Rémunération des PDG en Europe : une étude révèle des écarts vertigineux
Chaque année, le Centre de recherche sur la rémunération de la Vlerick Business School en Belgique analyse les pratiques des 600 plus grandes entreprises européennes cotées, regroupées dans l'indice Stoxx Europe 600. L'objectif est d'éclairer les DRH, administrateurs, investisseurs institutionnels et autres parties prenantes sur les tendances en matière de rémunération des dirigeants. Voici les six principaux enseignements de l'édition 2025, publiée le 20 janvier, commentés par Xavier Baeten, professeur de management à la Vlerick Business School et co-auteur du rapport avec la chercheuse Marthe Van Hove.
La mobilité géographique, un atout financier
Les PDG expatriés gagnent en moyenne davantage que leurs homologues locaux. La rémunération médiane totale des PDG étrangers s'élève à 5,7 millions d'euros, contre 3,7 millions pour les nationaux, même après ajustement pour des variables comme le secteur d'activité. Xavier Baeten explique cette différence par l'expérience internationale et les primes d'attractivité transfrontalières. Il souligne que les conseils d'administration considèrent le marché des CEO comme très restreint, ce qui fait grimper les salaires. Son conseil : anticiper la succession dès l'arrivée d'un nouveau dirigeant.
La part des PDG dirigeant une entreprise hors de leur pays d'origine est passée de 23,7 % en 2015 à 28,4 % en 2024, mais cette mobilité reste limitée et inégalement répartie. La France et plusieurs pays d'Europe du Sud sont moins ouverts aux patrons étrangers, contrairement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.
La taille de l'entreprise, facteur déterminant
Les disparités de rémunération sont vertigineuses : en moyenne, les CEO du Stoxx 600 gagnent environ 4 millions d'euros, répartis entre salaire fixe, bonus et actions. Les 25 % les moins bien payés se situent autour de 2 millions d'euros, tandis que les 25 % les mieux payés avoisinent les 7 millions. Xavier Baeten estime que cet écart est trop important. La taille de l'entreprise est le facteur clé, avec des benchmarks salariaux qui ne tiennent pas toujours compte de la réalité opérationnelle, comme le manque de soutien dans les petites structures.
Europe et États-Unis : un fossé persistant
Les différences intra-européennes en matière de rémunération médiane totale sont majeures. Les niveaux les plus élevés sont enregistrés au Royaume-Uni (4,92 millions d'euros), en Allemagne (4,76), aux Pays-Bas (4,66) et en France (4,39). Aux États-Unis, les CEO gagnent près de quatre fois plus, en raison d'une plus grande place accordée à la rémunération en actions. Xavier Baeten nuance : la part d'actions peut être excessive outre-Atlantique, poussant les dirigeants à se concentrer uniquement sur le cours de l'action, avec des dérives possibles comme illustré par Elon Musk.
Les bonus : un système biaisé vers le court terme
Les bonus annuels liés à des objectifs de court terme affichent une réalisation moyenne de 118 %, tandis que les objectifs de long terme ne sont atteints qu'à 82 % en moyenne. Seuls 18 % des CEO les remplissent entièrement. Xavier Baeten s'interroge sur une possible manipulation, notant que des bonus très incitatifs poussent à fixer des objectifs peu ambitieux. La fixation des objectifs et la structuration de la rémunération sont des leviers essentiels de gouvernance.
Les bonus à court terme sont aussi une affaire de réputation, car aucune entreprise cotée ne veut annoncer que son CEO n'a pas touché son bonus. À l'inverse, la sous-performance sur le long terme s'explique par un biais psychologique et la complexité croissante des indicateurs clés de performance (KPI). Baeten préconise de se concentrer sur les indicateurs qui comptent vraiment, comme l'innovation, plutôt que sur la rentabilité à court terme.
La durabilité marque le pas
Les indicateurs de diversité dans les organes de direction et la part des entreprises intégrant des objectifs climatiques dans la rémunération des PDG enregistrent une forte baisse. Xavier Baeten cite l'influence du contexte américain et une intégration maladroite post-Covid. Il souligne que la durabilité doit être vue comme un levier de résilience, notamment dans des secteurs comme l'agroalimentaire, où le changement climatique affecte les rendements agricoles.
Ce recul s'explique aussi par des objectifs trop ambitieux et une saturation du discours climatique auprès des actionnaires, qui réclament un retour aux priorités financières. Baeten reste optimiste, prédisant que les entreprises feront des choix plus concrets à mesure qu'elles comprendront le lien entre durabilité et résilience.
La parité encore faible parmi les PDG
En 2024, seuls 8,3 % des PDG sont des femmes, un chiffre qui a plus que doublé en dix ans mais reste faible. Xavier Baeten attribue cette lenteur à des facteurs structurels, comme la frilosité des conseils d'administration qui considèrent le marché des CEO comme étroit. Même avec des objectifs chiffrés de diversité, beaucoup d'entreprises ne les atteignent pas.
Une exception notable : la diversité progresse fortement au niveau des conseils d'administration, grâce aux quotas ou obligations légales en Europe. L'écart salarial entre les sexes n'est pas significatif, avec une rémunération médiane de 4 229 892 euros pour les hommes et 3 938 800 euros pour les femmes, mais l'égalité réelle attendra encore.