Ingérence numérique étrangère visant LFI : le parti alerte sur ce « péril » avant les présidentielles
Laurent Nuñez a annoncé mercredi qu'une « action judiciaire (était) engagée » sur des soupçons d'ingérence numérique étrangère visant des candidats de La France Insoumise (LFI) aux élections municipales de mars dernier. Le parti demande au gouvernement d'agir pour éviter que la présidentielle ne soit « mise en péril par des ingérences étrangères ».
Les Insoumis Sébastien Delogu et François Piquemal, ciblés durant les municipales par des officines israéliennes, demandent au gouvernement d'agir pour éviter que la présidentielle de 2027 ne soit « mise en péril par des ingérences étrangères ».
Des campagnes de dénigrement orchestrées depuis Israël
« Vous prenez votre voiture et vous voyez un panneau (d'affichage) avec votre nom et un QR code qui renvoie vers de fausses accusations de viol », a raconté Sébastien Delogu au sujet de sa campagne pour les municipales à Marseille, lors d'une conférence de presse mercredi matin à Paris.
François Piquemal se souvient de « créations de pages sur des réseaux sociaux colportant les pires rumeurs », de « la divulgation » de ses « mots de passe de réseaux sociaux » ainsi que de faux visuels de campagne - y compris sur le site de revente en ligne Vinted - lors des municipales à Toulouse.
« L'extrême droite israélienne a-t-elle volé les municipales à Toulouse ? » s'est-il interrogé devant la presse, entouré de ses avocats.
La campagne d'ingérence ayant visé des candidats LFI lors des municipales de mars a été opérée depuis Israël, a indiqué récemment à l'AFP une source informée du dossier, les quotidiens français Libération et israélien Haaretz évoquant le rôle de deux entreprises basées dans ce pays.
« C'est Le bureau des légendes »
Trois candidats LFI ont été visés : Sébastien Delogu et François Piquemal, ainsi que David Guiraud (à Roubaix), selon le leader de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, qui sera candidat à la présidentielle. Ils ont été ciblés pour leur « engagement en faveur de la cause palestinienne », selon Sébastien Delogu.
« Nous voulons que justice soit faite », martèle François Piquemal, qui a déposé un recours en annulation des élections municipales devant le tribunal administratif de Toulouse.
« C'est Le bureau des légendes », brosse Me Xavier Sauvignet, un des avocats de François Piquemal, en référence à cette célèbre série d'espions. Et de pointer des « officines en Israël, en lien avec un certain nombre de proches du pouvoir en place, ainsi que des services d'espionnage et contre-espionnage israéliens ».
Ce sera un « crash test », décrit Me Lionel Crusoé au sujet du recours administratif à Toulouse : « C'est nouveau, c'est la première fois que le tribunal administratif aura à juger et tirer les conséquences de ces ingérences étrangères ».
S'il est facile de cerner les trucages classiques, « comme le bourrage des urnes ou les faux électeurs », le « juge devra comprendre si ces ingérences étrangères sont de nature à altérer le scrutin », éclaire Me Sauvignet. Et d'insister : « C'est un exercice périlleux, car nous ne connaissons pas leur ampleur ».
Un appel à l'action pour la présidentielle
Sébastien Delogu et François Piquemal, qui disent par ailleurs avoir déposé des plaintes au pénal, élargissent le débat. Si pendant la campagne pour la présidentielle « d'autres représentants de la population avaient à faire à ça, ce serait la première fois qu'une élection présidentielle serait mise en péril par des ingérences étrangères », met en garde Sébastien Delogu.
Ce responsable politique en appelle donc « au président de la République et à son gouvernement » pour « prendre toutes les dispositions possibles et mettre les moyens sur la table pour ne pas avoir à faire justement à ce type de faits ».
« Que font le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le Premier ministre Sébastien Lecornu ? », lance encore Sébastien Delogu, cinglant encore : « Craignent-ils ces individus, sont-ils incapables d'agir ou sont-ils complices ? ».
Et de citer Le Canard Enchaîné qui certifie que « le rapport public qui détaille l'ingérence d'une boîte israélienne contre les candidats Insoumis aux municipales a été caviardé et remisé dans un tiroir ».
« Au sommet de l'État, les lâches s'activent en coulisses pour édulcorer la vérité. Ils avouent leur peur : celle (que ce rapport nous serve) de tremplin. Quelle honte ! Pourquoi cette omerta ? Qui protègent-ils ? », s'est indigné Jean-Luc Mélenchon sur X.
« Une action judiciaire engagée »
François Piquemal a ensuite interpellé dans l'après-midi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez sur « la souveraineté démocratique » lors des questions au gouvernement.
« Nous ne cachons rien, évidemment que le rapport sera publié », a affirmé le ministre, qui a par ailleurs annoncé « une action judiciaire engagée » avec un « juge (…) saisi ». Et pour le « contentieux électoral, le juge électoral dira s'il y a eu altération ou pas du scrutin » a-t-il conclu.
Le parquet de Paris, sollicité par l'AFP, n'avait pas encore répondu mercredi après-midi.



