Dans le Tarn, le socialisme historique vacille face au RN et aux héritages industriels
Le Tarn, terre socialiste menacée par le RN et ses friches

Le bastion jaurésien du Tarn vacille sous les assauts du RN

« Il faut mobiliser la jeunesse et les quartiers populaires. Tout le reste, laissez tomber, on perd notre temps », avait lancé Jean-Luc Mélenchon lors d'une manifestation en septembre 2024. Ce « reste » dont parle le leader insoumis pourrait bien être la deuxième circonscription du Tarn, pourtant historiquement ancrée à gauche.

Un héritage socialiste en péril

Cette terre de Carmaux, où Jean Jaurès fut élu député en 1892 après la grande grève des mineurs, porte encore les stigmates de son passé industriel glorieux. Le socialisme y a régné sans partage pendant plus d'un siècle, mais aujourd'hui, la gauche traditionnelle est acculée, menacée par la montée inexorable du Rassemblement national.

Le symbole le plus frappant de cette déroute est sans doute Cap'Découverte. Cet ancien site minier reconverti en parc de loisirs a englouti des dizaines de millions d'euros d'argent public avant de fermer définitivement à l'été 2025. « C'était une erreur stratégique, un projet ancré dans une vision datée », analyse Jean-Louis Bousquet, maire de Carmaux depuis 2020.

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Des villes en souffrance

Carmaux elle-même illustre cette descente aux enfers. De 15 000 habitants dans les années 1960, la ville est tombée à 9 800 en 2018 avant de remonter légèrement. Mais cette timide renaissance s'explique surtout par l'arrivée de ménages attirés par l'immobilier à bas prix. « On trouve des maisons à 70 000 euros, trois fois moins qu'à Albi », constate François Bouyssié, candidat PS aux municipales.

Plus au sud, Graulhet, ancienne capitale du cuir, présente un tableau encore plus sombre. Plus de la moitié des boutiques du centre-ville sont vides, et certains logements se monnaient à moins de 10 000 euros. Le maire PS Blaise Aznar reconnaît les difficultés mais les attribue à la désindustrialisation et aux erreurs passées des patrons de mégisserie.

Le RN aux aguets

Dans ce contexte de désolation, le Rassemblement national prospère. Julien Bacou, candidat RN qui a failli remporter la circonscription en 2024, observe avec satisfaction les divisions de la gauche. « Si dimanche on prend la ville, ensuite on prend le canton, puis la circonscription, et eux, on ne les revoit plus pendant trente ans », affirme-t-il avec assurance.

À Graulhet, il a dominé le premier tour des municipales avec 37,5% des voix. À Carmaux, son colistier Gweenael Andrieu a créé la surprise en devançant de justesse le maire sortant au premier tour. Partout, les observateurs s'accordent sur un point : la circonscription de Jaurès est un fruit mûr à portée de main du RN.

Divisions et impuissance de la gauche

La gauche, elle, se déchire. Entre le PS et La France Insoumise, les rancœurs sont palpables. « Je préfère perdre sans les Insoumis que de gagner avec eux », lance Jean-Luc Suarez, candidat PS à Albi. Karen Erodi, la députée LFI élue en 2024 grâce aux accords de la Nupes, se fait discrète. Sa permanence électorale à Graulhet prend la poussière dans une rue autrefois commerçante.

Les institutions locales n'arrangent rien. L'agglomération Gaillac Graulhet, regroupant 56 communes, est décrite comme dysfonctionnelle. Son président est d'ailleurs mis en examen pour des soupçons de trafic d'influence, illustrant un certain laisser-aller qui profite au discours anti-système du RN.

Benjamin Verdeil, ancien directeur de cabinet du maire de Graulhet, résume la situation avec amertume : « Cette ville est un tract à ciel ouvert pour le Rassemblement national ». Le choix semble désormais se résumer à la défaite ou au déshonneur, voire aux deux, pour une gauche qui peine à tourner la page de son glorieux passé industriel et politique.

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