Chronique : Pour favoriser l'innovation de rupture, il faut cesser de punir l'échec
Par Antonin Bergeaud, professeur d'économie. Publié le 19 mai 2026 à 12h00. Lecture : 2 min. Abonné.
Les milliards ne font pas tout pour financer l'innovation radicale : il faut aussi construire des institutions assez libres pour prendre des paris et assez stables pour apprendre de leurs erreurs, explique l'économiste Antonin Bergeaud dans sa chronique.
La France ne manque pas d'argent public pour financer l'innovation. Le crédit d'impôt recherche coûte près de 8 milliards d'euros par an, les aides structurelles du plan France 2030 doivent en engager 10 milliards, et la Banque publique d'Investissement, Bpifrance, en a déployé près de 970 millions en 2024. Ce constat n'est pas spécifique à notre pays : un rapport insiste sur le fait que l'Europe engage autant d'argent public que les États-Unis dans sa politique d'innovation, mais souffre de deux problèmes : une économie trop enfermée dans les technologies de milieu de gamme (chimie, machine-outil, électroménager, voiture…), où les entreprises établies se renouvellent trop peu, et une gouvernance publique peu adaptée pour concentrer les moyens sur les paris les plus risqués.
Ce pilotage administratif pénalise le risque deux fois. Avant, en demandant aux projets incertains de prouver trop tôt qu'ils réussiront. Après, en transformant tout échec visible en faute. Le résultat est qu'en France on finance plus facilement l'innovation incrémentale que les ruptures, et l'on pénalise les entrepreneurs qui osent. Pour inverser cette tendance, il est crucial de repenser notre approche : accepter l'échec comme une étape nécessaire de l'apprentissage, et non comme une faute. Cela implique de modifier les critères d'évaluation des projets, de réduire la bureaucratie et de favoriser une culture du risque calculé. Les institutions doivent évoluer pour soutenir les paris audacieux, tout en assurant une stabilité permettant de tirer des leçons des erreurs. Sans cette transformation, la France continuera à stagner dans des secteurs de moyenne technologie, tandis que les innovations de rupture émergeront ailleurs.



