La crise politique française et l'impasse du scrutin majoritaire
Après les élections législatives de 2022, aucun des trois blocs politiques principaux n'a réussi à obtenir les 289 sièges nécessaires pour former une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Cette situation de blocage politique s'est transformée en une crise ouverte suite à la dissolution de juin 2024. Alors que de nombreux observateurs désignent Emmanuel Macron comme le principal responsable, le constitutionnaliste Benjamin Morel, maître de conférences en droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas, met en cause le mode de scrutin majoritaire à deux tours.
Un système inadapté à la nouvelle réalité politique
Dans son ouvrage Crise politique, crise de régime publié chez Odile Jacob, Benjamin Morel explique que ce système électoral est devenu inadapté face à la tripartition qui caractérise désormais la vie politique française. Il souligne que l'arrivée d'un nouveau président à l'Élysée en 2027 ne résoudra pas fondamentalement la crise, car aucun parti ne pourra espérer obtenir une majorité parlementaire solide.
"Le prochain président, élu comme un nouveau Bonaparte, risque de se retrouver dans la position d'un Vincent Auriol ou d'un René Coty", avertit le constitutionnaliste, qui rejette également le scénario d'une rebipolarisation de la vie politique. Pour Benjamin Morel, la seule issue honorable à cette crise institutionnelle passe par une réforme profonde : l'adoption de la proportionnelle et le renforcement des pouvoirs du Parlement.
Les racines de la crise selon Benjamin Morel
Dans un entretien accordé à L'Express, le constitutionnaliste développe son analyse : "Pour commencer, il faut comprendre ce qui est à la source de cette crise. Celle-ci provient de la rupture du vieux clivage gauche-droite et du fait majoritaire qu'il parvenait à engendrer."
Il identifie deux conséquences majeures de cette transformation :
- Les gouvernements ne représentent plus qu'une minorité des électeurs
- La majorité macroniste de 2017 n'a recueilli, au premier tour, que les suffrages de deux électeurs sur dix
Cette situation de faible légitimité populaire a contribué, selon Benjamin Morel, à l'émergence de mouvements de contestation comme celui des Gilets jaunes. Le constitutionnaliste insiste sur le fait que le problème est structurel et dépasse la simple question des personnalités politiques au pouvoir.
Une réforme institutionnelle nécessaire
La proposition de Benjamin Morel repose sur une transformation profonde des institutions françaises. Le passage à un système proportionnel permettrait, selon lui, de mieux représenter la diversité des opinions politiques dans le pays. Parallèlement, le renforcement des pouvoirs du Parlement créerait un équilibre institutionnel plus stable face à un exécutif affaibli par l'absence de majorité claire.
Cette analyse met en lumière les défis auxquels fait face la Ve République dans un contexte politique fragmenté. Alors que la France s'achemine vers de nouvelles échéances électorales, la question de la réforme des institutions apparaît de plus en plus pressante pour sortir de l'impasse politique actuelle.



