Christian Estrosi : le rituel sportif du maire de Nice face au duel fratricide avec Éric Ciotti
Estrosi vs Ciotti : le duel fratricide qui électrise Nice

Le rituel sportif immuable de Christian Estrosi

Pour rien au monde, Christian Estrosi ne sacrifierait son rituel matinal. Chaque jour, vers 6 heures-6 h 30, le maire de Nice quitte son domicile situé sur les hauteurs de la ville pour une heure de course à pied, jusqu'à son bureau de l'hôtel de ville, à proximité immédiate de la célèbre promenade des Anglais. Cela représente un total impressionnant de 40 kilomètres de jogging hebdomadaires. En complément, lorsqu'il en a l'opportunité entre midi et deux heures, il enfourche son vélo pour gravir le col d'Èze. Et, à l'instar de nombreux grands sportifs, il a adopté depuis une décennie une séance hebdomadaire de cryothérapie, consistant à rester trois minutes dans une pièce à une température glaciale de -110°C.

L'ancien quadruple champion de France de moto conserve un régime digne d'un compétiteur. « Le sport, c'est ce qui me permet de me reposer », confie-t-il, désignant du regard son ancienne moto de compétition qui trône dans son bureau. « Si je n'en fais pas pendant deux jours, mon corps et ma tête le réclament. C'est mon produit dopant. »

Un duel fratricide sous haute tension

En ce moment, Christian Estrosi a plus que jamais besoin de cette discipline. À 70 ans, celui qui préside aux destinées de la cinquième ville de France depuis 2008 – ainsi qu'à sa métropole regroupant 49 communes et 570 000 habitants – est engagé dans une campagne électorale municipale particulièrement tendue pour sa réélection. Cette bataille est l'une des plus scrutées du pays, se déroulant dans un décor somptueux entre mer et montagne, évoquant une tragédie grecque modernisée. L'atmosphère sur la Côte d'Azur est chargée d'électricité politique.

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Le duel fratricide oppose le maire sortant à son ancien premier adjoint, Éric Ciotti, âgé de 60 ans. Cette confrontation déchire non seulement la baie des Anges, mais aussi la droite française, mettant aux prises deux poids lourds de la scène politique. D'un côté, Christian Estrosi, l'ancien « Sarko boy », trois fois ministre, proche d'Édouard Philippe – dont il est vice-président du mouvement Horizons – et soutien d'Emmanuel Macron. De l'autre, Éric Ciotti, ex-filloniste, ténor de l'Assemblée nationale – où il fut questeur –, qui a franchi un Rubicon politique en passant de la présidence des Républicains à une alliance avec le Rassemblement National.

Ciotti, confiant et offensif

Fort d'un grand chelem remporté sur les trois circonscriptions de Nice lors des législatives de 2024, Éric Ciotti défie son ancien mentor avec assurance. « Je serai en tête au premier tour, et nettement », assure le député de Nice. Il critique une politique qu'il qualifie de « bling bling » et pointe du doigt les difficultés du quotidien des Niçois : finances municipales en berne, écoles non climatisées, déficit de places en crèche et d'équipements sportifs de proximité, lacunes culturelles comme l'absence de théâtre. « Il faut recoudre les plaies niçoises en menant une campagne de construction », affirme-t-il.

Estrosi, zen et projectif

Face à ces attaques, Christian Estrosi affiche un calme apparent, se voulant à une « hauteur de vue ». « Je veux une campagne heureuse », répète-t-il, une formule que son adversaire utilise également. Pourtant, en coulisses, les manœuvres s'intensifient : débauchages entre camps, pressions sur les forces vives et échanges acerbes. La tension est telle que le préfet a lancé en décembre « un appel solennel au calme et à la sérénité ». « Je n'ai pas l'impression que cette remarque s'adressait à moi », glisse le maire avec un sourire.

