Le 28 avril, les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de l'Opep +. Le ministre émirati de l'Énergie a précisé que les Émirats n'avaient consulté directement aucun autre pays, y compris l'Arabie saoudite, poids lourd de l'Opep, avant de prendre cette décision.
Réaction de l'Algérie
Le lendemain, le ministère algérien des Hydrocarbures a réagi sans citer nommément Abou Dhabi, avec lequel les relations se sont détériorées ces dernières années. Il a affirmé son engagement envers l'Opep et la Déclaration de coopération Opep + de manière « constante et déterminée ». L'Algérie a rejoint l'Opep en 1969, soit neuf ans après la création de l'organisation lors de la conférence de Bagdad.
Précédents de retraits
Le retrait émirati n'est pas une première dans l'histoire de l'Opep. L'Équateur s'était retiré en 1992, avant de revenir en 2007 puis de quitter définitivement l'organisation en 2020. Le Gabon avait fait de même en 1995, avant de réintégrer l'Opep en 2016. L'Indonésie a suspendu son adhésion en 2009, tandis que le Qatar a annoncé son retrait en janvier 2019, officiellement pour se concentrer sur sa production de gaz. Plus récemment, l'Angola a décidé de se retirer en 2023, en désaccord avec la révision des quotas décidée par l'organisation, Luanda jugeant insuffisant le quota de 1,11 million de barils par jour qui lui était imposé.
Un cadre de quotas parfois contraignant
Selon les experts, les Émirats et l'Arabie saoudite sont les deux seuls membres de l'Opep à disposer d'une capacité de réserve significative structurant le mécanisme par lequel le groupe exerce son influence sur le marché. Sans cette capacité flexible, l'Opep perd une partie essentielle de son levier sur les prix en cette période volatile.
La séquence des départs récents dessine une tendance lourde : les pays qui disposent d'une capacité de production significative ou d'alternatives stratégiques (comme le Qatar avec son gaz) tendent à s'émanciper d'un cadre de quotas qu'ils jugent contraignant. « Bridés par leurs quotas alors que leur production est appelée à croître, les Émirats préfèrent s'émanciper du cadre contraignant de l'Opep, d'autant que leurs ''alliés'' dans cette organisation, surtout dans le Golfe, ne leur ont pas été d'un grand secours face aux attaques iraniennes. L'Opep devient ainsi le terrain sur lequel Abou Dhabi signifie sa rupture avec une solidarité arabe jugée défaillante », analyse un expert du secteur.
Face à cette situation, « le message d'Alger s'adresse autant à ses partenaires qu'à la communauté internationale. Dans un marché pétrolier traversé par les incertitudes […] la tentation du chacun-pour-soi guette. L'Algérie, elle, choisit la voie de la coordination et du dialogue », estime le quotidien algérien El Watan.
L'Algérie tiraillée
L'Algérie se retrouve dans une situation inédite : entre ambitions d'accroître sa production et la protection du consensus Opep sur les quotas pour tenter de stabiliser le marché mondial. Au premier trimestre 2026, Alger avait maintenu la suspension de toute augmentation de sa production, conformément aux décisions collectives de novembre 2025. Puis, en avril, la hausse algérienne a été limitée à 6 000 barils supplémentaires par jour sur 206 000 barils décidés au total par huit pays : soit moins de 3 % de l'effort collectif.
Au moment de ces tensions, la major algérienne Sonatrach lance le programme d'exploration le plus ambitieux de son histoire. En février 2026, la compagnie nationale a annoncé le forage de 500 puits d'exploration et le développement de 950 puits de production, accompagnés de vastes campagnes sismiques et d'analyses géologiques.
Le plan stratégique 2026-2030 mobilise 60 milliards de dollars, dont 45 milliards sont spécifiquement consacrés à l'exploration-production pour renouveler les réserves pétrolières et gazières. L'objectif affiché est de doubler la production de gaz à 200 milliards de mètres cubes d'ici 2030. L'Algérie a ouvert sept nouveaux blocs à la compétition internationale dans les bassins d'Illizi, Oued Mya, Berkine, Benoud et Amguid, dans le cadre de l'« Algeria Bid Round 2026 ».
Le délicat pari d'Alger
La liste des partenaires mobilisés marque un retour à la compétition des partenaires étrangers : en 2025, huit contrats ont été conclus avec ENI, Sinopec, QatarEnergy, TotalEnergies et PTTEP. Sonatrach a également signé avec la société saoudienne Medad Energy un contrat de 5,4 milliards de dollars pour l'exploration du bassin d'El-Menéa, sur 30 ans avec option de prolongation.
Sonatrach assure plus de 90 % des recettes en devises du pays. Ses revenus sont passés de 60 milliards de dollars en 2022 à environ 41-42 milliards en 2025, sous l'effet de la baisse des cours. La crise du Golfe a momentanément amélioré l'équation, mais la contrainte structurelle reste entière : la consommation intérieure, soutenue par un système de subventions généralisées et l'augmentation de la demande industrielle, absorbe près de la moitié de la production, réduisant la marge de manœuvre à l'export.
L'enjeu pour Alger est de tenir dans le cadre de la discipline de l'Opep, qui peut connaître de nouveaux soubresauts, tout en maintenant ses projections de développement des gisements, de la production et de l'export qui nécessitent des investissements colossaux. Un pari délicat.



