Clermont-Ferrand bascule à droite après douze ans de gestion socialiste
Clermont-Ferrand bascule à droite après douze ans socialistes

Un séisme politique dans le bastion historique de la gauche

« C'était l'année ou jamais et il l'a fait ! » Jean-Pierre, retraité et sympathisant Les Républicains installé depuis des décennies à Clermont-Ferrand, ne cache pas sa joie au lendemain d'une soirée électorale historique. Ce dimanche, la ville de plus de 100 000 habitants, plus anciennement ancrée à gauche, a basculé à droite. Un véritable tremblement de terre politique.

Une victoire symbolique et inespérée

Julien Bony (LR) l'a finalement emporté sur Olivier Bianchi, le maire sortant PS, avec 50,91 % des suffrages contre 45,45 %. « Nous allons remettre cette ville sur de bons rails et rallumer la lumière », s'est exclamé le nouvel édile. Une victoire rapidement saluée par son parti et un terrible constat d'échec pour celui qui a dirigé la municipalité pendant douze ans.

« Ce qui me blesse le plus, c'est d'être le dernier maire socialiste après tous mes illustres prédécesseurs », a réagi l'édile sortant après sa défaite. Pour Jean-Pierre, le retraité interrogé, « les planètes se sont alignées et il fallait en profiter ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'insécurité, facteur déterminant du basculement

Plusieurs facteurs ont préparé ce succès inédit pour la droite, à commencer par la hausse criante de l'insécurité dans la cité auvergnate. La réélection d'Olivier Bianchi pour un troisième mandat s'annonçait périlleuse tant la municipalité a fait l'objet de vives critiques.

Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, le Puy-de-Dôme a enregistré onze homicides en 2025 dont cinq directement liés à la drogue, soit une flambée de 175 % essentiellement dans la capitale auvergnate. « Clermont-Ferrand rejoint malheureusement la situation d'autres villes comme Grenoble ou Dijon », avait analysé en février le nouveau procureur de la République Éric Serfass.

Fin juillet, après plusieurs signalements, la ville a même intégré le dispositif « ville sécurité renforcée » aux côtés de Marseille, Nantes et Grenoble. Parmi les faits divers marquants :

  • Les meurtres par balle d'un Clermontois de 25 ans et d'un jeune Albanais de 19 ans
  • La découverte des corps calcinés d'un adolescent de 17 ans et d'un jeune homme de 28 ans
  • De nombreuses agressions et saisies de stupéfiants

Cette longue liste a valu de nombreuses critiques au socialiste, accusé de « laxisme ». Julien Bony pointait notamment le nombre de caméras de vidéosurveillance : « Si Clermont-Ferrand en dispose actuellement de 120 pour 150 000 habitants, il existe des zones blanches ». Le nouvel édile a promis d'en ajouter au moins 160 et d'équiper la police municipale d'armes létales, contrairement au positionnement du maire sortant.

Une alliance droite-centre inédite depuis les années 1990

Sans surprise, l'élu d'opposition a axé sa campagne sur la sécurité, thème sur lequel sa famille politique se sent à l'aise. « Naturellement, quand on cherche plus de sécurité, on se tourne vers la droite », confirme un Clermontois.

En septembre dernier, Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, s'était déplacé dans le quartier de la gare pour accentuer le déploiement des forces de l'ordre dans cette zone rongée par le narcotrafic. Le président des Républicains en avait profité pour afficher son plein soutien à Julien Bony, déjà désigné candidat de la droite… et du centre.

Une singularité car une telle alliance, avant même le premier tour, n'avait plus été vue en terres clermontoises depuis les années 1990. Une candidature commune née sous l'impulsion de Louis Giscard d'Estaing, maire de la commune voisine de Chamalières, qui ne s'est pas privé de le rappeler sur les réseaux sociaux ce dimanche soir.

Le rôle déterminant des réseaux sociaux et du « dégagisme »

Mais ce n'est pas suffisant pour expliquer ce retentissement. Il est également le fruit d'une forme de dégagisme à l'encontre du maire sortant. Ceci s'est notamment matérialisé par la création d'un groupe « SaccageClermont » sur Facebook, qui, à l'instar de son modèle parisien, regroupe les réprimandes de plus de 20 000 internautes sur la gestion de la ville.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Travaux, difficultés de circulation, faits divers… tout y passe. L'administrateur du groupe affirme que tous les bords politiques sont représentés et qu'aucune consigne de vote n'a été explicitement donnée, mais l'opposition à la majorité socialiste était indéniable. Au lendemain du succès de la droite, le groupe a salué « une victoire historique » en soulignant que « le résultat de ce soir n'est pas une surprise, c'est une conséquence ».

L'échec de l'union de la gauche et le vote utile

Enfin, si la fusion « technique » entre LFI et le PS face à la droite pouvait arithmétiquement inquiéter Julien Bony au second tour, force est de constater que, comme dans bien d'autres villes, cette alliance bancale a été contre-productive. Pour preuve, la gauche « unie » a recueilli à peine plus de voix au second tour (19 192) que le cumul de leurs deux listes au premier (18 621), malgré une participation en hausse de deux points.

Le principal bénéficiaire a été le vainqueur, explosant son score de 13 451 à 21 495 voix. Et si l'Insoumise Marianne Maximi avance que la « droite l'emporte grâce aux voix du RN », elle n'a pas tout à fait tort tant la liste RN, présente dans cette triangulaire, s'est effondrée entre les deux tours (de 11 à 3 %), matérialisant sans doute une forme de vote utile face au maire sortant.

Une arithmétique venue conclure un long basculement à bas bruit, marquant la fin d'une ère politique à Clermont-Ferrand et l'avènement d'une nouvelle gouvernance portée par les préoccupations sécuritaires des habitants.