Lyon Métropole : la victoire de la droite face à une gauche divisée
Lyon : la droite gagne la Métropole, la gauche garde la mairie

Une victoire historique pour la droite à la Métropole de Lyon

« La mairie en déco, le pouvoir à la Métro ». Ce cri, mêlant colère et soulagement, a salué la victoire de Véronique Sarselli (LR) à la tête de la Métropole de Lyon. Pour les partisans de Jean-Michel Aulas, cette victoire constitue un réconfort partiel après la défaite de l'ancien patron de l'Olympique lyonnais. « Ça ne console pas du reste, mais c'est déjà ça », soupire une militante, dépitée par cet échec.

Une collectivité au poids considérable

La Métropole est loin d'être un simple lot de consolation. Avec un budget annuel de 4 milliards d'euros, elle pèse quatre fois plus que la Ville de Lyon et figure parmi les collectivités les plus puissantes de France. « Elle a davantage de capacité pour investir que la région Auvergne-Rhône-Alpes », s'enthousiasme Gilles Gascon, maire LR de Saint-Priest.

Créée en 2014, cette collectivité au statut unique en France cumule les compétences d'un département et d'une communauté de communes. Elle n'avait pas été conçue pour une situation comme celle née dimanche 22 mars : une majorité politique opposée à celle du maire de la ville-centre.

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Une cohabitation inédite depuis 1969

Dans l'histoire de l'agglomération lyonnaise, une telle configuration politique est une première depuis 1969. Elle aurait pu se produire en 2001 lorsque Gérard Collomb (PS), élu à Lyon, n'avait pas la majorité au Grand Lyon, l'ancêtre de la métropole. Il avait alors bénéficié du soutien discret de certains maires de droite, évitant ainsi la paralysie institutionnelle.

« Les choses ont changé et c'est tant mieux », estime aujourd'hui le sénateur François-Noël Buffet (LR). « Il faudra trouver une nouvelle gouvernance, dans laquelle la Métropole conserve le leadership, mais associe mieux les maires. Ce ne sera pas si compliqué. L'important, c'est de redonner une stratégie à moyen et long terme. »

Des projets difficilement conciliables

Pendant la campagne, Véronique Sarselli promettait de travailler avec tous les maires de l'agglomération et de mettre tout le monde autour de la table : élus, chefs d'entreprise, commerçants et habitants. Elle pointait également les méthodes de son prédécesseur écologiste Bruno Bernard, accusé d'avoir imposé des autoroutes cyclables, des tramways ou la construction de logements étudiants sans concertation suffisante.

Désormais, il faudra arbitrer entre des projets difficilement réconciliables. À gauche, les élus entendent conserver l'encadrement des loyers, la zone à trafic limité, la végétalisation et la piétonnisation de la rive droite du Rhône. À droite, on défend un nouveau tunnel sous Fourvière et la réouverture de certaines zones piétonnes aux bus ou aux voitures.

Le risque d'immobilisme

« La droite aura peut-être le syndrome de la pâtisserie », interroge l'ancien président de la Métropole, David Kimelfeld. « Cela fait vingt-cinq ans qu'ils passent devant la vitrine sans pouvoir y goûter… Maintenant qu'ils sont à l'intérieur, vont-ils vouloir tout manger ? »

Selon lui, « l'esprit de responsabilité sera de rechercher le consensus, sinon il ne se passera rien. Comme à Marseille entre Benoît Payan et Martine Vassal, qui ont perdu un mandat à se battre. »

Des relations déjà tendues

Le maire de Lyon, Grégory Doucet, qui n'a pas eu un mot le soir de sa victoire pour son collègue Bruno Bernard, a promis une démarche constructive. Mais à gauche, on s'inquiète. « S'ils gouvernent comme Laurent Wauquiez à la région, avec une approche clientéliste où l'on ne sert que les villes de son bord et où l'on sabre les subventions culturelles et associatives, cela va être très dur », note Cédric Van Styvendael, maire PS de Villeurbanne.

Même chez les Insoumis, le ton se fait conciliant. Vainqueurs dans trois villes de la métropole, Idir Boumertit à Vénissieux, Abdelkader Lahmar à Vaulx-en-Velin et Hadi Mebarki à Saint-Fons ont conscience que leur action serait entravée sans les moyens financiers de Lyon Métropole.

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Des propos qui divisent

Pierre Oliver (LR), réélu maire du 2e arrondissement et proche de Laurent Wauquiez, savoure : « Grégory Doucet va mieux comprendre le rôle de maire d'arrondissement. J'ai vécu pendant six ans le fait d'être méprisé par le maire de la ville. C'est ce qui l'attend à la Métropole… »

Des propos qui exaspèrent David Kimelfeld : « C'est irresponsable. Pour le bien de l'agglomération, cela ne doit pas se passer comme ça. »

L'avenir en jeu

Reste le risque majeur : l'immobilisme. « C'est un danger pour eux aussi », estime le sénateur écologiste Thomas Dossus. « Beaucoup de services métropolitains sont sur le territoire de Lyon, et ils voudront avoir un bilan. »

Encore peu connue des habitants du territoire, Véronique Sarselli concentre désormais tous les regards. Dans cette nouvelle géographie du pouvoir lyonnais, c'est bien elle qui dispose des principales clés de l'avenir de l'agglomération. Sa capacité à trouver des compromis et à travailler avec une majorité politique opposée à la mairie centrale déterminera le succès ou l'échec de cette cohabitation historique.