Bordeaux : l'armement partiel de la police municipale divise avant les municipales
Depuis l'été 2025, une transformation notable s'est opérée au sein de la police municipale bordelaise : 25% des effectifs sont désormais équipés de pistolets semi-automatiques. Cette mesure, inspirée du modèle londonien, a été mise en œuvre par le maire écologiste Pierre Hurmic en réponse à une grève des agents et aux difficultés persistantes de recrutement.
Le contexte numérique est éloquent : alors que la ville comptait 164 agents en 2020, elle en dénombre aujourd'hui 241. Le maire sortant défend farouchement cette approche qu'il qualifie de « pragmatique », affirmant qu'elle fonctionne sur le terrain. Pourtant, aucun de ses adversaires aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026 ne partage son analyse, créant une fracture politique palpable.
Un « quart de mesure » selon l'opposition
Thomas Cazenave, candidat du centre et de la droite divers (Renaissance, Horizons, Les Républicains, le Modem, UDI), critique vertement cette approche partielle. « Il aurait dû porter le nombre de policiers municipaux à un niveau qui nous rapproche des grandes villes, mais comme il n'arme pas toute la police municipale, il a beaucoup de postes vacants », estime-t-il. « On a besoin d'armer toute la police municipale, pas juste cinquante comme il le fait. »
Actuellement, seule la brigade d'appui et d'intervention - celle qui intervient en premier sur les lieux de délinquance grave - bénéficie de cet armement. « Face à la difficulté de faire accepter cette mesure dans son propre camp, il a décidé au final d'un quart de mesure », taclent les opposants.
Pierre Hurmic rétorque : « Il n'y a pas eu de remous dans ma majorité mais des discussions très vives. On a géré en bonne intelligence, ça a pris du temps. » Il reconnaît néanmoins que cette décision a été « l'une des plus compliquées du mandat », l'obligeant à faire bouger des lignes idéologiques. « C'était la seule façon pour moi d'avoir une police municipale qui fonctionne alors qu'elle était en déshérence en 2020 », justifie-t-il.
L'électorat de gauche en question
Nordine Raymond, candidat de La France insoumise, alerte sur les conséquences électorales : « On en est certain et on nous le dit sur le terrain. Il n'a pas tenu sa promesse de campagne et la décision a été prise de manière très isolée puisqu'il n'y a même pas eu de vote en conseil municipal. »
Le candidat insoumis va plus loin dans sa critique : « Je serai un maire qui prendra l'engagement de désarmer la police municipale car pour moi une arme ça sert à tuer et je pense que la police municipale n'en a pas besoin. » Il craint que cette prise en charge de missions régaliennes ne conduise à un désengagement accru de l'État.
Pierre Hurmic défend son pragmatisme bordelais : « La sécurité n'est ni un sujet tabou ni un sujet totem mais un service public que nous devons à nos citoyens. » Il rappelle avoir augmenté, parallèlement et dans les mêmes proportions, le nombre de médiateurs et d'agents de prévention.
Bordeaux, cible potentielle des mafias ?
Thomas Cazenave accuse le maire d'être « dans le déni sur la situation de notre ville » et déplore qu'il n'ait pas accéléré le déploiement de la vidéoprotection. Philippe Dessertine, autre candidat divers droite, se montre plus alarmiste encore : « Il existe un risque très fort que des mouvements mafieux estiment que Bordeaux a baissé la garde [en matière de sécurité]. »
Ce dernier préconise des mesures radicales :
- Multiplier par quatre le budget annuel alloué à la sécurité d'ici la fin du prochain mandat, pour atteindre 80 millions d'euros
- Équiper la ville d'au moins un millier de caméras de vidéosurveillance contre 260 environ aujourd'hui
« Les villes faibles vont être des cibles », pronostique-t-il. « On n'est qu'au début de l'essor des trafics de stupéfiants et une intensification terrible se profile, notamment au travers des événements internationaux. »
Nordine Raymond conteste cette analyse : « Sur le narcotrafic, les réseaux sont nationaux ou internationaux et on assiste à une surenchère d'effets d'annonces sur ces sujets. » Le candidat LFI propose plutôt d'augmenter les budgets d'aide sociale et de culture, estimant que « le meilleur moyen pour améliorer la sécurité globale, c'est de sortir de la rue des gens qui prennent des psychotropes et de l'alcool. »
Philippe Dessertine suggère quant à lui de « structurer le quotidien des jeunes » des quartiers sensibles avec des projets sportifs et culturels ambitieux.
Alors que les élections municipales de mars 2026 approchent, le débat sur la sécurité à Bordeaux cristallise les divergences idéologiques et stratégiques entre les candidats, faisant de cette question un enjeu électoral majeur pour l'avenir de la ville.



