Dans une lettre ouverte à Elisabeth Borne, notre chroniqueuse Christine Clerc revient sur le parcours de l'ancienne Première ministre, entre la sortie de son nouveau livre et sa démission fracassante de la présidence du Conseil national du parti Renaissance. En désaccord avec la ligne actuelle du mouvement macroniste, Elisabeth Borne a choisi de quitter ses fonctions, un geste qui intervient alors que Gabriel Attal, son successeur à Matignon, s'apprête à faire valider sa stratégie lors d'un vote interne.
Un itinéraire personnel et politique hors norme
Elisabeth Borne, polytechnicienne et ingénieure des Ponts et Chaussées, a toujours impressionné par son parcours. Pourtant, malgré ses diplômes et son allure déterminée, elle n'a pas réussi à susciter l'émotion attendue. Son histoire familiale, marquée par la déportation de son père à Auschwitz et son suicide onze ans après son retour, est restée dans l'ombre, même si elle en a fait le récit sobre mais bouleversant dans son précédent ouvrage Vingt mois à Matignon.
Une armure de rigueur
Sa rigueur et son attitude distante ont souvent empêché la sympathie. Christine Clerc se souvient d'une réception à Matignon où elle est arrivée à l'heure pile, a répondu brièvement, puis est repartie sans un mot d'au revoir. Cette froideur lui a valu les moqueries de Gabriel Attal, qui l'appelait « Madame 49-3 », en référence à l'article de la Constitution qu'elle a utilisé plus de vingt fois pour faire adopter les réformes, notamment celle des retraites.
Une rupture consommée
Elisabeth Borne n'a pas oublié les railleries d'Attal, ni son silence face à ses vœux d'anniversaire. Ce dernier épisode l'a peut-être poussée à accélérer la parution de son nouveau livre Réveillons-nous ! (Robert Laffont, mai 2026) et à quitter la présidence du Conseil national de Renaissance. Dans cet ouvrage, elle critique le modèle social français et appelle à un « droit d'inventaire » pour regarder lucidement ce qui a fonctionné ou non.
Un soutien inattendu
Le style austère d'Elisabeth Borne n'a pas encore séduit des milliers d'acquéreurs, mais plusieurs anciens ministres, dont l'avocat de gauche Eric Dupond-Moretti, ont annoncé leur soutien. Un signe que la rupture avec la ligne actuelle du parti pourrait créer des remous.



