Dix ans après l'élection d'Emmanuel Macron, les relations entre le président et les armées françaises demeurent un mélange complexe de défiance, d'espoirs et de non-dits, révèle une enquête approfondie du Monde publiée ce lundi 13 juillet 2026. Alors que le chef de l'État s'apprête à célébrer le 14 Juillet, traditionnel rendez-vous avec les militaires, le bilan de cette décennie est contrasté.
Un début de quinquennat sous le signe de la rupture
Dès son arrivée à l'Élysée en 2017, Emmanuel Macron a affiché une volonté de modernisation et de réforme des armées. Il a notamment annoncé une hausse significative du budget de la défense, passant de 32 milliards d'euros en 2017 à 50 milliards en 2025, conformément à la loi de programmation militaire. Cependant, cette augmentation budgétaire n'a pas suffi à dissiper les tensions. Selon un haut gradé cité par Le Monde, "le président a souvent donné l'impression de vouloir contrôler les armées de manière plus directe, ce qui a créé des frictions avec l'état-major".
Des crises à répétition
Plusieurs épisodes ont marqué les relations. En 2020, la gestion de la crise des "gilets jaunes" et le recours à l'armée pour des missions de sécurité intérieure ont suscité des inquiétudes. En 2023, la polémique autour du départ du chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, a révélé des divergences profondes. Le général avait exprimé publiquement ses réserves sur certaines décisions politiques, ce qui lui a valu d'être écarté. "Il y a eu une perte de confiance mutuelle", confie un conseiller militaire sous couvert d'anonymat.
Les espoirs déçus des militaires
Les militaires attendaient une revalorisation de leurs conditions de vie et de leurs carrières. Si les budgets ont augmenté, les réformes des retraites et la baisse des effectifs (passés de 200 000 à 185 000 soldats entre 2017 et 2025) ont créé un sentiment de malaise. "On nous demande plus avec moins de moyens humains", déplore un sous-officier interrogé par Le Monde. La promesse de 6 000 postes supplémentaires n'a été que partiellement tenue, selon les syndicats militaires.
Un lien distendu avec la base
La base militaire, composée de jeunes engagés, ressent un décalage avec le sommet de l'État. Les opérations extérieures (Sahel, Syrie) se sont réduites, mais la charge opérationnelle reste lourde. "Il y a une fatigue et un sentiment d'incompréhension", note un officier. Les visites présidentielles, comme celle de 2022 à Djibouti, sont perçues comme des opérations de communication.
Les non-dits persistants
Au-delà des tensions ouvertes, des sujets restent tabous. Le rôle de la France au sein de l'OTAN, les relations avec la Russie, et l'avenir de la dissuasion nucléaire sont rarement abordés en profondeur entre l'Élysée et les armées. "On évite les sujets qui fâchent", admet un diplomate. La question des ventes d'armes, qui ont augmenté de 30 % sous Macron, est également un point de divergence éthique.
Vers une réconciliation ?
À l'approche de la fin de son second mandat, Emmanuel Macron tente de renouer le dialogue. Une série de rencontres avec des gradés a été organisée en juin 2026. Mais selon un sondage interne, 60 % des militaires estiment que leur relation avec le président est "mauvaise" ou "très mauvaise". "Le chemin est long", conclut un général en retraite.



