Jusqu'où s'arrêtera Paris ? La question ne concerne pas le Paris Saint-Germain, qui marche sur l'Europe, mais la capitale. Clément Beaune, Haut-commissaire à la stratégie et au plan, la verrait bien manger sa métropole dans une refonte de l'organisation territoriale. Pour faire simple, la « Ville du Grand Paris » entraînerait la suppression de la Métropole du Grand Paris (MGP), créée en 2016 et regroupant 130 communes et 7,2 millions d'habitants.
Elle prévoit la disparition des départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, ainsi que des communes de la petite couronne, le tout transformé en une multitude de districts. Un plan qui surprend au regard du travail demandé par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui envisageait d'autres options, mais qui fait surtout réagir. Petit florilège.
« Un peu loufoques mais ambitieux »
« Voilà le genre de trucs un peu loufoques mais ambitieux et nécessaires qu'on attend du Haut-commissariat au Plan », commente sur X Robert, un des rares internautes à soutenir le projet. L'idée d'une refondation séduit quelques autres qui militent pour une simplification et une clarification des strates administratives.
Parmi les élus contactés par 20 Minutes, certains semblent aller dans le même sens. Geoffroy Boulard, maire (Nouvelle énergie) du 17e arrondissement de Paris et vice-président de la MGP, y voit du positif : « Je dis oui à une réforme législative ambitieuse du Grand Paris pour lui donner davantage de pouvoirs opérationnels. Mais avec les maires, pas contre eux. Avec un chiffrage sérieux, pas sur une note de think tank. Avec un calendrier partagé, pas un coup médiatique. »
Comme lui, Jean-Christophe Fromantin, maire (Territoire en mouvement) de Neuilly-sur-Seine et vice-Président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, se dit favorable à une réforme mais pas sans la participation des communes : « Nous devons rationaliser notre armature territoriale. Un des points d'accord avec Clément Beaune est la fusion des intercos et départements. En revanche, je pense que les communes méritent d'être conservées car elles incarnent une échelle de proximité. »
Les élus locaux pas concertés
C'est un des gros points de critiques des propositions du Haut-Commissaire : les acteurs des collectivités ne semblent pas avoir été concertés. Stéphane Troussel, président socialiste du Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, estime que Clément Beaune « ouvre le débat nécessaire sur la réorganisation territoriale de la métropole parisienne ». Mais un débat « démocratique, porté devant les habitants », qui « ne peut se faire en catimini ».
Plusieurs se montrent beaucoup plus incisifs. David Belliard, maire écologiste du 11e arrondissement de Paris, s'insurge de voir « encore une idée pour la Mairie de Paris et la métropole sans aucune concertation avec les élus locaux et les institutions ». « On a un gouvernement qui tergiverse encore en nous disant un jour qu'ils veulent supprimer la métropole et le lendemain qu'il veut au contraire faire une métropole géante et supprimer les communes. On n'y comprend rien. Encore une fois, cela vient d'en haut sans concertations avec les élus franciliens. C'est un projet déconnecté, tout à fait “macroniste” en somme. »
Au cours de sa campagne pour l'Hôtel de Ville de Paris au début de l'année 2026, Emmanuel Grégoire avait évoqué la possibilité d'avoir un jour « un maire du Grand Paris ». David Belliard, qui se trouvait sur sa liste, confirme et signe : « Tout à fait d'accord pour avoir un maire du Grand Paris à l'avenir. Mais il y a une vraie appétence pour le local, on a pu le voir pendant les municipales et je le constate tous les jours dans mon arrondissement. Les gens veulent de la proximité et ne surtout pas faire sauter les échelons municipaux. » L'élu milite pour une refondation du modèle métropolitain, « trop fragile » notamment sur les questions des transports et du logement.
La Région balaie l'idée
La Région Ile-de-France, qui pourrait y perdre en influence face à une telle structure, balaie d'un revers de main, y voyant « un mauvais périmètre et un projet utopique, irréaliste ». « Premièrement, comment espérer fusionner plus de 100 communes avec Paris alors que la fusion de deux communes est déjà semée d'embûche ? Et deuxièmement, qui laisse de côté toute la grande couronne… Saclay, Roissy, Cergy, Versailles et Disneyland… »
Plusieurs élus, parisiens et de petite couronne, vitupèrent Clément Beaune lui-même, accusé de « simplement chercher à exister ». « Il utilise le Haut-Commissariat au plan pour essayer de revenir dans le jeu après avoir été mis au placard », a-t-on entendu. Parmi eux, Jean-Pierre Lecoq, maire LR du 6e arrondissement de Paris, fait partie des plus mordants : « On dit que le Covid-19 a pu altérer la santé mentale de certains, mais il semble que cela peut aussi toucher les hommes politiques. »
« Les gens sont attachés à leur territoire »
Favorable à la fusion des départements et des régions tout en supprimant la MGP, Jean-Pierre Lecoq qualifie les propositions du Haut-Commissariat de « débilitantes ». « On parle beaucoup du Général de Gaulle en ce moment. Et bien à son époque, les Hauts-commissaires étaient des gens sérieux. Comment peut-on penser à marier un arrondissement de Paris, qui n'a pas de personnalité morale, à une commune de plein exercice comme Issy-les-Moulineaux qu'André Santini a transformé en véritable “start-up City” ? »
« On se retrouverait avec des arrondissements de 250 ou 300.000 habitants. C'est impensable. Regarder la fusion Boulogne-Billancourt-Issy-les-Moulineaux, les gens n'en voulaient pas. Idem pour Saint-Denis et Pierrefitte. C'est dans les zones rurales qu'il faut faire des regroupements pour permettre à des communes de 150 habitants d'avoir des personnels municipaux et des moyens. »



