Tech britannique : le Brexit n'a pas tué les licornes
Tech britannique : le Brexit n'a pas tué les licornes

La fin de la libre circulation des talents devait asphyxier l'écosystème technologique britannique. Londres perdrait ses cerveaux au profit de Berlin, Paris ou Amsterdam. Une décennie plus tard, les chiffres contredisent ce scénario catastrophe.

Un écosystème florissant

Le Royaume-Uni compte 58 licornes – ces start-up non cotées valorisées à plus d'un milliard de dollars – contre 34 pour l'Allemagne et 32 pour la France, selon le classement CB Insights de mars 2026. Parmi les jeunes pousses britanniques emblématiques figurent la néobanque Revolut, le leader des transferts d'argent Wise, Wayve (conduite autonome) et le studio de jeux Tripledot.

Le montant investi en capital-risque au Royaume-Uni dépasse régulièrement celui de ses deux voisins réunis. « Tous les grands fonds de capital-risque américains ou européens sont restés », observe Julien Codorniou, associé chez 20VC. Certains, comme Sequoia, Lightspeed ou Iconiq, sont même arrivés après le Brexit.

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Les atouts secrets de la résilience

Les investisseurs sont rassurés par le statut d'État de droit du pays, offrant un cadre juridique stable et prévisible. Ce rule of law donne aux entrepreneurs une visibilité réglementaire que beaucoup d'autres pays européens peinent à garantir.

Autre secret : l'excellence académique d'Oxford, Imperial College et Cambridge. À Cambridge est née Arm, dont les puces équipent 99 % des smartphones mondiaux. Bien qu'introduite au Nasdaq en 2023, l'entreprise a préservé l'essentiel de sa R&D au Royaume-Uni.

DeepMind, créée à Londres en 2010 et rachetée par Google, emploie près de 3 000 salariés dans le quartier de King's Cross. L'entreprise essaime dans tout l'écosystème : un ancien, David Silver, a fondé Ineffable Intelligence, qui a levé 1,1 milliard de dollars pour une IA apprenant par l'expérience.

Le paradoxe britannique

Certes, le statut de « non-dom » a été supprimé en 2025, renforçant l'attrait d'autres hubs comme Milan. Pourtant, alors que la France et l'Allemagne misent sur la souveraineté industrielle, Londres continue de parier sur la propriété intellectuelle, le logiciel et la recherche fondamentale. « Les Anglais créent des infrastructures exploitées par des étrangers, dans le foot comme dans la tech ou la finance », résume Julien Codorniou. « Cela stimule leur économie. »

C'est le paradoxe britannique : une domination technologique nourrie par des talents et capitaux étrangers, dans un pays qui a passé une décennie à ériger des frontières.

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