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Plutôt que de se défendre sur son bilan, il préfère dérouler son programme, soulignant la continuité de ses actions. « La plupart des chantiers qui seront achevés dans les six prochaines années ont été enclenchés bien en amont, on travaille sur le temps long », explique-t-il. Il cite la centrale des eaux usées, l'usine de traitement des déchets, la géothermie sur la Plaine du Var, le Grand parc de la plaine du Var (30 hectares), les extensions des lignes 4 et 5 du tramway, 40 kilomètres supplémentaires de végétalisation, le futur Parc des expositions et des congrès, le renforcement de la vidéosurveillance (passant de 6 500 à 10 000 caméras) depuis le nouvel hôtel de police inauguré en octobre, et la construction de 10 000 nouveaux logements. « Je n'ai pas besoin de multiplier les annonces spectaculaires, tout est en cours. Et on sait que quand Estrosi dit, il fait », assure-t-il.

Un bilan financier contesté mais défendu

Ses adversaires, dont Éric Ciotti mais aussi la conseillère municipale écologiste Juliette Chesnel-Le Roux – qui conduit la liste d'union de la gauche –, dénoncent des dérives financières et un endettement important. Christian Estrosi répond avec fermeté : « On est sur une très bonne trajectoire financière ». Il met en avant une baisse régulière de la dette sur trois ans, une capacité de remboursement ramenée à 6,5 années – « mieux que Marseille, Strasbourg ou Levallois-Perret » –, et des notes excellentes décernées par les instituts Klopfer et LocalNova. « Notre attractivité a généré de grands événements qui ont apporté de nouvelles ressources », argue-t-il, citant l'ouverture de 3 000 chambres d'hôtel 4 et 5 étoiles en cinq ans, un taux de chômage à 6,7% contre 7,8% nationalement, et la création d'emplois dans la santé, le numérique et l'intelligence artificielle.

Projets d'avenir et symboles

Le maire multiplie les annonces tournées vers l'avenir : création d'un campus d'industries créatives et culturelles, lancement de festivals de street art et de musique électronique, ouverture d'un centre municipal d'e-sport. « En 2030, Nice sera une ville où on joue, où on streame, où on développera les succès du jeu vidéo de demain », prophétise-t-il. Pour attirer les 54 000 étudiants niçois – contre 23 000 en 2008 –, la nouvelle bibliothèque Louis Nucéra, inaugurée mi-février, sera ouverte de 7 heures à 22 heures.

Il marque aussi les esprits par des gestes symboliques : remise de la première carte d'électeur à 600 jeunes majeurs, exhibant avec émotion la carte de sa grand-mère datant de 1945, année du premier vote des femmes ; inauguration d'une statue d'Albert Camus sur la promenade du Paillon, en présence de la petite-fille de l'écrivain qui a salué cet hommage appuyé.

La ligne d'arrivée en vue

Depuis 2008, Christian Estrosi a transformé Nice, autrefois perçue comme une « belle endormie », en une métropole compétitive rayonnant internationalement, tout en préservant sa douceur de vivre. Éric Ciotti rétorque avec ironie : « Mais, voyons, tous les maires ont transformé Nice ! Ce n'est quand même pas Christian Estrosi qui a creusé la baie des Anges et peint le ciel en bleu ! »

Face aux rumeurs sur sa santé – il a dû publier un certificat médical pour démentir être atteint de la maladie de Parkinson – et à ceux qui prédisent sa chute, le maire reste combatif. « Quand vous êtes maire, il faut donner 300 fois par jour à quelqu'un. Un vrai don de soi. Il faut avoir ça dans la peau », déclare-t-il. « Les Niçois voient bien que je ne suis pas fatigué. Et d'ailleurs, la fatigue, je ne sais pas comment on la mesure. Si tous les candidats aux municipales se placent sur la ligne de départ du marathon Cannes-Nice, je sais qui passera la ligne d'arrivée en tête… » Une métaphore qui résonne avec son entraînement quotidien, commencé dès l'aurore.