Sénat : une commission d'enquête dénonce les pratiques prédatrices des distributeurs
Sénat : pratiques prédatrices des distributeurs dénoncées

Une commission d'enquête sénatoriale dénonce « l’existence de pratiques problématiques » de la part des distributeurs au détriment des « autres maillons de la chaîne ». Menaces de déréférencement, vente de services « inutiles »… La commission d’enquête du Sénat sur les marges a dénoncé ce jeudi 21 mai des « pratiques abusives » des distributeurs face à leurs fournisseurs, appelant à rééquilibrer le « rapport de force » pour préserver selon elle l’agriculture et l’industrie françaises.

Des pratiques prédatrices révélées

Initiée par les Écologistes du Sénat dont Antoinette Guhl, sa rapporteure, et présidée par la centriste Anne-Catherine Loisier, cette commission lancée en décembre a publié son rapport, formulant une vingtaine de recommandations pour « une meilleure répartition de la valeur » sur la chaîne alimentaire. Après six mois d’auditions, elle constate « l’existence de pratiques problématiques » voire « prédatrices » de la part des distributeurs au détriment des « autres maillons de la chaîne », résume auprès de l’AFP Antoinette Guhl.

« Pour 100 euros de valeur » sur les achats alimentaires, « 8 vont aux agriculteurs, 14 aux industriels qui transforment les produits, 35 aux importations (de produits étrangers) et 40 vont à la grande distribution », fait-elle valoir. Cette répartition inéquitable montre le déséquilibre flagrant au détriment des producteurs locaux.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La concentration excessive des distributeurs

En cause, la concentration de la grande distribution, d’autant plus forte qu’elle « se double d’alliances internationales » entre enseignes, selon le résumé du rapport. « Trois groupements hyperdominants », Concordis (Carrefour et Coopérative U), Aura/Everest (Intermarché, Auchan et Casino) et Eurelec (E. Leclerc), font ainsi face à « 400 000 exploitations agricoles » et « 23 000 entreprises industrielles » françaises. De quoi favoriser « la brutalité » des négociations commerciales.

Les distributeurs recourent « volontiers » à « l’intimidation et la contrainte », juge le rapport, pointant en particulier « les menaces de diminution de commandes, voire de déréférencement » (retrait des rayons) pour obtenir des baisses. Autre grief : le recours à des centrales européennes d’achats et de services « pour contourner la loi française ».

Des recommandations pour rééquilibrer les rapports de force

La commission dénonce également le « droit de péage » imposé aux fournisseurs contraints d’acquérir certains services commerciaux « inutiles » voire « choquants », parfois qualifiés de « marges arrières ». Ces pratiques entraînent une « casse sociale » en fragilisant les entreprises agroalimentaires, déplore Antoinette Guhl.

Pour changer la donne, la commission suggère ainsi de publier « chaque année, la comparaison entre l’évolution des prix de vente aux consommateurs et celle des tarifs négociés avec les fournisseurs » et d’instaurer en grande surface « un affichage obligatoire des marges » sur les fruits et légumes, souvent plus élevées que sur certains produits d’appel sucrés comme les sodas. Elle propose de « conclure une charte » pour « exclure du champ des centrales européennes » les entreprises « qui produisent et vendent majoritairement en France », ou encore d’« améliorer le ciblage des contrôles » par la répression des fraudes.

Ces mesures visent à protéger les acteurs locaux et à garantir une répartition plus équitable de la valeur tout au long de la chaîne alimentaire, de l’agriculteur au consommateur.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale