Municipales 2026 : la droite républicaine prise en tenaille entre RN et gauche selon Jérôme Jaffré
Droite prise en tenaille entre RN et gauche après municipales

La droite républicaine prise en étau après le premier tour des municipales

Pour Jérôme Jaffré, directeur du Cecop (Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique) et chercheur associé au Cevipof, la droite républicaine se retrouve, à l'issue du premier tour des municipales, plus que jamais prise en tenaille. Dans les petites communes, elle est désormais concurrencée par un Rassemblement National qui consolide son ancrage local de manière significative. Dans les grandes villes, elle doit s'effacer devant une gauche devenue dominante et structurée. Le tout avec des militants qui, à la base, réclament de plus en plus bruyamment et ouvertement l'union avec le RN.

Le seul chemin d'espoir : s'arrimer à Édouard Philippe

Le seul chemin d'espoir pour cette famille politique, selon l'analyse de Jérôme Jaffré, serait de s'arrimer à Édouard Philippe. L'ancien Premier ministre se retrouve en position de force pour la présidentielle avec sa réélection quasi acquise au Havre, ce qui lui donne une légitimité renouvelée dans le paysage politique français.

Les conséquences sur la course à l'Élysée de 2027

Jérôme Jaffré précise que des élections municipales ne permettent pas de prédire avec certitude ce que sera une présidentielle, même si elles se déroulent seulement un an avant. Il existe un effet de loupe grossissante qui fait qu'en nous intéressant principalement aux grandes villes, on occulte toute une partie significative du pays et de ses réalités territoriales.

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Cela étant dit, le scrutin de dimanche va indéniablement peser sur les stratégies pour 2027. D'abord, parce que les extrêmes ont réussi à prendre place dans le système municipal, dont ils étaient largement exclus jusqu'à présent. C'est particulièrement nouveau pour La France Insoumise, qui était très souvent absente en 2020 et qui réussit dans plusieurs grandes villes une percée remarquable. Elle met ainsi en lumière une usure certaine des socialistes et cherche activement à les priver d'air politique.

Le RN s'installe durablement

Quant au Rassemblement National, il s'installe de plus en plus solidement et franchit massivement la barre des 10 % des suffrages exprimés autorisant à se maintenir au second tour, ce qui va souvent nuire considérablement à la droite républicaine lors des duels décisifs.

Deuxième enseignement majeur : le dégagisme à l'égard de la classe politique est toujours à l'œuvre de manière tangible. Les maires sortants qui sauvent leur peau peuvent pousser un grand « ouf » de soulagement car certains, qu'on pensait bien installés et intouchables, sont déjà battus de manière retentissante. François Bayrou semble d'ailleurs en grande difficulté à Pau, ce qui illustre cette tendance de fond.

Une simplification du paysage politique

Enfin, on observe une simplification progressive mais nette du paysage politique français : l'hypothèse d'un duel au second tour en 2027 entre Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella – ou Marine Le Pen si elle était reconnue éligible –, qui était déjà envisagée par certains observateurs, se trouve accentuée par ces résultats. La question qui se pose de plus en plus crûment à la classe politique traditionnelle est : peut-on encore échapper à ce match extrême contre extrême ?

La position renforcée d'Édouard Philippe

Édouard Philippe se retrouve en position de favori incontestable selon cette analyse. Les Républicains ne vont-ils pas être contraints de s'arrimer à lui pour échapper à l'étau du RN ? Commençons par analyser ce qu'il se passe au centre gauche, car c'est un changement capital pour 2027 ! Le centre gauche se trouve face à une immense difficulté structurelle : peser suffisamment face à la puissance montante de LFI.

Dans un système à deux tours, le Parti Socialiste n'a plus les moyens politiques de couper toute relation avec les Insoumis, et des leaders comme François Hollande, Raphaël Glucksmann ou Bernard Cazeneuve, ont une tâche encore plus difficile et complexe. Dans les autres partis classiques, il va falloir opérer un choix stratégique crucial : soit constituer une coalition de premier tour allant du centre gauche au centre droit ; soit allant du centre à la droite, en écartant alors définitivement le centre gauche.

