Un constat alarmant pour l’audiovisuel public
La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, qui a rendu ses conclusions récemment, a suscité de vives réactions. Si elle a mis en lumière les difficultés du secteur, elle a également été critiquée pour son manque d’efficacité et le temps perdu. Alors que les défis sont immenses, les véritables urgences se situent ailleurs : dans la refonte du modèle de financement, la clarification de la gouvernance et l’accélération de la transition numérique.
Un financement à repenser de toute urgence
Le financement de l’audiovisuel public est au cœur des préoccupations. La suppression de la redevance a créé un vide budgétaire que l’affectation d’une fraction de la TVA ne comble pas entièrement. Les incertitudes sur les ressources à long terme fragilisent la planification stratégique des chaînes. Il est impératif de trouver un mécanisme pérenne, indexé sur l’inflation et garantissant une indépendance financière vis-à-vis du pouvoir politique. Plusieurs pistes sont sur la table, comme une contribution numérique des géants du web ou une taxe sur les services de streaming.
La gouvernance en question
Au-delà de l’argent, c’est la gouvernance de l’audiovisuel public qui doit être modernisée. Les nominations politiques à la tête des chaînes restent une source de défiance. Une réforme devrait instaurer des mandats non renouvelables, un collège de nomination indépendant et un contrôle renforcé du Parlement. Par ailleurs, la coordination entre les différentes entités (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, INA) est insuffisante, entraînant des doublons et des gaspillages. Une holding unique permettrait de mutualiser les moyens et de définir une stratégie commune.
Le numérique, le chantier prioritaire
Face à la concurrence des plateformes internationales, l’audiovisuel public doit accélérer sa mutation numérique. Les jeunes générations se détournent des canaux traditionnels. Il faut investir massivement dans les contenus digitaux, les algorithmes de recommandation et les interfaces personnalisées. France.tv et Radio France ont déjà engagé des efforts, mais les moyens restent insuffisants. Une plateforme commune, rassemblant tous les contenus publics, serait un atout majeur pour concurrencer Netflix ou Spotify.
- Renforcer l’offre jeunesse avec des programmes éducatifs et culturels adaptés aux nouveaux usages.
- Développer l’intelligence artificielle pour améliorer la personnalisation et l’accessibilité des contenus.
- Favoriser les partenariats avec les acteurs culturels et les startups françaises.
Un impératif de transparence
Enfin, la commission d’enquête a révélé un manque de transparence dans la gestion des ressources. Les rapports d’activité sont souvent trop opaques, et les critères de performance mal définis. Une évaluation indépendante annuelle, avec des indicateurs clairs (audience, satisfaction, impact culturel), serait un levier de confiance pour les citoyens et les financeurs. L’audiovisuel public doit montrer qu’il est un investissement utile, pas une dépense.
Les mois à venir seront décisifs. Le gouvernement doit présenter un projet de loi avant la fin de l’année. Les propositions ne manquent pas, mais le temps presse. L’audiovisuel public est un pilier de notre démocratie et de notre culture. Il mérite une ambition à la hauteur des enjeux.



