Jean Thaon, 81 ans, réélu maire de Lantosque pour un huitième mandat
Jean Thaon, 81 ans, réélu maire de Lantosque pour un 8e mandat

Le petit écolier ne reconnaîtrait pas sa salle de classe. Il ne se reconnaîtrait d'ailleurs pas lui-même. Que fait-il avec une écharpe tricolore sous un buste de Marianne ? L'école des garçons serait-elle devenue une mairie ? Et lui, serait-il devenu maire ? La vision amuse Jean Thaon, 81 ans, dont plus de la moitié écoulée comme édile de Lantosque, village de 1 500 habitants au milieu de la Vésubie. « La vie réserve des surprises, il faut les accepter, faire de son mieux », résume celui qui a été réélu pour la 8e fois… non sans projets. Son enthousiasme n'a pas pris une ride !

Pourquoi se représenter après 43 ans ?

« Parce que j'aime les gens et ma commune. Jusqu'au bout, je consacre ma vie au village. Ça n'a pas été vain : nous avons un Ehpad, une école avec 100 petits, un centre incendie, des hameaux habités et reliés aux réseaux, une via ferrata qui attire plus de 9 000 personnes par an… » explique-t-il. « Jeune, j'ai connu un village dépeuplé – tout le monde partait à Nice trouver du travail – avec des vieilles maisons, noires de suie, sans eau, sans électricité. Une vie pauvre mais très simple. Aujourd'hui, nous sommes à l'ère de l'IA ! Je m'en suis servi une fois pour lui demander ce qu'elle pensait de ma candidature. Hop, en quelques secondes, ça m'a répondu qu'il ne fallait pas mettre en avant ma longévité. Ça faisait celui qui court derrière les mandats [rire]. Rassurez-vous, je ne lui ai pas demandé de me faire un discours, on aurait vite vu que ce n'était pas moi l'auteur ! »

L'absence d'opposants : confiance ou manque de candidats ?

« Je pense avoir la confiance des habitants, ça me touche, ça me pousse. Pour les candidats… ils ne manquent pas. Mais entre l'envie et la capacité à monter une liste, il y a un grand écart. »

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La succession : son fils Philippe Thaon ?

D'ici la fin du mandat, Jean Thaon aura 88 ans. « Il faudra bien passer la main… à mon fils et premier adjoint Philippe Thaon ? Il a fait ses preuves comme chef de la caserne de pompiers. Il aurait l'engagement nécessaire pour être maire. Il est très rigoureux… jusqu'à en devenir rigide, ce qui, en politique, deviendrait un problème. On verra. Il y aura d'autres noms. Et puis, je suis encore là, hein ! Du travail m'attend. »

Le principal projet : la sécurisation du cœur du village

« Après des années de procédures (merci à un propriétaire qui vient ici en vacances), le cœur du village, qu'on appelle îlot de la Madonette, est enfin sécurisé. Normalement, j'aurais dû fermer les rues adjacentes. Je n'en dormais pas de la nuit : si ça s'effondrait et blessait quelqu'un, j'allais en prison. Maintenant la démolition finie, tous les projets sont les bienvenus. J'imagine faire une salle communale, avec vue sur la vallée. Il faudra aussi dissimuler le soutènement par une fausse façade de maison. Avec la démolition, ça nous coûterait 2,5 millions d'euros, largement pris en charge par l'État – nous avons été retenus village d'avenir – et le Département. »

La reconstruction de la route de contournement

« Quand je pense que six ans après, la route du Mirail n'est toujours pas refaite, j'ai dû mal à y croire. Mais nous y arrivons : la base de vie du chantier s'installe. Et les travaux dureront jusqu'à la fin de l'année prochaine. Peut-être même début 2028. Pour ne pas déranger le cycle de reproduction d'escargots très importants (il nous arrive de les manger), nous avons dû retarder le chantier de trois mois. Après quoi, il faudra qu'on nous refasse le dallage, les poids lourds ayant tout détruit en traversant le village durant tant d'années. Nous allons enfin retrouver la tranquillité. »

Éric Ciotti à la Métropole : chance ou risque ?

« Oh là ! La politique, faut être prudent. Moi, je dirais que c'est très bien qu'il y ait Eric à la Métropole. Jusqu'à présent, on était pris entre le marteau et l'enclume. Et puis, la Vésubie, c'est sa vallée. Il connaît nos problèmes. Au Département, il a toujours fait ce qu'il annonçait. »

L'évolution de la politique maralpine

« À mon échelle, la façon de faire de la politique est la même : tout passe par le contact humain. Il faut des années pour se constituer un réseau et gagner la course aux subventions. Ça demande de la patience, de l'adaptabilité. »

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Les trois priorités

  • Construire un amphithéâtre face à la Vésubie. Il y a de nombreuses années, nous avons fait tomber un immeuble en face de la mairie. Pour 1,2 million d'euros, l'espace libéré pourrait être transformé en amphithéâtre, avec une scène et la Vésubie comme décor.
  • Raccorder les hameaux. Nous allons raccorder à la station d'épuration principale les quartiers de Saint-Georges, Terron et Villette.
  • Refaire la mairie. La dernière rénovation date de 1975. Ça commence à devenir urgent. Nous en aurons pour 2,8 millions d'euros.

Le coup de cœur

« Continuons à vivre dans la solidarité. Je suis heureux de voir que notre village et nos hameaux sont vivants. Il y a un mélange de vieilles familles et des nouveaux venus. Nous avons la chance d'être à trente minutes de Carros. Lantosque est aussi un point d'étape dans la Vésubie. Les gens s'arrêtent, prennent le café, le pain. Nous avons quatre restaurants ! Mais l'épicerie, si essentielle, va fermer. Il faudra jouer le jeu avec les repreneurs ! »

Le coup de gueule

« La route de contournement ne sera reconstruite que sept ans après la tempête Alex. Sept ans ! C'est inacceptable. Après la catastrophe, j'étais d'accord pour que des communes plus sinistrées, comme Saint-Martin-Vésubie, soient prioritaires. Je veux bien que ça soit un concours de circonstances… mais c'était peut-être une volonté de ne pas faire. Je n'ai peut-être pas assez mis le feu, comme on dit. »