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Le renforcement d'Édouard Philippe

Quant à Édouard Philippe, il sort considérablement renforcé de ce premier tour. Au final, il a bénéficié du sondage qui le donnait en grande difficulté initiale. Au lieu de le reprocher aux sondeurs, il devrait plutôt les remercier ! Sa performance solide au Havre permet aussi de faire oublier les mauvais résultats de son parti, Horizons, à Paris ou à Nice. Enfin, si sa réélection se confirme de manière éclatante, est-ce qu'il réussira à en tirer parti pour recréer une dynamique d'opinion qui était en berne ces derniers mois ?

Face à la progression inquiétante des extrêmes, il lui faudra aussi éviter avec soin un discours demandant aux Français de l'élire pour du sang, de la sueur et des larmes, ce qui pourrait s'avérer contre-productif électoralement.

La droite maintenue mais concurrencée

La droite maintient son implantation au premier tour dans les villes petites et moyennes, mais le RN gagne du terrain de manière significative. Disons les choses clairement, la droite a pris une raclée cinglante à Paris, Marseille et Lyon ! Aux municipales de 2020, le bloc central et la droite pesaient 48 % au premier tour dans la capitale, contre seulement 37 % cette fois-ci.

À Marseille, c'était 33 % en 2020 et à peine 12 % en 2026 ! À Lyon, les listes de droite et du centre représentaient 45 %, désormais seulement 37 %. Le succès probable d'Éric Ciotti à Nice pourrait bien créer un appel d'air significatif chez des élus de la droite modérée cherchant des solutions pour l'avenir.

La domination problématique du RN et de la gauche

La droite a, entre autres problèmes structurels, celui-ci : elle est dominée par le RN dans les petites communes et par la gauche dans les grandes villes. Et le succès probable d'Éric Ciotti à Nice pourrait bien créer un appel d'air chez des élus de la droite modérée cherchant la meilleure investiture pour les probables législatives de 2027.

Jordan Bardella, qui rêvait d'une vague bleu marine déferlante, semble tout de même avoir perdu son pari ambitieux ! Un effet ciseau joue contre le RN dans ce type de scrutin particulier, avec, en plus, le risque réel d'un mauvais second tour. Dans les petites villes, ce parti est très puissant électoralement, mais il n'a pas assez de militants pour constituer des listes complètes et crédibles.

Les situations complexes à Paris et dans les alliances

Sarah Knafo a-t-elle vraiment réussi son coup stratégique à Paris ? Son drame politique, c'est que Rachida Dati est trop faible électoralement, avec des espoirs de victoire extrêmement réduits et limités. Le coût politique d'un accord avec la candidate de Reconquête ! devient trop élevé et risqué.

Si cette dernière va compter dans le jeu politique national, elle est devenue trop visible médiatiquement pour être intégrée facilement à la droite traditionnelle. Ce serait un signal trop marqué vers la droite extrême. L'idée d'une primaire présidentielle intégrant Knafo, proposée par Laurent Wauquiez, devient un étrange calcul politique : entre son talent personnel et le dégagisme ambiant, cela pourrait tourner à son profit en extrémisant dangereusement la droite.

L'inversion des systèmes d'alliance

Bruno Retailleau a écarté fermement toute alliance partisane avec le RN, mais la base militante LR pousse fortement en ce sens. L'un des grands changements récents et profonds, c'est qu'on assiste à une inversion complète des systèmes d'alliance souhaités par les électeurs.

À gauche, une large majorité des sympathisants socialistes refusent désormais tout accord avec les Insoumis. Cela n'empêche pas le PS d'en conclure là où il estime que c'est utile tactiquement, au risque d'une déperdition de voix et, surtout, d'une perte accrue de confiance dans sa parole politique.

Il eût été plus juste et transparent de parler d'« entente électorale minimum » pour le second tour, tout en mettant fin définitivement aux unions de premier tour type Nupes ou Nouveau Front populaire comme en 2022 et 2024.

La demande d'union avec le RN chez les sympathisants LR

L'autre inversion majeure et préoccupante, observée dans les sondages récents, c'est qu'une bonne moitié des sympathisants LR réclament ouvertement l'union avec le RN. Ils se pensent condamnés à perdre électoralement sinon, sans percevoir clairement que cela se ferait sous la domination totale et écrasante du RN.

Et, accessoirement mais non moins important, sans garantie aucune de victoire électorale à moyen terme. Cette situation crée une tension interne considérable au sein de la droite républicaine, entre ses dirigeants et sa base militante, tension qui pourrait déterminer son avenir politique.