Les alliances PS-LFI : une recette électorale désastreuse
Certes, il existe une exception notable : à Nantes, la maire socialiste sortante Johanna Rolland, également numéro deux du Parti socialiste, a réussi à conserver son siège après des négociations complexes avec La France insoumise. Cependant, cette réussite isolée ne doit pas masquer une réalité plus large et plus amère pour la gauche.
Des défaites en série dans les villes stratégiques
Partout ailleurs en France, les fameux « accords techniques » prônés par Jean-Luc Mélenchon et acceptés par des candidats dominés par la peur de la défaite se sont soldés par une véritable déroute électorale. Ces arrangements, censés unir les forces de gauche, ont souvent produit l'effet inverse en éloignant les électeurs modérés.
À Avignon, la droite l'emporte face à une liste de gauche fusionnée, marquée par l'ombre de Raphaël Arnault, le député LFI et fondateur du mouvement dissous Jeune Garde. La participation a augmenté entre les deux tours, phénomène inhabituel qui suggère que La France insoumise a effectivement servi de repoussoir pour de nombreux électeurs.
À Toulouse, où socialistes et Insoumis s'étaient déjà partagé les postes – la métropole aux premiers, la mairie aux seconds – ces petits arrangements n'ont pas été validés par les urnes. Les électeurs ont préféré reconduire le maire sortant Jean-Luc Moudenc, candidat de la droite et du centre.
La chute des bastions historiques
Clermont-Ferrand, bastion historique de la gauche depuis la Libération, bascule à droite dans un contexte où le maire PS sortant avait pourtant accordé un tiers des places éligibles à LFI entre les deux tours. Même scénario dramatique à Brest, où survient l'alternance après trente-sept années continues d'administration socialiste.
Le candidat à sa propre succession, qui briguait un cinquième mandat, avait saisi la « main tendue » des Insoumis alors qu'aucun « péril fasciste » ne menaçait réellement, avec un candidat du Rassemblement national éliminé dès le premier tour avec moins de 5 % des suffrages. À Limoges également, la fusion technique avec LFI a conduit à la victoire de la droite.
L'exemple édifiant de Tulle
L'exemple le plus éclatant reste peut-être celui de Tulle, fief de François Hollande. L'ancien président dénonce à Paris tout accord avec les mélenchonistes mais autorise localement son ami le maire sortant à faire exactement le contraire. Résultat : une défaite à plate couture au profit du candidat divers droite, illustrant parfaitement les contradictions et les conséquences désastreuses de cette stratégie.
Pour le Parti socialiste : clarifier ou mourir
Tous ces promoteurs d'accommodements déraisonnables auront donc connu à la fois le déshonneur et la défaite. Le déshonneur ? Celui d'avoir piétiné les discours sur les « valeurs » tenus au sommet de leur parti, particulièrement après les jeux de mots à fort relent antisémite de Jean-Luc Mélenchon.
Les vainqueurs de l'intransigeance
À l'inverse, les candidats socialistes qui ont refusé toute compromission avec La France insoumise ont gagné sur tous les tableaux : ils n'ont perdu ni leur âme, ni les élections. C'est le cas de Benoît Payan à Marseille, d'Emmanuel Grégoire à Paris, de Michaël Delafosse à Montpellier et de Nathalie Appéré à Rennes.
Ces élus ont résisté à la pression de LFI. Ils ne se sont pas laissé « acheter », pour reprendre l'élégante expression de Jean-Luc Mélenchon lui-même. Leur exemple devrait faire réfléchir le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui continuait d'assurer, dimanche soir, croire « à la possibilité de se rassembler » avec ceux qui partagent une vision commune des enjeux.
L'incohérence des sanctions
Mais pourquoi n'a-t-il pas sanctionné les têtes de liste de son parti qui pactisaient avec LFI ? La seule candidate ayant subi ses foudres est Catherine Trautmann, élue à Strasbourg, pour avoir conclu un accord avec un candidat du parti Horizons non qualifié pour le second tour. Pourtant, cette stratégie lui a permis de battre un cartel électoral formé par la maire écologiste sortante et LFI.
Pour Olivier Faure, elle s'était ainsi placée « en dehors de la gauche ». Maintiendra-t-il cette ligne sélective ? C'est à craindre, alors que les résultats électoraux démontrent clairement que les alliances avec La France insoumise ont été contre-productives dans la majorité des cas. Le Parti socialiste se trouve à un carrefour stratégique crucial pour son avenir.



