Débat municipal à Paris : Grégoire pris en tenaille entre Dati et Chikirou
Débat à Paris : Grégoire ciblé par Dati et Chikirou

Un débat tendu à trois pour la mairie de Paris

Le hasard a mal placé Emmanuel Grégoire. Mercredi soir, lors du débat organisé par BFMTV avec les trois finalistes de l'élection municipale à Paris, le candidat socialiste, largement arrivé en tête au premier tour, s'est retrouvé physiquement entre Rachida Dati et Sophia Chikirou. Positionné au centre, il s'est trouvé au croisement de leurs attaques conjointes, qui constituaient leur objectif commun : pilonner systématiquement Emmanuel Grégoire.

Stratégies électorales divergentes

Sophia Chikirou, avec son score modeste de 11,7% au premier tour, avait pour mission principale d'éviter la migration de son électorat vers Grégoire dimanche prochain. Rachida Dati, arrivée en deuxième position, jouait une partition plus subtile avec des enjeux élevés. D'un côté, l'ex-ministre de la Culture devait donner des gages à sa droite pour séduire les électeurs de Sarah Knafo, qui s'est désistée en sa faveur. De l'autre, elle devait convaincre les électeurs de Pierre-Yves Bournazel, le candidat soutenu par les macronistes, de ne pas voter socialiste – ce qui impliquait de s'en prendre, là encore, à Emmanuel Grégoire.

Grégoire sous le feu des critiques

Au milieu de cette tempête, Emmanuel Grégoire a été constamment ramené par Rachida Dati à ses « vingt-cinq ans » aux manettes de la ville et au bilan « d'Anne Hidalgo et d'Emmanuel Grégoire ». Le candidat socialiste, plutôt serein pendant ces trois heures de débat, a distribué les coups sans faiblir, avec un calme remarquable. Il a répliqué sur sa droite en direction de Sophia Chikirou, rappelant les nombreuses attaques des Insoumis à son encontre. « On ne saisit pas une main qui a donné des gifles », a notamment répondu Grégoire à la candidate LFI, qui lui rappelait fréquemment sa proposition d'union dès le soir du premier tour.

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L'affrontement moral avec Dati

Emmanuel Grégoire a surtout fait de Rachida Dati son adversaire principale. Évoquant le désistement de Sarah Knafo (Reconquête), il a invoqué la mémoire de Jacques Chirac dans une attaque visiblement préparée : « Imaginez-vous Jacques Chirac élu avec les voix de Jean-Marie Le Pen ? Il s'agit d'une rupture morale […] Vous ne pouvez pas être élue sans le soutien de l'extrême droite ». Il est allé plus loin en suggérant une « négociation en coulisses » avec Sarah Knafo, affirmant qu'elle aurait « sacrifié Paris » pour un avantage national.

Rachida Dati a répliqué avec virulence : « Vous parlez de valeurs, d'intégrité et de grands principes. Moi, j'ai connu des hommes de gauche qui défendaient réellement ces valeurs. On en est loin ». Dans un échange tendu, elle a avancé qu'elle n'était pas « fille de préfet » – en référence au père d'Emmanuel Grégoire – accusant le candidat socialiste de « racisme social ».

Les affaires judiciaires au cœur des échanges

Les affaires judiciaires ont occupé plusieurs minutes du débat, particulièrement lorsque Emmanuel Grégoire a évoqué les « accointances » entre Dati et Chikirou. Sophia Chikirou s'est offusquée : « On renvoie dos à dos deux personnes qui viennent de l'autre côté de la Méditerranée », précisant qu'elle n'était pas l'amie de Rachida Dati. Grégoire s'est défendu en expliquant qu'il soulignait par ce terme leur rencontre au début du mandat de Nicolas Sarkozy et leur même « rapport à la probité ». Réponse cinglante de Dati : « C'est ça, on est des voleuses ! »

Rachida Dati a contre-attaqué en dénonçant les notes de frais d'Emmanuel Grégoire, tandis que Sophia Chikirou, également aux prises avec la justice, a ironisé : « Je ne joue pas dans cette catégorie. Moi, on vient me chercher pour une histoire de cafetière et de micro-ondes. »

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Le dossier sensible du périscolaire

Outre les attaques personnelles, Emmanuel Grégoire a dû faire face à une difficulté de fond : l'affaire des abus sexuels dans le périscolaire à Paris. Rachida Dati a martelé ce sujet durant la soirée : « Vous avez recruté des pédocriminels ». Elle a rappelé qu'en avril 2015, l'opposition avait alerté la majorité, à laquelle appartenait Grégoire, des nombreux cas d'abus. Sophia Chikirou a ajouté que malgré un rapport de l'inspection générale, la situation avait perduré avec plus de cinquante animateurs suspendus.

Emmanuel Grégoire a reconnu des erreurs et s'est engagé à « tout remettre à plat », avec un renforcement des mesures de recrutement et un contrôle interne amélioré.

Débats sur la sécurité et le logement

La sécurité a donné lieu au principal débat de fond. Sans surprise, Rachida Dati a défendu sa proposition de renforcer les effectifs de police et d'implanter 8 000 caméras de surveillance. Sophia Chikirou a insisté sur la nécessité de mieux prévenir, sans entrer dans les détails. Emmanuel Grégoire a critiqué le programme de Dati, affirmant que l'installation de caméras relevait de l'État, non de la mairie.

Sur la question du logement, Rachida Dati, mise sous pression par Grégoire et Chikirou, a eu du mal à expliquer clairement sa politique en matière de logements publics. Elle s'est montrée incapable de préciser le montant de la baisse de la taxe foncière qu'elle promettait.

La fin de débat et les enjeux futurs

En fin de débat, les attaques ont repris. Grégoire a mis en garde les électeurs du centre : « Je m'adresse aux électeurs de Pierre-Yves Bournazel, qui se sentent trahis par la fausse alliance avec Sarah Knafo ». Dati a continué à pilonner l'ex-Premier adjoint d'Anne Hidalgo, avertissant qu'avec lui, « on continuera avec la même équipe, en pire ». Sophia Chikirou a conjuré les électeurs de ne pas remettre à Paris les « macronistes », alors que ces derniers quitteront le pouvoir élyséen dans un an. Son intervention semblait préparer l'enjeu majeur des mélenchonistes : la présidentielle de 2027.