Un échec parisien qui ouvre une porte audoise
Léon Blum, figure emblématique du Front populaire, doit en partie son ascension politique à l’Aude. Battu aux élections législatives de 1928 dans le XXe arrondissement de Paris, le socialiste se retrouve sans mandat. La SFIO lui trouve alors une terre de secours en 1929 pour une législative partielle à Narbonne, fief socialo-viticole où la victoire semble assurée.
Un dandy parisien dans les vignes audoises
À 57 ans, Blum débarque dans la campagne audoise, un dandy parisien aux manières urbaines. Il l’emporte de justesse au premier tour et rafle également le siège de conseiller général vacant. Mais trois ans plus tard, aux élections cantonales générales, il se présente à Coursan, secteur voisin, et il est battu. L’historien Rémy Pech souligne que cette défaite a souvent été camouflée.
Moqueries et antisémitisme
Le buveur d’eau fuyant le vin rouge est moqué pour ses manières citadines. Le "parachuté" est dépeint en "nouveau Juif errant", en "homme d’une autre race", dans un mélange d’antiparisiens et d’antisémitisme. Blum est victime d’antisémitisme tout au long de sa carrière. Charles Maurras, éditorialiste de L’Action française, parle de lui comme d’un "détritus humain" à supprimer "avec un couteau de cuisine".
Le lynchage de 1936 et l’accession au pouvoir
Le 13 février 1936, en rentrant chez lui sur l’île Saint-Louis, sa voiture est arrêtée dans un bouchon. Des membres de l’Action française le reconnaissent et tentent de le lyncher. Il est sauvé par des ouvriers, mais blessé à la tête et au cou. Le soir même, le Conseil des ministres dissout les mouvements d’extrême droite. Trois mois plus tard, Blum devient chef du gouvernement du Front populaire, mettant en œuvre les 40 heures et les congés payés.
La guerre et la déportation
En 1940, il fait partie des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs à Pétain. Désigné responsable de la débâcle, il est condamné à la prison à vie. Les Nazis le déportent en mars 1943 dans une annexe de Buchenwald. Libéré par les Américains en 1945, très affaibli, il refuse un ministère proposé par De Gaulle. En 1946, il dirige un éphémère gouvernement. Il meurt d’un infarctus à 78 ans, le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas.



