Un scrutin municipal qui plonge un village dans la discorde
Le minuscule village de Castelmoron-d’Albret, dans l'Entre-deux-Mers, est en proie à de vives tensions suite aux élections municipales du dimanche 15 mars. L'opposition, menée par Hélène Fronty, a vu l'intégralité de ses bulletins déclarés nuls, une situation qui a conduit au dépôt d'un recours officiel demandant l'annulation pure et simple du scrutin.
Un recours déposé dans l'urgence
Vendredi 20 mars, à quelques heures seulement de la limite légale, un recours a été déposé à la sous-préfecture de Langon. Hélène Fronty, ancienne avocate et candidate en cinquième position sur la liste Une sacrée sénéchaussée, affirme avoir signalé des irrégularités bien avant le vote. « Je soulève des manœuvres qui ont entraîné des irrégularités », déclare-t-elle, ajoutant que ces anomalies « modifient complètement le scrutin ». Elle évoque notamment la présence présumée d'électeurs inscrits sur les listes alors qu'ils auraient dû en être radiés.
Des accusations de fraude électorale récurrente
Hélène Fronty ne mâche pas ses mots en pointant du doigt des pratiques qu'elle estime ancrées dans le temps. « Il y a de vieilles familles qui fraudent à chaque élection, elles font ça depuis toujours », accuse-t-elle. Elle décrit également une atmosphère tendue lors du vote et du dépouillement, qualifiant la scène de « cirque incroyable avec des comportements infamants et insultants ».
Un village coupé en deux
Avec seulement une cinquantaine d'habitants, Castelmoron-d’Albret, le plus petit village de France en superficie, est profondément divisé. Hélène Fronty analyse cette fracture sociale en opposant « les vieilles familles » aux « propriétaires installés dans le village depuis quinze ou vingt ans », qu'elle décrit comme « privilégiés, plutôt retraités » restaurateurs de « grandes et belles maisons ». Une rue symbolique, la rue de l'Amitié, semble ironiquement porter un nom qui ne reflète plus la réalité des relations entre voisins.
Le nouveau maire, François Migaud, installé depuis le 20 mars, ne se reconnaît pas dans cette description bien qu'il concède que le village est « coupé en deux depuis des générations ». « Notre but est de faire le maximum pour l'apaisement, de n'en faire qu'un seul village », assure-t-il, tout en affirmant ignorer les motifs précis du recours déposé par l'opposition.
Un résultat électoral surprenant
La fracture communale s'est traduite de manière spectaculaire dans les urnes. La liste menée par François Migaud, ancien adjoint, a remporté 25 voix, tandis que l'opposition en a récolté 23. Cependant, tous les bulletins de la liste adverse ont été invalidés en raison de l'absence de la mention de la nationalité d'une colistière portugaise. Une erreur que reconnaît Hélène Fronty, mais sur laquelle elle ne fonde pas son recours, préférant mettre en avant des irrégularités plus profondes.
François Migaud, habitant du village depuis trente ans, assure que les personnes incriminées avant le scrutin n'ont pas pris part au vote. Malgré cela, l'ombre du doute plane sur cette élection, laissant le petit village de Castelmoron-d’Albret dans l'attente d'une décision administrative qui pourrait redéfinir son paysage politique et social.



