Fouras : l'opposition dénonce une démocratie étouffée, la future maire rejette les accusations
Fouras : opposition dénonce démocratie étouffée, maire rejette

Fouras : une opposition dénonce l'étouffement de la démocratie locale

Dans la commune de Fouras, ville de plus de 4 000 habitants en Charente-Maritime, une situation inédite se prépare pour les prochaines élections municipales. Pour la première fois de son histoire, la cité balnéaire ne présentera qu'une seule liste électorale, celle de la majorité sortante menée par Florence Chartier-Loman, première adjointe du maire Daniel Coirier.

Le constat amer des quatre opposants municipaux

Yann Berret, Sonia Cailler, Jean-François Harlet et Caroline Larroche, les quatre élus d'opposition depuis 2020, avaient pourtant tenté de constituer une liste concurrente. Initialement usés par leur mandat, ils avaient décidé de ne pas se représenter, se sentant traités comme des « amuseurs publics » selon leurs propres termes. Mais la crainte de laisser les pleins pouvoirs à la droite les a poussés à remettre l'ouvrage sur le métier.

Ils ont réuni un collectif citoyen de 50 personnes, élaboré un programme complet et aligné 27 noms sur une liste. Mais l'aventure s'est brutalement arrêtée : personne n'a osé se porter candidat en tête de liste. Les quatre élus expliquent cette défection par un climat de pression qu'ils jugent insoutenable.

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« Au dernier moment, les gens de notre collectif ont eu peur pour leur emploi, leurs subventions, leur permis de construire », déplorent-ils. « Manque de courage peut-être, mais surtout réalisme face au rouleau compresseur de la majorité. À Fouras, on tue la démocratie à coups de pression. »

Une longue liste de griefs contre la majorité sortante

Les opposants dressent un réquisitoire sévère contre le fonctionnement municipal des six dernières années :

  • Absence de leurs interventions dans les comptes rendus officiels des conseils municipaux au début du mandat
  • Refus de diffuser les conseils municipaux en visioconférence
  • Obligation pour l'opposition de déposer ses questions par écrit
  • Inutilité des commissions municipales selon eux, car « les élus de la majorité se réunissent avant, ça sert juste à entériner leur décision »
  • Noyautage des associations pour les « inféoder » selon leurs accusations
  • Climat d'entre-soi et réflexions humiliantes

Le point le plus sensible concerne l'influence de Sylvie Marcilly, présidente du Département de la Charente-Maritime et conseillère municipale déléguée aux grands projets à Fouras. « En fait, elle tire les ficelles », affirment les opposants. « Fouras, c'est son marchepied et ici, tout est fait pour la servir. »

La réponse ferme de la future maire

Face à ces accusations, Florence Chartier-Loman, future maire de Fouras, rejette en bloc ce réquisitoire. Elle nie tout climat d'intimidation et renvoie la responsabilité à ses adversaires.

« Je ne me sens pas du tout responsable du fait qu'il n'y ait personne en face », déclare-t-elle. « Je pense que c'est un peu un manque de courage et il y a un procès d'intention. »

Concernant Sylvie Marcilly, elle assume pleinement leur proximité : « Sylvie est une amie, j'ai la fierté de lui être liée. C'est elle qui m'a fait venir dans son équipe en 2014. Il n'y a aucune ambiguïté. »

Sur le refus de filmer les conseils municipaux, l'élue insiste sur le respect et la solennité des débats : « Un conseil municipal, ce n'est pas de la téléréalité. »

Un fonctionnement municipal contesté

Les opposants dénoncent un fonctionnement « très vertical » et qualifient la majorité d'« autosatisfaite ». « C'est l'ancien monde avec une majorité qui fait ce qu'elle veut au prétexte qu'elle est élue », estiment-ils. « Est-ce ça, une démocratie vivante avec débats et compromis ? »

Ils redoutent les conséquences de l'absence d'opposition : « Il n'y aura plus de contre-pouvoir, on apprendra les choses quand tout sera ficelé. Quand on était là, la majorité faisait déjà ce qu'elle voulait ; maintenant qu'elle n'aura personne en face, ce sera pire. »

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La défense de Florence Chartier-Loman

La future maire conteste fermement l'idée d'une gestion autocratique. Elle met en avant la création, depuis trois ans, d'un comité d'arbitrage sur le budget qui réunissait simultanément les adjoints de la majorité et le chef de file de l'opposition.

« Je m'inscris complètement en faux », affirme-t-elle concernant les accusations d'autocratie. Elle reconnaît cependant que la situation est « dommage pour la démocratie, on aurait pu avoir un débat, projet contre projet ».

Florence Chartier-Loman assume déjà les pleins pouvoirs du futur conseil municipal : « Les décisions, elles nous reviennent, c'est normal puisqu'on aura eu la majorité. Il faudra veiller à ce que notre équipe soit en prise directe avec les Fourasins parce qu'ils n'auront pas la possibilité de se raccrocher à une opposition. C'est une responsabilité supplémentaire. »

Cette situation exceptionnelle à Fouras pose des questions fondamentales sur le fonctionnement de la démocratie locale et l'équilibre des pouvoirs dans les petites et moyennes communes françaises.