plusieurs exemples préoccupants :
- L'usage récréatif du protoxyde d'azote
- Les rodéos sauvages
- Les rave parties illégales
- Les tirs de mortiers d'artifice
- Les squats abusifs
« On durcit les sanctions, on en crée quand elles n'existaient pas », a précisé le ministre, ajoutant que des procédures administratives permettraient des réponses immédiates, comme l'interdiction de conduire tout véhicule terrestre en cas de rodéo.
Un soutien marqué mais des préoccupations financières
Sébastien Lecornu a affirmé sa volonté de « se mouiller » pour faire adopter ces textes devant un Parlement divisé. Dans la salle, il a trouvé des alliés convaincus. Thomas Cazenave, nouveau maire de Bordeaux et encore député de la majorité, a insisté sur la nécessité d'adapter les réponses à la menace : « Nos policiers municipaux sont prêts à faire plus. Il faut le leur permettre ».
D'autres élus ont partagé des situations concrètes préoccupantes. Christian Daire a décrit des échanges de drogue « à la vue de tous, au pied de l'école ou des terrains de football », tandis que Christophe Duprat, maire de Saint-Aubin-de-Médoc, a évoqué les dépôts sauvages d'ordures qui mobilisent 50 000 euros annuels pour le retraitement des pneus et de l'amiante abandonnés.
Cependant, derrière ce soutien apparent, des inquiétudes substantielles ont émergé, principalement centrées sur la question des moyens. Christine Bost, maire socialiste d'Eysines et présidente de Bordeaux Métropole, s'est montrée particulièrement mesurée concernant le transfert de compétences vers les polices municipales : « À un moment, quelqu'un doit le dire : quels moyens allons-nous récupérer ? ».
Elle a chiffré les besoins : recruter dix policiers municipaux supplémentaires représenterait un budget annuel de 500 000 à 600 000 euros, soit 4,5 points de fiscalité locale. Emmanuel Sallabery, maire de Talence, a abondé dans ce sens, rappelant que l'augmentation des effectifs policiers municipaux pèse lourdement sur les budgets communaux déjà contraints.
Des réalités territoriales contrastées
Les maires des zones rurales et littorales ont dressé un tableau préoccupant des défaillances de l'État. Aurélie Teixeira, maire de Listrac-Médoc, a décrit des gendarmes évoluant « en sous-effectif, dans des ruines », sans capacité suffisante pour garder tous les mis en cause.
Sur le littoral, Xavier Pintat, maire de Soulac-sur-Mer, a souligné le décalage entre l'explosion démographique estivale (de 3 000 à 50 000 habitants) et les renforts tardifs de la gendarmerie : « Ce sera le 13 juillet en 2026 », a-t-il précisé, alors que la saison touristique commence bien plus tôt.
La rencontre s'est conclue sur une promesse de prise en compte des remarques. « Il y avait beaucoup d'autres questions, mais promis, j'ai tout noté », a assuré Laurent Nuñez en refervant son bloc-notes. Reste à voir si ces annotations se traduiront concrètement dans les textes législatifs à venir, et surtout si les moyens financiers nécessaires suivront pour permettre aux communes de remplir ces nouvelles missions de sécurité.



