Les manœuvres secrètes de Gérard Larcher pour unir la droite et le centre
À deux reprises, les chefs de partis de la droite et du centre se sont réunis dans les salons historiques du palais du Petit Luxembourg, siège de la présidence du Sénat. Ces lieux, autrefois fréquentés par Richelieu, Bonaparte et Joséphine, ont accueilli des discussions confidentielles orchestrées par Gérard Larcher. Autour d'une immense table ronde fleurie, étaient présents Édouard Philippe (Horizons), Bruno Retailleau (LR), Gabriel Attal (Renaissance), François Bayrou (MoDem) et Hervé Marseille (UDI). « C'était en janvier et en mars », révèle une source autorisée, précisant que rien n'avait fuité de ces agapes consacrées à la présidentielle de 2027.
Larcher, l'entremetteur déterminé
Deuxième personnage de l'État, Gérard Larcher martèle qu'il ne faudra qu'un seul candidat de la droite et du centre en 2027. Selon lui, la droite a consolidé son ancrage dans les villes petites et moyennes lors des municipales, créant une base électorale pour un candidat commun. Depuis des mois, il travaille discrètement à ce qu'il appelle « la deuxième mi-temps », qui suivra la désignation du candidat des Républicains cet été.
Pour le patron du Sénat, une primaire reste la solution la moins mauvaise. Elle devrait selon lui avoir lieu « au plus tard le 15 novembre » pour laisser le temps au futur champion d'élaborer un programme de synthèse. « Avec sa proposition de créer un comité de liaison avec Horizons et le MoDem, Gabriel Attal a réinventé l'eau chaude », ironise un stratège LR, soulignant que Larcher s'en est largement occupé en jouant les entremetteurs.
Divisions et tensions persistantes
Personne, d'Édouard Philippe à Gabriel Attal ou Bruno Retailleau, ne souhaite se ranger derrière l'autre à ce stade. « Philippe ne ferme plus la porte, il est en train de cheminer », veut-on croire au Sénat. Gérard Larcher prépare donc une charte des valeurs que tous les postulants devraient signer. « Et si Attal était désigné, on n'aurait aucun mal à se ranger derrière lui », assure une source, tout en jugeant cette hypothèse improbable.
Bruno Retailleau a quant à lui écarté cette possibilité dans Le Figaro : « Qui me voit faire campagne pour Gabriel Attal ? » Selon nos informations, le patron de LR a été échaudé par l'attitude de Renaissance durant les municipales. Une source haut placée révèle que Retailleau a personnellement appelé le candidat sans étiquette Philippe Dessertine à Bordeaux pour le convaincre de se retirer, permettant ainsi la victoire du macroniste Thomas Cazenave.
« Lors de ce scrutin, Édouard Philippe a joué le jeu. Bruno Retailleau a été le plus conciliant. Et Gabriel Attal n'a pas été correct. Renaissance a mis des candidats contre les nôtres ! » s'agace un dirigeant LR. Sur X, le sénateur Roger Karoutchi a moqué Attal : « Attal veut une clarification de la ligne des Républicains. Et moi j'attends de sa part une explication pour les listes Renaissance présentées contre des sortants LR ou Horizons. Pas grave elles ont pris une dérouillée. »
Accélération des manœuvres internes
Les Républicains ont donné un sérieux coup d'accélérateur cette semaine. « Bruno a fait un puputsch », s'esclaffe une source au sein du parti. L'opération s'est jouée en deux temps : cet été, lorsque Retailleau a imposé une consultation des adhérents LR pour choisir le mode de sélection du candidat, puis lors du bureau politique du 24 mars qui a examiné les conclusions du comité piloté par Larcher.
Plusieurs figures étaient absentes : Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand. David Lisnard, arrivé très en retard, est reparti avant le vote final. Le climat était lourd, notamment à cause de l'abcès niçois. Valérie Pécresse a rappelé que le parti avait été impeccable en refusant les mains tendues par le RN : « Une seule faute sur Nice et 99 % des efforts que nous avons faits pour empêcher les alliances dans d'autres villes ont été balayés. »
En réponse, Bruno Retailleau s'est dédouané, assurant n'avoir jamais soutenu explicitement Éric Ciotti et rappelant qu'il a fait exclure les candidats ayant pactisé avec le RN. Le secrétaire général Othman Nasrou, chargé de cette tâche, a hérité du surnom « Exclutator ».
Le système de sélection en débat
Le bureau politique a acté que les adhérents seraient consultés le 18 avril pour choisir entre trois options :
- Une primaire fermée réservée aux militants LR
- Une primaire ouverte aux sympathisants de la droite et du centre
- Une désignation directe de Bruno Retailleau
« Les dés sont pipés », fulmine un élu, estimant que les adhérents n'accepteront jamais une primaire ouverte. Xavier Bertrand a déjà écarté l'idée de se présenter dans un processus interne à LR, tandis que David Lisnard vient de claquer la porte du parti.
Durant le bureau politique, François Baroin s'est distingué en critiquant sévèrement le principe d'une primaire avec des macronistes : « Il a expliqué qu'on n'avait rien à faire dans une primaire avec des macronistes qui nous ont trahis et que ce n'était pas la tradition gaulliste », rapporte un participant.
Retailleau renforcé dans sa position
Bruno Retailleau, réélu à la présidence de LR avec 74 % des voix en mai dernier, apparaît comme le candidat quasi assuré du parti. Le matin du bureau politique, il avait réuni sa garde rapprochée pour préparer cette réunion cruciale. « On a obtenu au bureau politique tous les buts de guerre qu'on s'était fixés, notamment de ne pas avoir de bronca sur une désignation d'office de Bruno par les militants », se réjouit un proche.
Les Républicains auront donc d'ici l'été un candidat dûment désigné, probablement vendéen. « À mon avis, les militants choisiront cette option. Nos opposants ne sont d'accord sur rien », anticipe un lieutenant de Retailleau, tandis que les manœuvres de Larcher pour une primaire plus large continuent en coulisses.



