Après la rude bataille pour l’accession au pouvoir, son exercice s’avère tout aussi difficile. Lancé dans une quatrième candidature à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, admirateur de François Mitterrand et ex-ministre de Lionel Jospin, connaît la complexité de la machine de l’État. Être « prêt » à mettre en œuvre son programme, l’Avenir en commun, est l’une de ses « obsessions ».
Un réseau discret de hauts fonctionnaires
Dans cette perspective, l’Insoumis a pu compter, discrètement, lors de chacune de ses aventures présidentielles, sur des hauts fonctionnaires proches de ses idées, prêts à appliquer son programme s’il était élu. Pendant des années, son ami et conseiller d’État, Bernard Pignerol, esprit fin et homme de réseaux, décédé en 2023, a œuvré en ce sens. C’est désormais l’une des nombreuses missions de Clémence Guetté, cadre de LFI et vice-présidente de l’Assemblée nationale.
Pour cette nouvelle tentative dans la course à l’Élysée, Jean-Luc Mélenchon peut ainsi s’appuyer sur un nouveau cénacle secret de grands serviteurs de l’État, plus structuré que lors de ses candidatures précédentes.
Selon nos informations, ce cercle s’est doté d’un nom de code : « Le réseau des Phrygiens ». Un clin d’œil à la Révolution française, lorsque les « sans-culottes » se sont mis à porter le bonnet phrygien comme un emblème de liberté. Plus récemment, les Phryges, en forme de bonnet phrygien, ont été les mascottes des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Tout un symbole de l’histoire de France.
Une trentaine le 19 mai
Après le lancement de la candidature de l’Insoumis le 3 mai dernier, une rencontre physique entre Clémence Guetté, qui chapeaute le programme de LFI et copréside l’Institut La Boétie, et le noyau dur de ces hauts fonctionnaires s’est tenue le soir du mardi 19 mai.
« Ils étaient une trentaine et se sont auto-organisés par eux-mêmes. Ils ont choisi deux d’entre eux pour autogérer ce réseau et organiser leurs travaux », détaille une source Insoumise. Sous la supervision de la députée du Val-de-Marne, d’autres réunions physiques, toujours pour des raisons de confidentialité, auront lieu tout au long de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Le tribun pourrait être amené à y participer quand il le souhaite.
Ces hauts fonctionnaires au service de LFI sont présents dans les collectivités locales et les plus hautes institutions de l’État. Leur nombre est amené à « tripler », prévoit la même source, dans les mois à venir, par rapport à ce noyau dur d’une trentaine de personnes. « Certains ont déjà effectué un travail de réseaux dans leur ministère », précise-t-on. « On a des belles prises, des gens travaillent pour nous dans les hautes institutions. Mais il faut les protéger… », ajoute un cadre des Insoumis, craignant une mise à l’écart par le pouvoir en place si leur couleur partisane était connue.
« Ils vont prévoir concrètement ce qu’on fait une fois au pouvoir »
Leur feuille de route est claire : à la fois nourrir le candidat, ses équipes et son programme de leur savoir et leur expérience, tout en préparant son accession au pouvoir, en rendant possible la mise en œuvre de son programme en cas de victoire.
« Ils vont travailler sur les documents de la campagne présidentielle et prévoir concrètement ce qu’on fait une fois au pouvoir. On en a dans plusieurs ministères qui prévoient déjà des plans », confirme un Insoumis. « Après il y a un sujet, il ne faut pas qu’on se fasse écrire le programme par les préfets comme le PS », met toutefois en garde un parlementaire LFI. La version renouvelée de l’Avenir en commun sera dévoilée cet automne.
Un phénomène pas isolé
Les Insoumis sont loin d’être les seuls à s’appuyer sur des cercles secrets de hauts fonctionnaires. Les candidats sérieux à l’élection présidentielle se dotent quasi systématiquement d’un nombre plus ou moins important de hauts fonctionnaires proches de leurs idées, rompus à la machinerie étatique. De longue date, le Rassemblement national est accompagné du cercle d’extrême droite des « Horaces », fondé en décembre 2015 et dirigé par l’eurodéputé André Rougé.
Une diplomatie active
Outre les hauts fonctionnaires, la France Insoumise s’active aussi sur le plan de la diplomatie internationale. Jean-Luc Mélenchon et ses équipes ont ainsi reçu un grand nombre de prises de contact pour des rendez-vous émanant d’ambassades, depuis sa déclaration de candidature : Égypte, Suède, Finlande, Norvège, Danemark, Islande, Lettonie, Lituanie, Estonie, Jordanie, Cuba, Royaume-Uni, Chine, Liban… Un autre volet très présidentiel. « Car les sujets internationaux vont être déterminants dans cette élection », préfigure un stratège Insoumis. Sûrs de leur force, Jean-Luc Mélenchon et les siens se préparent plus que jamais à l’exercice du pouvoir.



