Hendaye : Kotte Ecenarro réélu grâce à une alliance stratégique avec son ancien rival
Hendaye : le maire socialiste réélu grâce à une alliance inédite

Hendaye : le maire socialiste réélu grâce à une alliance stratégique avec son ancien rival

La stratégie d'alliance avec son ancien rival Pascal Destruhaut s'est révélée payante pour le maire sortant socialiste Kotte Ecenarro. À 76 ans, il repart pour un quatrième et ultime mandat à la tête de la mairie d'Hendaye. Il aura face à lui une opposition en pleine ascension, déterminée à marquer le terrain municipal.

Un dépouillement sous tension révélateur d'un scrutin serré

Plusieurs observateurs zélés, bras croisés dans le dos et menton suspicieux, se déplacent de table en table. Ils s'assurent que le dépouillement s'effectue dans les règles de l'art, quitte à en faire un peu trop. Au bout d'un moment, agacée par la présence envahissante de l'un d'entre eux au-dessus de son épaule, une scrutatrice explose. « Mais qu'il s'en aille, lui ! », ordonne-t-elle avec fermeté.

Il est 19 heures, ce dimanche 22 mars, et le bureau de vote de la mairie d'Hendaye est au bord du psychodrame. L'indélicat s'écarte finalement, permettant au hall de l'hôtel de ville de retrouver un semblant de calme suffisant pour achever le décompte des bulletins. La fébrilité restera palpable jusqu'au bout, signe que ce deuxième tour dans la cité frontalière n'était pas joué d'avance, du moins dans les esprits des participants.

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Une victoire nette sur le papier

Sur le papier officiel, celui où seront couchés les 5 985 bulletins exprimés, l'écart final se révélera assez net. Kotte Ecenarro l'emporte avec 44,31 % des suffrages, soit 2 652 voix. Ses challengers, Laetitia Navarron et Tristan Proteau, obtiennent respectivement 32,56 % (1 949 voix) et 23,12 % (1 384 voix). Le maire sortant rempile ainsi pour un troisième mandat consécutif, le quatrième en tout après celui de 2001-2008.

L'alliance clé avec l'ancien rival

À 20h12, le socialiste annonce officiellement sa victoire au micro, entouré des membres de la liste Hendaye Ensemble - Hendaia Elgarrekin. La première adjointe Chantal Kehrig-Cottençon figure en bonne place à ses côtés. Un rang derrière, la tête de Pascal Destruhaut émerge discrètement. L'ex-rival devenu allié aura constitué la clé de ce scrutin à la configuration inédite dans l'histoire d'Hendaye.

En se rapprochant de ce contradicteur coriace, qu'il n'avait battu qu'au deuxième tour en 2020 (55,1 % contre 44,9 %), Kotte Ecenarro aura finement manœuvré. Certes, l'addition de leurs voix du premier tour il y a six ans frôlait théoriquement les 75 %. En ce sens, la stratégie peut sembler ne pas avoir fonctionné à plein. « Un plus un, ça ne fait pas deux en politique. Il faut se méfier des calculs. Au Pays basque, 4 plus 3, ça fait un », sourit le premier édile, en référence aux sept provinces basques de part et d'autre de la frontière franco-espagnole.

Les bienfaits d'un mariage de raison

En réalité, c'est en creux que les bienfaits de ce mariage de raison doivent être considérés. Que serait-il arrivé s'il n'avait pas eu lieu ? Kotte Ecenarro se serait retrouvé en posture inconfortable dans une quadrangulaire très ouverte. Avec en plus la perspective de voir Pascal Destruhaut et Tristan Proteau fusionner leurs forces, eux qui étaient sur la même liste, Goazen Aitzina, en 2020.

Ce « rassemblement » a produit ses effets, en assurant la première place au duo dès le premier tour (42,82 %), score accentué dimanche soir (44,31 %), avec un taux de participation à peine supérieur (58,20 % contre 57,12 %). Hendaye Ensemble a gagné 172 voix, tandis que Tristan Proteau en perdait quasiment autant (154).

Une opposition qui monte en puissance

« Kotte Ecenarro est élu grâce à la droite », grince malicieusement Laetitia Navarron quelques minutes après la proclamation des résultats. « Réducteur », conteste à moitié l'intéressé. « C'est possible en partie, mais je crois surtout que l'électorat est devenu volatil. J'ai quelques bons copains qui m'ont dit : 'Bon, Kotte, on n'a pas voté pour toi au premier tour, on s'est amusé un peu, mais au deuxième tour, on ne rigole plus' ».

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Reste qu'avec la nouvelle majorité élue, dont le spectre va des communistes au centre droit, la question du barycentre de la politique qui sera conduite se pose. Kotte Ecenarro l'esquive pour l'instant, indiquant juste que les points de divergences fondamentaux avec Pascal Destruhaut, sur le logement et Moleres, ont été levés. Les prochains mois en attesteront.

Des opposants déterminés pour l'avenir

En attendant, le socialiste respire et « savoure » sa victoire. Il sera réintronisé ce vendredi 27 mars, à 17 heures. À 76 ans, ce sera son dernier mandat. Préparera-t-il sa suite ? Il vaudrait mieux, car l'opposition, dont il a d'ailleurs salué la campagne, a pris date.

La trajectoire ascensionnelle de Laetitia Navarron et Hendaia Biltzen est assez vertigineuse. La cheffe de file abertzale et son groupe « de gauche et citoyen » ont encore grappillé 175 suffrages entre les deux tours, a priori du côté des abstentionnistes. « On est passé de 768 voix en 2020 à 1949, c'est très encourageant », se console la tête de liste, un peu déçue de ne pouvoir « concrétiser l'alternance ».

Cette percée lui octroie cinq sièges dans l'opposition. Paradoxe du système électoral, c'est un de moins qu'actuellement. Hendaia Biltzen avait négocié ces six postes lors de son accord d'entre deux tours en 2020 avec Ecenarro, cassé deux ans plus tard, en 2022.

Tristan Proteau et Vivre Hendaye, l'avenir vous appartient, obtiennent quatre sièges. Tristan Proteau fait, lui, son entrée au Conseil municipal, avec trois colistiers. L'encarté Les Républicains a prouvé qu'il existait une droite à Hendaye, en récoltant 26,55 % au premier tour. S'il a légèrement baissé dimanche, faisant les frais du vote utile, il a mieux résisté que d'autres candidats arrivés troisièmes dans le secteur (Ascain et Urrugne).

Son socle électoral naissant semble assez solide : « On a été surpris par notre résultat. À nous de l'amplifier. On va devenir un groupe incontournable pour Hendaye », promet-il avec détermination.