Municipales 2026 : À Montpellier, un cocktail frappadingue… Retour sur la folle campagne de 2020
2020 fut une élection à part, Covid oblige. Mais dans la préfecture de l’Hérault, un peu plus qu’ailleurs ! Quatorze candidats, trois ex-adjoints, un milliardaire, un youtubeur électron libre, des écolos en pagaille. Récit d’une folle campagne, à l’heure de la belle entente avec l’écologiste Coralie Mantion, qui ne dura pas.
Une histoire de dingue
"L’élection la plus folle de France", assurait France Inter en pleine campagne de 2020. Montpellier emporta la palme du cocktail frappé. Frappadingue ! Le scénario d’un film abracadabrantesque. Feu vert, radio à l’appui, pour le maire sortant Philippe Saurel.
La pré-campagne avait commencé sur un fauteuil roulant : devant la presse, le maire sortant, Philippe Saurel, exhibait la radio de son genou après opération, comme un sauf-conduit pour élection, mais avec juste un mois devant lui. Et des critiques nombreuses : l’élan citoyen promis n’avait-il pas été qu’un affichage ?
Quatorze candidats sur la ligne de départ
Ils étaient quatorze sur la ligne de départ. Un record hexagonal. Avec, d’abord, trois ex-adjoints et fils spirituels de Georges Frêche, comme on prend une option – ou non – sur l’héritage : outre Philippe Saurel, le député macroniste Patrick Vignal et le jeune loup PS Michaël Delafosse. Jusque-là, rien que de très politiquement normal.
Sauf qu’un milliardaire s’était invité à la fête : Mohed Altrad, PDG de la société d’échafaudage éponyme, patron du club de rugby local, le MHR, comptait bien faire voler le passé en éclats. En froid avec Saurel, rêvait-il de vengeance ? Y avait-il aussi plus largement, pour lui l’exilé bédouin, une revanche supplémentaire sur la vie ?
"Une OPA sur EELV"
Les écologistes avaient réservé une comédie à sketches dont ils ont le secret. Au menu, portes qui claquent et linge sale lavé en public… Passez leur haine à la machine, faites-la bouillir… Pour voir si les couleurs d’origine peuvent revenir : Manu Reynaud, pourtant directeur de campagne de la candidate investie par EELV, Clothilde Ollier, l’accusait finalement d’avoir fomenté "une OPA sur EELV, une orientation pastèque, vert devant et rouge à l’intérieur". En clair, d’être un cheval de Troie pour LFI et Alenka Doulain.
Cheval de Troie, Ollier ? C’est celui qui dit qui est, rétorquait en substance la candidate, reprochant à Reynaud d’être un agent sous-marin de Delafosse et de son "baron noir" Christian Assaf, tous les trois vieux copains de fac… En vue d’une alliance de second tour. "Manu Reynaud a pensé que j’étais une poupée de chiffon qu’on pouvait manipuler", soutient-elle dans le film documentaire Clothilde dans l’Alliance, signé Simon Baïchou-Rose et Antoine Personnaz.
Dénonçant des "tripatouillages et tambouilles d’un autre âge", elle était partie en dissidente, avec face à elle une nouvelle candidate verte investie, Coralie Mantion, et un autre "solo" écolo, Jean-Louis Roumégas.
Le youtubeur Rémi Gaillard entre en scène
Comme si le cocktail manquait encore de piment, le youtubeur Rémi Gaillard allait finir de remuer le shaker, déjà bien secoué. Sur les traces de Coluche bien avant lui, ou de Beppe Grillo en Italie plus récemment, l’humoriste faisait sensation, en frôlant les 10 %. Pas question pour lui en tout cas de frayer avec le duo Delafosse-Reynaud : "Je préfère voter blanc ou pour n’importe qui d’autre, Bob l’éponge ou une clé à molette, plutôt que les deux tartuffes qui sont en fait les mêmes".
Les quatre Fantastiques
Philippe Saurel arrivait en tête, avec 19 %, mais avec peu de réserves de voix. Delafosse, à 16 %, pouvait s’allier à EELV et rattraper son retard. Mohed Altrad, à 13 %, était un trouble-fête potentiel. Clothilde Ollier fit jeu égal, 7 %, avec EELV. C’est là que l’élection prit une tournure encore plus folle.
La realpolitik, qu’Ollier reprochait tant à Delafosse et Reynaud, fit son chemin. Et pourquoi pas une alliance a priori contre nature ? Dans un accord improbable, Mohed Altrad s’associa à Alenka Doulain, Clothilde Ollier et Rémi Gaillard. Ils avaient fait 38 % à eux quatre au premier tour. Tout était permis.
La mayonnaise allait-elle prendre entre un milliardaire, deux femmes à la fibre gaucho-écologiste et un clown électron libre ? Auto-rebaptisés "les quatre Fantastiques" – le nom d’une équipe de super-héros Marvel –, ils comptaient faire sauter la banque, allant jusqu’à se grimer en personnages de la série La casa de Papel, version La casa de Montpel’.
Triangulaire sans appel
L’aventure fit un flop retentissant. Dans une triangulaire sans appel, Altrad and co obtenaient 18 %, bien en deçà des espoirs de l’après-premier tour. Philippe Saurel, 34 %, échouait loin derrière Michaël Delafosse et ses 47 %… Lequel, victorieux, pouvait rayonner de bonheur au Pavillon populaire, où s’étaient rassemblés tous ses soutiens.
Autour du pavillon populaire, un soir de victoire où on oublie les gestes barrière. Il y avait, tout d’un coup, beaucoup de monde autour de lui. Il avait pourtant commencé très seul. Beaucoup de bises désormais, et tant pis pour le Covid. C’était le rendez-vous de sa vie, avec la naissance de ses deux fils et son mariage, prononcé par Georges Frêche en personne en 2007, trois ans avant la mort de l’emblématique maire de Montpellier.
Le check du succès entre Michaël Delafosse et Manu Reynaud, aux côtés de la fille du mentor, Julie Frêche. C’est sur un champ de mines, et de ruines, les décombres frêchistes d’un parti en déconfiture, dont il était sorti indemne, que Michaël Delafosse, 43 ans, pouvait enfin toucher du doigt son rêve.



