Le Rassemblement national à la conquête du monde économique
Dans une stratégie de séduction en vue de l'élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national multiplie les gestes en direction du patronat. Ce lundi midi, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont partagé un déjeuner avec le bureau exécutif du Medef, le syndicat des chefs d'entreprise. Cette rencontre s'inscrit dans une série d'entretiens organisés par l'organisation patronale avec les leaders des principaux partis politiques français.
Une lettre et un déjeuner pour convaincre
Avant ce rendez-vous, le RN a adressé ce matin même une lettre aux dirigeants d'entreprise. Le parti d'extrême droite souhaite explicitement associer les patrons à sa réflexion pour 2027, avec pour objectif déclaré d'"identifier et lever les verrous normatifs qui freinent le développement économique de la France". Cette démarche intervient seulement quelques jours après un dîner entre Marine Le Pen et plusieurs dirigeants du CAC 40, confirmant l'intensification des contacts entre le parti et le monde des affaires.
Normalisation sans alignement idéologique
Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, a tenu à préciser la nature de ces rencontres lors d'une intervention dimanche. "Rencontrer les grands patrons ne signifie pas s'aligner sur eux", a-t-il assuré au Grand Jury RTL-Le Figaro-Public Sénat-M6. Il parle plutôt d'une normalisation des relations nécessaires avec les dirigeants économiques, tout en insistant sur le fait qu'un échange n'équivaut pas à un alignement idéologique.
Chenu a même souligné l'existence de "désaccords très forts" avec le Medef, particulièrement sur les questions de fiscalité et de secteur public. "On ne promet pas une société sans impôts alors qu'on a parfois le sentiment d'entendre d'un certain nombre de grands patrons dire qu'il faudrait qu'il n'y ait plus aucun impôt. On ne promet pas une société sans secteur public", a-t-il déclaré, marquant ainsi les limites de cette nouvelle proximité.
Positions économiques maintenues
Le député RN Jean-Philippe Tanguy, invité de l'émission "En toute franchise" sur LCI, a confirmé cette ligne. "C'est pour échanger avec eux, si on fait des erreurs, ça peut être intéressant de les corriger, mais par contre c'est pas pour leur faire plaisir", a-t-il expliqué. Il a surtout insisté sur le fait que les positions fondamentales du parti restaient inchangées, citant spécifiquement le dossier des retraites : "On avait dit 'vous verrez, quand Jordan Bardella et Marine Le Pen seront confrontés au Medef, ils changeront d'avis sur les retraites' eh bien non."
Consultation et dénonciation de la "suradministration"
Jean-Philippe Tanguy a également annoncé que le Rassemblement national allait lancer une consultation auprès des patrons, petits et grands, pour recueillir des "remontées de terrain sur les règles qui sont des normes nocives". Le député a dénoncé avec virulence ce qu'il qualifie de situation où la France serait "suradministrée", pointant du doigt l'inflation des codes de l'environnement, du travail, de l'immobilier et des marchés publics.
Pour illustrer son propos, il a comparé les délais administratifs français à ceux de nos voisins : "Par exemple, en France, il faut 18 à 36 mois pour ouvrir une usine. En Belgique, il faut un an". Cette critique de la lourdeur administrative française semble constituer un des axes majeurs de l'approche économique que le RN souhaite développer en direction des entreprises, tout en maintenant ses positions traditionnelles sur les questions sociales et fiscales.



